La marche à suivre : Un film à voir !

Classé sous : Art, culture et loisirs

CARLETON-SUR-MER - Tout parent, tout adolescent, tout intervenant du monde scolaire devrait voir ce film ! Pour les autres, si vous avez gardé dans votre cœur une place pour cette période trouble mais combien fascinante de la vie qu’est l’adolescence, vous adorerez La marche à suivre, le dernier documentaire du Gaspésien d’origine Jean-Fançois Caissy.

Absolument tout dans ce film, tant les images de transition que les témoignages criants de vérité, transpire, évoque, symbolise ce que représente l’adolescence, sans parti pris ni jugement.

L’image du début est d’ailleurs très forte et très « gaspésienne ». Un jeune en jeep qui s’amuse à s’enliser dans un trou de bouette ! Comme on finit par sortir de l’adolescence, il finit par en sortir, mais tout au long du film, la route, les sentiers, dont ceux moins fréquentés, plus tortueux ou visiblement faits d’embûches sont aussi très présents dans les images de transition entre les entrevues intimistes entre des intervenants scolaires et des jeunes vivant une difficulté. Ensuite, des cadenas, des portes closes, des escaliers, des shows de boucane, des sauts dans le vide et une petite marche sur un mur illustrent avec brio le passage tortueux et parfois risqué vers le monde adulte.

Tous les témoignages sont justes, pertinents et universels. Par exemple, on entendra :  « Faut tout le temps que ce soit moi qui sois là au mauvais moment » ou « Quelqu’un qui me saute dessus, c’est pas vrai que je vais me laisser faire. J’ai cherché le trouble pis je l’ai trouvé. Mais j’aime mieux donner des bleus que d’en avoir ».

Au passage, le film permet de comprendre ce qu’est un « plan d’intervention » et quelle est l’importance du travail des intervenants qui œuvrent auprès des jeunes et qui nous donnent parfois l’impression d’être de véritables ouvre-boîtes. Tantôt on entendra : « Tu peux me mentir à moi, tu peux te mentir à toi… ce que tu es en train de me dire, c’est "je ne changerai pas" » ou «Ce n’est pas que je ne te fais pas confiance… Je veux que tu touches au succès » ou encore « Ç’a t-y de l’allure ce que je viens de dire ou je viens de radoter pendant 20 minutes? ».

Autre moment fort, pendant qu’une intervenante parle, à un moment du film, on voit un jeune qui l’écoute, mais on perd la voix de l’intervenante graduellement, sa voix de plus en plus sourde faisant place à des cris d’ados, ce qui illustre bien que l’attention d’un ado peut parfois être errante.

Un an de tournage et un succès à l’échelle planétaire

Tourné entre février 2012 et mars 2013 à l’École Antoine-Bernard (ÉAB) de Carleton-sur-Mer et sur le territoire de la Baie-des-Chaleurs, La marche à suivre présente de vrais jeunes, de vrais intervenants du monde scolaire, et aborde avec brio les vrais enjeux de l’adolescence, tels que la démotivation scolaire, les conflits entre jeunes, l’intimidation, la consommation d’alcool et de stupéfiants, les relations prof-élèves, etc.

À ce jour, des milliers de personnes, dans 15 à 20 pays, ont vu ce film qui a été présenté dans les plus grands festivals de films du monde. Cette apologie de l’adolescence a été tournée chez nous, mais aurait pu être tournée n’importe où. Elle offre un portrait universel de cette époque charnière de la vie.

Bien accueilli partout, le film sera enfin projeté sur un écran gaspésien, celui du Quai des arts, à Carleton-sur-Mer, le 18 janvier , en compagnie du cinéaste, qui sera aussi présent à Matane le 20 janvier et à Rimouski le 21. Selon la porte-parole de l’ONF, qui coproduit le film, d’autres dates et endroits de projection pourraient s’annoncer en Gaspésie dans les prochaines semaines et les prochains mois. « Faudra rester à l’affût ! », dit-elle.

« Une belle photographie de l’adolescence », selon un participant au film

GRAFFICI.CA s’est entretenu avec le cinéaste bien sûr, mais aussi avec un participant au film, un éducateur spécialisé de l’école Antoine-Bernard, Claude Leblanc, qui a ouvert la porte de son bureau à la caméra de M. Caissy et qui a su, tout au long du tournage, extirper la sincérité du cœur des jeunes qu’il rencontre chaque jour. M. Leblanc a vu le film en septembre dernier, avec d’autres intervenants scolaires et des jeunes ayant participé au tournage.

« Comme moi, à peu près tout le monde, les jeunes comme les enseignants et autres intervenants, étaient intimidés de se voir. Le sentiment d’anxiété et de nervosité était bien présent, mais tous ont été très satisfaits en le voyant. Personnellement, c’était au-delà de mes attentes. Et j’avais des attentes élevées! Mais il (le cinéaste) les a dépassées. Il a eu un respect de l’élève, de l’établissement et des outils qu’on a pour aider les élèves. Il a vraiment mis tout le contexte et ç’a dépassé mes espérances », commente M. Leblanc qui œuvre auprès des jeunes à l’ÉAB depuis 15 ans.

Le tournage du film s’est passé sur une longue période et n’a pas toujours été de tout repos, comme en témoigne M. Leblanc. « On est vraiment dans l’imprévu avec les adolescents et le film le démontre bien.  Aujourd’hui, il est 11 heures et j’ai vu six élèves jusqu’à date, dont certains avec des parents et le Centre jeunesse, deux jeunes filles qui avaient un conflit, une enseignante qui avait besoin d’avoir de l’aide pour gérer une situation particulière… D’autres jours, je ne vois personne. Pendant le tournage, ça n’était pas évident de gérer ça. J’ai même eu un mouvement de recul à un moment donné. Mais Jean-François a su me convaincre de continuer et je ne regrette pas », raconte l’intervenant scolaire qui insiste sur le fait que les jeunes présentés dans le film ne sont pas des acteurs et qu’ils ont été très collaborateurs en restant eux-mêmes.

« Les jeunes étaient authentiques, ni plus ou moins ouverts avec la caméra que seuls avec moi. Ils étaient parfois dérangés par un mouvement du caméraman, mais je finissais toujours par aller les chercher et gagner leur attention, leur regard. Et ce qu’il y a dans le film, c’est les moments vrais », assure M. Leblanc.

« Mon bureau fait 10 (pieds) par 10. Mettez l’élève, moi, le caméraman et un preneur de son. C’était pas évident. Vraiment je lui lève mon chapeau (à Jean-François Caissy), d’avoir réussi à révéler le senti d’une rencontre dans de telles conditions.  Moi, honnêtement, je n’y croyais pas vraiment. Mais c’est vraiment du travail bien fait! », poursuit l’intervenant qui se dit heureux que ce film présente un angle différent de ce qu’on entend sur la jeunesse et les écoles actuellement.

« Ce dont on entend parler présentement, coupures, augmentation du nombre d’élèves par enseignant, on est toujours dans les chiffres et on oublie l’essentiel. Dans le film, on sort de ces questions budgétaires, on voit vraiment ce qui se passe dans le milieu scolaire. Ç’a été tourné ici, mais les problèmes des jeunes sont les mêmes à Sorel, à Sherbrooke ou à Montréal et on le sent bien dans le film. Ça fait une vingtaine d’années que je fais ce métier-là et c’est le fun de voir ce que c’est que notre travail, nos interventions et l’utilité de notre contribution », conclut l’intervenant scolaire.

Un cinéaste d’ici au parcours bien senti

Originaire de Saint-Omer, Jean- François Caissy, aujourd’hui âgé de 37 ans, a fréquenté l’ÉAB dans les années 90.  Il a aussi étudié en photographie au Cégep de Matane et c’est un peu de fil en aiguille qu’il en est venu au documentaire.

Jean-François Caissy n’en est pas à son premier film. La saison des amours, sorti en 2005, traitait des relations de couple à travers une partie de chasse à l’orignal. En 2009, La belle visite abordait la vieillesse et avait été tourné à l’Auberge des Caps de Carleton-sur-Mer. La marche à suivre est son troisième film, le deuxième d’une série qu’il souhaite compléter sur chaque étape de la vie. Tous ses films ont été tournés en Gaspésie.

« Je vis à Montréal actuellement, mais je viens en Gaspésie pour faire mes films surtout parce que j’aime faire la route entre Montréal et Carleton. Ce temps me permet de rentrer dans une bulle de création. Puis, il y a quelque chose que j’ai en Gaspésie, que je ne retrouve pas ailleurs : le rythme de vie. En plus, c’est mes racines et j’ai un attachement particulier à la culture et au territoire », explique le cinéaste qui croit que La marche à suivre permettra à chaque personne de replonger dans sa propre adolescence.

« Je voulais faire un film sur l’adolescence, mais au début je n’avais pas nécessairement l’intention de tourner dans une école. Je cherchais une amorce et finalement, pendant ma recherche, je suis allé visiter mon ancienne école et j’ai pu assister à l’une de ces rencontres à huis clos. Là, je me suis dit : je tiens la clé du film », se souvient M. Caissy.

« Ces moments-là, ces rencontres-là entre les jeunes avec les différents intervenants, je les trouvais tellement vrais. Ce n’est pas facile à filmer, des ados. Dans ces moments-là, c’est comme si c’était plus vrai que nature, parce que leur situation est en jeu. Du coup, ça me permettait de filmer sans qu’il se soucie de la caméra », commente-t-il.

« Le plus compliqué, ç’a été les autorisations à faire signer par les parents. Les parents ont été très collaborateurs, ce n’est pas ça. Mais un ado, quand on demande de faire signer et de ramener… ça se ramassait dans le fond des cases et c’était parfois long à revenir. C’était beaucoup de gestion », mentionne Jean-François Caissy qui se dit en outre très reconnaissant de l’ouverture et de l’accueil de la direction de l’école, des intervenants scolaires, des parents et des jeunes envers qui il a voulu rester très respectueux.

« De la manière dont j’ai fait le film, c’est pas pour reconnaître les gens. On ne peut pas reconnaître les jeunes en dehors du bureau des intervenants et il n’y a pas un jeune ou un témoignage qui est plus important ou plus exploité qu’un autre. Il y a un côté très anonyme en dehors des rencontres pour ne pas faire de lien », assure le documentariste.

« Je ne fais pas des pamphlets pour décrier quoi que ce soit, c’est très ouvert comme approche, très humaniste. Ce que les gens aiment de mon travail, je crois, c’est qu’il n’y a pas de parti pris. Je n’ai pas essayé de prouver rien ou de faire une thèse sur l’adolescence, je ne veux pas dire aux gens quoi penser. Ils sont capables de se faire leur propre avis  à partir de mes images et de ce qui y est présenté », de conclure le cinéaste qui a très hâte de venir en Gaspésie pour la projection de son film le 18 janvier prochain au Quai des arts.

Réalisé par Jean-François Caissy, La marche à suivre a été produit par Johanne Bergeron.

Envoyer un commentaire

Votre commentaire pourrait être modéré ou retiré s'il ne respecte pas notre politique de publication.