Société, LA GASPÉSIE DEVANT

SOLIDARITÉ, ES-TU À L’ÉCOUTE?

CARLETON-SUR-MER, 25 mars 2016 – Ces 18 derniers mois, l’austérité a fait son nid et a fait des petits, ici comme ailleurs au Québec. Sournoisement. Subtilement. Égoïstement. La famine, la guerre civile, la petite vérole ou l’hécatombe socioéconomique ne sont pas encore à nos portes direz-vous… Et vous avez raison. N’empêche que la Gaspésie, à mes yeux, a reculé au cours de la dernière année…  

L’austérité a traîné dans ses bagages ce qu’elle traîne partout ailleurs : la division, la méfiance, le doute permanent, l’effritement de nos acquis, le manque de vision, la déstructuration de notre région, le manque de solidarité…

Déjà 18 mois que le gouvernement du Québec a annoncé la mort des CLD et des CRÉ, et ce, dans toutes les régions du Québec. La Conférence régionale des élus (CRÉ), avec ses qualités et ses défauts, parvenait pourtant à nourrir une certaine unité gaspésienne, à défendre des positions régionales, à débattre d’enjeux essentiels au maintien de nos acquis et au développement de la Gaspésie.

Sur l’échiquier régional, ce remède contre les guerres de clocher (la CRÉ) répondait positivement aux attentes d’unification de toute notre diversité régionale. C’était avant l’automne 2014…

Mais la faucheuse est passée, laissant derrière elle, non pas tristesse et désolation, non. C’est plus subtil que ça… On n’est pas dans un roman de Stephen King. La faucheuse a plutôt laissé derrière elle une Gaspésie globalement affaiblie, plus vulnérable, moins solidaire, moins unie… Suis-je le seul à sentir cette fatigue, cette solitude collective?

Vous avez conservé votre emploi? Votre train de vie n’a pas changé? Les enfants mangent à leur faim? Tout va pour le mieux? Content pour vous. Sincèrement. Mais regardez vos voisins. Peut-être votre voisin immédiat, mais peut-être pas. Comment se porte la ville, le village à côté du vôtre? Écoutez les actualités. Promenez-vous autour de la péninsule. Parlez avec les gens. Vous comprendrez que l’austérité a fait ce qu’elle avait à faire. Elle a livré la marchandise, comme on dit, et pas à peu près.

Malgré les perceptions et les préjugés relatifs à la CRÉ, cette instance régionale avait toute son importance. Je m’en rends compte aujourd’hui plus que jamais.

Aujourd’hui, dites-moi, qui défend nos enjeux régionaux? Qui entretient cette solidarité, chèrement acquise, mais ô combien fragile en ces temps troubles? Qui défend la Gaspésie? Quels sont les projets mobilisateurs? Qui mobilise les gens, les organismes? Où sont nos leaders? Qui concerte? Qui s’occupe de nos créneaux d’excellence que sont le tourisme, l’agriculture, l’éolien, le transport et j’en passe. Qui veille au grain? Qui garantit une vigilance? Qui?

Il y a tout juste 16 ans, le journal GRAFFICI voyait le jour. J’avais 26 ans. J’étais revenu en région depuis quelques années. Je voulais m’investir en Gaspésie, participer à sa construction. Le premier numéro du GRAFFICI est donc paru en juillet 2000. Pourquoi le GRAFFICI? Pour informer les Gaspésiens, pour faire réfléchir, pour unir la Gaspésie. Le GRAFFICI, vous le savez, voit sa survie menacée.

Le GRAFFICI est-il parfait? Bien sûr que non! La CRÉ était-elle parfaite? La réponse est non. La perte de ces outils fait-elle reculer la Gaspésie? Oui, assurément.

Ça allait pourtant pas si pire avant...

Avant la razzia de 2014, la Gaspésie surfait pourtant sur une vague de la transition sur le plan économique. Les coups durs des années passées étaient derrière. Je parle ici en particulier des fermetures des multinationales de Murdochville, Chandler et New Richmond.

Le traumatisme passé, la région retroussait ses manches pour éviter le naufrage et se concentrer sur la diversification économique. La région avait même réussi à faire mentir les statistiques en parvenant à réduire cette hémorragie démographique qui prévoyait les pires scénarios pour la Gaspésie d’ici 2026. Fidèle à elle-même, la Gaspésie allait rebondir en vue d’écrire une nouvelle page d’histoire à son livre qui refuse de se fermer. Loin du paradis, la Gaspésie se tenait debout, malgré les obstacles parsemés sur sa route.

Bien des gens ignoraient la mission et la raison d’être des CLD et de la CRÉ. Normal. On ne peut pas tout savoir. Par contre, on ne peut juger sans connaître, sinon ça empeste le préjugé à plein nez… La CRÉ et les CLD n’ont jamais rien fait pour vous ? Possible. Ils ne servaient à rien? Question de perception. La CRÉ, comme instance régionale, faisait ce qu’elle devait faire : protéger le bien collectif, défendre la région, porter notre voix hors région.

Pour assurer un avenir de qualité à la Gaspésie et aller de l'avant...

Il faudra (encore) se battre. 

Serons-nous solidaires?

-30-

NOTE SUR L'AUTEUR
Pascal Alain est né et habite à Carleton-sur-Mer. Historien de formation, il est aussi détenteur d’une maîtrise en développement régional. Oeuvrant professionnellement dans le secteur municipal, il est l’auteur de plusieurs conférences sur l’histoire et le développement régional. Il est aussi l’un des membres fondateurs du GRAFFICI.

4 commentaires
Mary Robertson a écrit le 14 avril 2016

Our region has witnessed the negative impact of the organizations like the CRE disappearing. At this point, regional development is seemingly at a standstill and unless we work together the situation will only get worst. We have to re-evaluate our vision for the Gaspe and make sure that we do not become a forgotten region without any chance of rising above this downsizing and limiting state of affairs. We can no longer wish for things to get better, we have to work at it and think outside that limited framework that we found ourselves in. It is a time of change on all levels for Gaspesians by Gaspesians.

Mary Robertson a écrit le 14 avril 2016

Our region has witnessed the negative impact of the organizations like the CRE disappearing. At this point, regional development is seemingly at a standstill and unless we work together the situation will only get worst. We have to re-evaluate our vision for the Gaspe and make sure that we do not become a forgotten region without any chance of rising above this downsizing and limiting state of affairs. We can no longer wish for things to get better, we have to work at it and think outside that limited framework that we found ourselves in. It is a time of change on all levels for Gaspesians by Gaspesians.

René Gibeault a écrit le 8 avril 2016

Ce qui me déçoit le plus, c'est la disparition si facile de Solidarité rurale. L'organisme a été victime de sa structure. Il se voulait un rassemblement des régions rurales mais sans assises dans les régions. C'était une structure créée artificiellement par des organismes qui, dans le temps, y voyaient sans doute leurs intérêts. En se mettant corps et biens dans les mains du gouvernement il signait son arrêt de mort. Une lettre d'un ministre le tuait et on n'en entendait plus parler. Pourtant, si avaient existées des solidarités rurales de l'Estrie, SR de la Gaspésie, SR de l'Abitibi etc. etc. Coupe-Couillard n'aurait pû l'abolir d'une simple lettre. Il est encore temps que les régions se prennent en main. Par où on commence ?

Laurent Juneau a écrit le 26 mars 2016

Très bonne analyse qui résume exactement la situation . Non, vous n'êtes las " le seul à sentir cette fatigue, cette solitude collective " ... En ce qui me concerne, au niveau de l'emploi, comme je suis un "travailleur saisonnier" dans le tourisme et , par conséquent, un "mauvais chômeur", la situation ne s'est pas améliorée, elle s'est même détériorée depuis le passage du dictateur Harpeur : résultat : 11 semaines de "Trou Noir" ! La concertation est disparue du décors, laissant place à "L'Esprit de Clocher", "au plus fort la poche", et comme vous décrivez si bien : " la division, la méfiance, le doute permanent, l’effritement de nos acquis, le manque de vision, la déstructuration de notre région, le manque de solidarité…" . Voilà pourquoi l'essoufflement et la survie individuelle font en sorte que chacun se replie sur lui-même en ces moments difficiles . Nous sommes victimes d'une "idéologie" gouvernementale vieille comme le monde : "diviser pour régner", agenouiller le peuple, peut-être pour lui faire avaler de force certains développements industriels comme les hydrocarbures par hasard ? Bref, nous voilà revenus 40-50 ans en arrière et , en ce qui me concerne, je n'ai plus un autre 40 ans devant moi pour livrer bataille ... Merci Pascal Alain pour cette prise de paroles . En 1970, nous scandions : " NOUS VAINCRONS !", Aujourd'hui, c'est : " NOUS RÉSISTERONS ! " ...

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