Société

#moiaussi, je préviens les abus

CAPLAN, novembre 2017 – Il y a déjà plus d’un mois, on a vu déferler sur les réseaux sociaux une vague de confessions, toutes plus touchantes les unes que les autres, concernant des agressions sexuelles. Ces abus ont lieu aussi dans le domaine du loisir et du sport. Bien qu’il existe des outils pour les prévenir, encore faut-il les connaître et les utiliser.

 

Qu’il soit médiatisé ou non, le nombre annuel d’agressions sexuelles, lui, demeure stable. En Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine, ce taux est préoccupant. En effet, la région remporte de façon peu glorieuse la 3e position, derrière la Côte-Nord et l’Abitibi, avec un taux d’infractions sexuelles de 106,1 pour 100 000 habitants. Soulignons que dans deux cas sur trois, la victime est âgée de moins de 18 ans et, la plupart du temps, connaît son agresseur.

Le monde du loisir et du sport est aussi touché par ces situations et le sujet, bien que tabou, se doit d’être abordé. En effet, dans une analyse de 159 cas d’agressions sexuelles survenues en contexte sportif, les agresseurs étaient des entraîneurs, des enseignants ou des instructeurs dans 98 % des cas (selon l’Institut national de santé publique du Québec - INSPQ).

Que nous soyons parents de jeunes sportifs, entraîneurs ou administrateurs bénévoles au sein du conseil d’administration d’un club sportif, nous sommes tous concernés par la question. C’est pourquoi il importe d’adopter ces quelques pratiques préventives.

Filtrer les bénévoles et vérifier les antécédents

Selon le Portail des gestionnaires de bénévoles, « il n’est pas légalement obligatoire pour les organismes de bénévoles de vérifier les antécédents judiciaires de leurs membres au Québec. Toutefois, d’un point de vue éthique, les organisations ont la "responsabilité morale" de faire vérifier les antécédents judiciaires de leurs bénévoles et de leurs employés. »

En effet, les organismes ont tout intérêt à vérifier les antécédents de leurs bénévoles, notamment lorsque ceux-ci ont à intervenir auprès d’une clientèle à risque. Cette démarche peut être effectuée en contactant le poste de police local qui orientera l’organisme selon ses besoins.

Une politique de prévention des abus

Bien entendu, la vérification des antécédents ne préviendra pas toutes les infractions et ne peut protéger les clientèles vulnérables contre les employés ou bénévoles qui en seraient à leur premier délit. De ce fait, une intervention pertinente de la part de l’organisation de loisir ou de sport serait de se doter d’une Politique en matière d’intégrité et de sécurité. L’élaboration d’une telle politique a pour objectif de dresser une ligne de conduite claire quant à la prévention des abus et aux procédures à suivre en cas d’infraction au code d’éthique.

À ce sujet, le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur du Québec, en partenariat avec la Régie régionale de la santé et des services sociaux de la Montérégie, a produit un guide d’implantation d’une politique de prévention et d’intervention en matière de violence et d’agression sexuelle. Ce guide,disponible sur le site du MEES oriente et outille les OBNL qui voudraient se doter d’une telle politique.

Prévenir les situations ambiguës

Le caractère insidieux des abus dans les sports, comme dans d’autres secteurs, réside dans le fait que l’infraction s’avère parfois ambiguë. Prenons l’exemple d’un entraîneur qui se retrouverait seul dans un vestiaire avec un jeune. Si des accusations sont portées à la suite de cet événement, chacun aura à défendre son intégrité.

Pour éviter ce genre de situation, les actions entreprises par le club sportif en matière de  prévention des abus se doivent d’être bilatérales, tant pour protéger l’intégrité des athlètes que celle des entraîneurs. Par exemple, un organisme sportif pourrait inclure dans sa politique un code d’éthique qui interdit aux entraîneurs et aux athlètes de se retrouver seuls dans un endroit clos.

Toujours dans l’optique de protéger les deux parties, cette politique pourrait aussi rappeler aux entraîneurs âgés de moins de 18 ans que « lorsqu’une personne est en situation de confiance ou d’autorité, la notion de consentement, exprimé ou présumé, ne peut pas être invoquée pour justifier l’activité sexuelle avec une personne mineure » (Éducaloi). En d’autres mots, d’un point de vue légal, un entraîneur et un sportif ne peuvent avoir de relations sexuelles et ce, même s’il s’agit de deux mineurs consentants.

Passer d’observateur à intervenant

Devant ces problématiques bien souvent déconcertantes, l’INSPQ résume avec brio l’attitude à adopter face aux abus sexuels dans les sports, qu’ils soient de niveau professionnel ou amateur : « Il semble […] déterminant de ne plus tolérer dans le contexte sportif des comportements qui seraient jugés inacceptables dans d’autres contextes comme les milieux de garde ou l’école.»

C’est dans cette perspective que nous pourrons répondre à la vague de #moiaussi qui déferle sur les médias sociaux. La prochaine fois qu’un phénomène de ce genre surviendra, ne restons pas les observateurs impuissants du problème. Mobilisons nos ressources et agissons afin de pouvoir répliquer par un tsunami de #moiaussi je préviens les abus!

 

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