Arène politique : Coin gauche

QUE PENSER DE LA DERNIÈRE SESSION PARLEMENTAIRE DE QUÉBEC?

CARLETON-SUR-MER, 18 décembre 2015 - Se sentir seul dans la foule. Vous avez déjà vécu ce sentiment? Être entouré de dizaines, de centaines, voire de milliers de personnes et se sentir tout de même seul, incompris, dénigré, délaissé…

C’est un peu le sentiment que j’ai, en cette fin d’année 2015, pour notre belle Gaspésie. Éloignée, plus que jamais, de son propre gouvernement. Déconnectée. Seule parmi les siens. Loin du pouvoir. Sans voix. Ou du moins, voix éteinte…

Ce n’est pas un secret pour personne, la Gaspésie s’est déjà mieux portée qu’aujourd’hui. Peu importe votre allégeance politique, vous serez d’accord que la région a connu une époque plus glorieuse, époque où nous étions à une poignée de main du pouvoir. Je fais bien sûr allusion aux années de Nathalie Normandeau, entre 2003 et 2011, années au cours desquelles elle a siégé comme députée, députée ministre, puis députée ministre et vice-première ministre du Québec sous la bannière libérale.

L’ère Normandeau est chose du passée. Et je le répète. Peu importe votre couleur politique, elle a fait beaucoup pour la région. Sous son règne, la Gaspésie était écoutée, respectée, considérée. Toutefois, le destin de notre chère péninsule ne peut tenir entre les mains d’une seule personne. Nathalie, comme tout le monde l’appelle, ayant quitté la vie politique en démissionnant comme députée ministre le 6 septembre 2011, la Gaspésie a perdu, lentement mais sûrement, de l’écoute et du pouvoir sur l’échiquier politique du gouvernement du Québec.

Renaissance provisoire du PQ et retour des Libéraux

Puis, l’usure du pouvoir est venue à bout des libéraux avec, comme fond d’écran, les travaux de la Commission Charbonneau, commission d’enquête portant sur d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction.

Aux élections générales du 4 septembre 2012, le PQ prend ainsi le pouvoir avec un statut minoritaire, après avoir passé 9 ans sur les banquettes de l’opposition. Apprendre à vivre avec le pouvoir, sans y avoir goûté pendant près d’une décennie, prend un certain temps au gouvernement Marois. Malgré toutes les bonnes intentions de Pascal Bérubé, Sylvain Roy et Gaétan Lelièvre pour poursuivre le travail de Normandeau, à leur façon bien sûr, leur parti doit s’adapter; il est en mode « reconstruction » sur le plan national. Et comme on le sait, la lune de miel a été de courte durée. Dix-huit mois plus tard, en avril 2014, les libéraux reprennent le pouvoir de façon convaincante, en arborant une toute autre vision de l’État dirigée par Philippe Couillard et ses têtes pensantes. Le virage des libéraux et des idéologues du parti ont fait reculer la région au temps de l’antiquité. Et encore…

La Gaspésie n’a pas encore digéré la perte de sa Conférence régionale des élus et de ses centres locaux de développement (CLD). C’était à l’automne 2014. L’austérité est bien en selle. Tout le monde passe dans le même tordeur, sous le même rouleau compresseur, dans la même déchiqueteuse… Pendant ce temps, les efforts titanesques consentis à redresser la région après les fermetures des multinationales à Murdochville, Chandler et New Richmond ont été balayés comme le dit la célèbre chanson, like dust in the wind… C’est à se demander comment aurait réagi Normandeau au sein de ce parti remodelé, remoulé, reconditionné à la sauce ultra néolibérale, où les régions du Québec, la Gaspésie inclue, sont condamnées au silence et à vivre dans les oubliettes de la Belle Province.

Des régions, ça donne quoi?

La dernière session parlementaire s’est conclue au même diapason que les précédentes pour la Gaspésie. Pas pire, pas mieux.

La Gaspésie a été peinturée dans le coin. Avec deux couches plutôt qu’une. La dernière séance a laissé place aux pétrolières, aux médecins, à Bombardier, à Martin Coiteux, grand chevalier et protecteur du trésor, qui fait semblant de vouloir négocier avec le milieu de l’éducation. Il n’y a même plus de ministère des Régions. Qu’un ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire. Exit les régions. Exit la Gaspésie.

La Gaspésie est occultée. Sans vouloir sombrer dans le fatalisme, la Gaspésie est déstructurée, désorganisée, disloquée. Ça ne se voit peut-être pas du chemin, comme on dit. Les gens continuent de vaquer à leurs occupations, ils mangent, ils boivent, ils sourient du mieux qu’ils peuvent et c’est tant mieux. La vie continue.

Mais par en dedans, la déstructuration est palpable. Les ravages sont perceptibles. Les dommages collatéraux, à la suite de la disparition de la CRÉ et des CLD et des innombrables coupes au sein d’organismes publics, sont significatifs. La région s’enlise, tranquillement, subtilement. La perte de services n’encourage pas les gens à revenir, voir même, à demeurer en Gaspésie. Nos acquis sont menacés. Et comme la Gaspésie est « bleue » et que le ciel du Québec est « rouge », inutile de vous dire que la région peine à se faire entendre et à faire valoir ses véritables enjeux.

La Gaspésie mérite mieux que ça.

-30-

Pour lire le billet de P.A Beaulieu, de son coin droit, cliquez ici.

NOTE SUR L'AUTEUR
Pascal Alain est né et habite à Carleton-sur-Mer. Historien de formation, il est aussi détenteur d’une maîtrise en développement régional. Oeuvrant professionnellement dans le secteur municipal, il est l’auteur de plusieurs conférences sur l’histoire et le développement régional. Il est aussi l’un des membres fondateurs du GRAFFICI. Chaque mois, il représentera la vision de la gauche dans l’arène politique qu’il partagera avec P.A. Beaulieu, exprimant pour sa part le point de vue de la droite sur un même sujet, chaque mois.

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