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LES QUÉBÉCOIS ET L’ENVIRONNEMENT

GASPÉ, juin 2015 — Dans quelques jours, la Fête nationale du Québec sera célébrée de diverses façons dans nos régions. Cette célébration constitue une occasion de faire le bilan de nos réalisations et de réfléchir aux défis qui se pointent à l’horizon. Parfois, on en profite aussi pour se regarder dans le miroir collectivement et tenter de dépeindre qui nous sommes vraiment en tant que peuple. C’est dans cet état d’esprit que je me suis demandé où se situent les Québécois par rapport à la protection de l’environnement. Sommes-nous une société exemplaire?

Un bel héritage

La production de gaz à effet de serre par personne au Québec (10,1 t/habitant en 2011) est en deçà de la moyenne canadienne (20,9 t/habitant en 2011) et loin derrière l’Alberta (62,6 t/habitant en 2011) qui fait piètre figure à ce chapitre en raison de l’exploitation des hydrocarbures, principalement les sables bitumineux. La production d’électricité au Québec provient à plus de 95 % de l’hydroélectricité et c’est moins de 5 % pour l’Alberta (en 2008). Ces deux provinces canadiennes sont venues au monde sur des territoires bien différents l’un de l’autre et cela a évidemment influencé leur développement et leur destin respectifs. Si ce sont les Québécois qui avaient évolué au-dessus d’immenses champs pétrolifères, il est fort à parier que le pétrole serait notre principale forme d’énergie et que notre économie serait basée sur cette ressource comme le font les Albertains aujourd’hui. Mais nous avons plutôt pu profiter de magnifiques rivières pour y ériger des barrages hydroélectriques. Dans le fond, si nous produisons aujourd’hui notre électricité à partir d’une ressource renouvelable peu émettrice de gaz à effet de serre, c’est le résultat d’un concours de circonstances qui finalement joue en notre faveur.

De l’abondance

S’il est une ressource que nous possédons en abondance, c’est bien l’eau. À lui seul, le Québec compte 3 % des eaux renouvelables de la planète. Ça fait beaucoup de litres par habitant n’est-ce pas? Les Québécois sont d’ailleurs parmi les cinq plus grands consommateurs d’eau au monde, avec près de 400 litres d’eau par jour pour chaque personne. C’est 3 fois plus que la France et 20 fois plus que l’Afrique subsaharienne! Est-ce que l’installation de compteurs d’eau résidentiels serait un moyen approprié de conscientiser les Québécois à leur (sur) consommation d’eau et la facturation de l’eau potable un incitatif efficace pour diminuer une utilisation excessive?

Des connaissances scientifiques à améliorer

À peine un Québécois sur 10 (11 %) estime avoir une bonne connaissance de la situation énergétique au  Québec. Et 17 % estiment que le pétrole est une énergie renouvelable. C’est entre autres ce qui ressort d’un récent sondage réalisé par le Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (Cirano), et l’Institut de recherche Trottier (IET) de Polytechnique Montréal. Le but de ce sondage était de mesurer les perceptions des Québécois sur l’énergie et les changements climatiques.

Certains résultats quelque peu surprenants de ce sondage illustrent la nécessité de mieux informer la population sur les questions énergétiques d’autant plus que celles-ci sont parfois complexes puisqu’elles entremêlent science, politique et économie. Même pour moi, qui œuvre dans le domaine environnemental, il me faut y mettre du temps et des efforts pour arriver à départager le vrai du faux et avoir une vision d’ensemble sur ce vaste sujet.
 
D’ici la fin de l’année, le gouvernement du Québec va déposer la nouvelle politique énergétique qui va orienter nos actions pour la période 2016-2025. Il est important que la population québécoise participe activement au débat de manière allumée et efficace, car les implications sont majeures. Les projets d’exploration (et d’exploitation) pétrolière en Gaspésie et sur Anticosti, les projets de transport de pétrole par oléoduc ou par train et les remises en question du développement de la filière éolienne sont véritablement des dossiers d’actualité.
 
Afin de pouvoir juger si de tels projets sont acceptables ou non, les Québécois doivent être en mesure de bien comprendre les tenants et aboutissants de ceux-ci. Éduquer les jeunes pour les préparer à être les leaders de demain est primordial. Mais informer et éduquer la population active d’aujourd’hui l’est tout autant, car les décisions qui seront prises dans les mois à venir auront des répercussions à long terme.
 
Nos actions individuelles

Amener le bac de recyclage au chemin est maintenant un geste routinier et banal pour une majorité de Québécois. En 2011, le taux de mise en valeur des matières résiduelles provenant des résidences et récupérées par la collecte sélective était de 59 %. Ce n’est pas si mal, mais espérons que tout un chacun a poursuivi les efforts, car pour cette année, l’objectif de récupération est de 70 %!  

La réduction de notre consommation de biens en général, l’achat de produits locaux plutôt qu’importés et le compostage sont d’autres façons de réduire notre empreinte écologique au quotidien. Les Québécois se familiarisent de plus en plus avec ces notions, mais il reste encore du chemin à faire!

Notre gouvernance

Les pays scandinaves tels la Finlande, la Suède ou le Danemark sont reconnus pour être à l’avant-garde au niveau social, et la protection de l’environnement fait partie intégrante de leur modèle de développement. Même dans leurs systèmes politiques respectifs, l’environnement occupe une place de choix. À quand un député du Parti Vert à l’Assemblée nationale?

N’empêche que dans certains dossiers, telle l’implantation de la bourse du carbone, le Québec fait parfois figure de pionnier et fait même preuve d’audace. Par contre, dans d’autres cas, il y a un certain laisser-aller pour ne pas dire un aveuglement volontaire ayant pour prémisse des impératifs principalement économiques. À titre d’exemple, le gouvernement du Québec doit procéder à la création d’aires protégées sur 12 % de son territoire forestier d’ici la fin de 2015. Cet objectif n’est malheureusement pas en voie d’être atteint, entre autres suite aux pressions des compagnies minières et forestières.

D’ailleurs, cette situation prévaut malheureusement ici en Gaspésie. Développement économique versus protection de l’environnement. Un dilemme qui ne devrait pas en être un…
Vert pâle aujourd’hui, vert foncé demain?

Avec un mode de vie similaire, le Québécois est définitivement un Nord-Américain à part entière et son empreinte écologique n’est probablement guère meilleure que celle de ses voisins. Mais nous arrivons tout de même à nous distinguer à certains égards, en bonne partie grâce à notre hydroélectricité et à notre société parmi les plus progressistes du continent.

Nous avons certes de belles convictions environnementales, mais nous ne sommes pas toujours prêts à payer de nos poches pour améliorer la situation. De plus, nous profitons de tarifs d’électricité et d’eau des plus abordables et cela nous amène à consommer abondamment. Les intérêts individuels prennent de plus en plus le pas sur les intérêts collectifs et cela se fait souvent au détriment de l’environnement.

Il y a belle lurette que les Québécois ne se sont pas regroupés autour d’un projet collectif porteur d’espoir et d’enthousiasme. Faire du Québec une économie encore plus verte ne serait-il pas un projet de société rassembleur? La ville de Vancouver a l’objectif ambitieux de devenir la ville la plus verte du monde en 2020. Le Québec dispose déjà de plusieurs atouts pour devenir l’une des sociétés les plus vertes au monde d’ici quelques décennies.

Bonne fête nationale!

-30-

NOTE SUR L'AUTEUR
Biologiste de formation, Steve Pronovost est originaire de la Mauricie et demeure à Gaspé depuis une quinzaine d’années. Il occupe un emploi au parc national Forillon et affectionne les activités en plein air. Steve Pronovost est également président du Conseil régional de l’environnement Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine (CREGIM). Il blogue chaque mois sur GRAFFICI.CA, sur des sujets en lien avec l’environnement.

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