NOTRE MONDE

Jacob

BONAVENTURE, janvier 2019 – Jacob est un homme qui doit bien, aujourd’hui, avoir franchi la quarantaine, même si son apparence physique, due à son état de santé physique et mentale, le fait passer pour beaucoup plus vieux. Déjà très jeune, à l’aube de la vingtaine, il avait reçu, après quelques visites et séjours plus ou moins prolongés en psychiatrie, un diagnostic de schizophrénie.

Toujours à part des autres, on avait vite remarqué chez lui sa tendance à s’isoler du monde, à demeurer seul dans son coin, tenant souvent des propos plus ou moins cohérents, exprimant, aux dires de ses parents, une peur maladive du monde. Ses faibles résultats scolaires lorsqu’il était au secondaire, dus, selon ses parents, à un manque de motivation marqué et à des comportements pour le moins étranges, ont vite fait de les inquiéter au plus haut point. Jacob disait entendre des voix  lui affirmant  qu’il était mauvais, qu’il devait en finir avec la vie. C’est ainsi que le diagnostic tomba, accompagné d’une médication à prendre tous les jours.


Mais notre ami, lui, ne sentait aucune motivation à prendre quelque remède que ce soit. Se faire soigner n’était pas son choix à lui et il n’entendait pas se plier à cette exigence de prendre une médication  qu’il recevait comme une intrusion dans sa personne, dans le but de lui faire du mal. Bref, l’enfer s’installa peu à peu entre lui et ses parents qu’il accusait de le persécuter. Souvent, il se plaignait que la nuit, des individus qu’il associait à l’armée, à des malfaiteurs, entraient dans sa chambre pour le violer.

La situation était devenue intenable pour lui et pour ses parents qui disaient avoir perdu le contrôle de la situation. Bien qu’ayant obtenu de l’aide externe de la part de l’équipe soignante  de l’hôpital, en la personne d’un intervenant qui exerçait un suivi auprès de leur fils, ses parents disaient se trouver à bout de force devant une situation qui avait maintenant envahi tous les espaces de leur vie.


Partir à l’aventure…
Un jour, Jacob décida de quitter la maison et de partir à l’aventure sur le pouce.  Cet élan de liberté fut cependant de courte durée, car un policier qui l’avait fait monter dans sa voiture,  s’étant rendu compte de son état de désorganisation, le conduisit à l’urgence de l’hôpital où il fut admis.


Ce court récit, qui relate un épisode dans la vie de Jacob et de ses parents, ressemble à des milliers d’autres, vécus ici dans la Baie-des-Chaleurs comme ailleurs, par des personnes confrontées à la maladie mentale. La même détresse, les mêmes sentiments d’impuissance, la même souffrance.


Tant qu’on n’a pas eu à traverser soi-même ce désert, tant qu’on n’a pas été confronté, mis en contact personnellement avec cette souffrance, on ne s’imagine pas ce que peut contenir  ce monde entourant la maladie mentale. Et quand le visiteur inattendu se présente à l’improviste, on est pris de court comme si on était les seuls au monde à vivre un tel drame.


Des oasis
Si j’écris ces propos, c’est pour dire aux parents  et amis de tous les Jacob d’ici comme d’ailleurs qu’ils ne sont plus seuls et que le désert est maintenant peuplé d’oasis où il est possible d’aller chercher du secours.


Ici, en Baie-des-Chaleurs particulièrement, mais aussi ailleurs en Gaspésie et au Québec, depuis maintenant plus de trente ans, on soigne, on accompagne, on héberge, on supporte les personnes aux prises avec des maladies mentales. On accompagne, on écoute également les parents qui ont besoin de savoir, de comprendre, de se déculpabiliser et de faire face à des situations qui, trop souvent, les dépassent. Un jour, une dame s’exprimant dans un groupe d’accompagnement nous avait dit : « si seulement mon fils avait le cancer, je pourrais au moins comprendre ce qu’il a ». Comprendre…


Bien sûr, des ressources, aussi adéquates et accueillantes soient-elles, qu’elles soient institutionnelles ou communautaires, ça ne règle pas tout. Mais cela permet un commencement. Car il faut bien commencer quelque part pour atteindre ce qu’on appelle aujourd’hui la « résilience ». Ce n’est pas la complète guérison, mais un état  dans lequel il est possible de vivre et de bâtir son monde, une pierre à la fois.


Un autre Jacob
Au moment où j’ai pris ma retraite en tant  qu’intervenant externe à la clinique de santé mentale du Centre hospitalier Baie-des-Chaleurs, j’effectuais, entre autres, le suivi d’une personne que nous pourrions également nommer Jacob. Depuis quelques semaines, il avait été admis dans une ressource  d’hébergement où il fut accueilli avec chaleur et pouvait envisager de se sentir chez lui, de faire une pause dans sa vie, au grand soulagement de ses parents. Mais lui ne s’y sentait pas bien, ne communiquait avec personne et s’isolait de plus en plus chaque jour. Un matin, il est parti en disant vouloir aller s’établir en ville, quelque part, loin du monde. Ses parents étaient, encore une  fois, au désespoir, mais personne ne pouvait l’empêcher de partir.


Quelques années après mon départ du travail, ayant repris du service en tant qu’administrateur de cette ressource, je m’y suis rendu afin de m’enquérir de la bonne marche des choses. Quand je suis entré dans la maison, un homme est venu à moi, tout souriant, me nommant par mon prénom et me tendant la main pour me souhaiter la bienvenue. C’était mon ami Jacob qui semblait vraiment heureux de me voir. Il était donc revenu… Et que de changements s’étaient opérés chez lui; il était presque méconnaissable.


Cela peut sembler banal, mais ça ne l’est pas.


Jamais, je n’avais vu cet homme sourire auparavant, à peine avais-je  pu voir ses yeux, tant il avait toujours été replié sur lui-même, le regard évitant. Là, il m’accueillit avec le sourire, tout simplement, me confiant qu’il demeurait dans cette ressource depuis un an maintenant. C’était tout, mais déjà énormément plus que ce à quoi j’avais eu droit de lui il y a de cela quelques années. Je suis demeuré stupéfait, croyant  à une sorte de  miracle, du genre de ceux auxquels on assiste parfois dans ces  lieux où les personnes, au fil des jours, au contact des autres, se transforment peu à peu et se remettent à vivre. Dans cette ressource, lentement, il s’était apprivoisé à la présence des autres, à la prise de responsabilités, au sentiment d’être apprécié et reconnu.


C’est une route qui est longue et souvent pleine de recommencements bien sûr…


Quant à ses parents, j’ai appris qu’eux aussi s’étaient remis à vivre, étant désormais capables d’établir une distance entre eux et leur fils de façon à pouvoir respirer un peu… quoique demeurant toujours en perpétuel état de veille…

 Note sur l'auteur
Actuellement à la retraite, M. Arsenault détient une Maîtrise en travail social.
Il a travaillé au CSSS Baie-des-Chaleurs, particulièrement au suivi dans la communauté de personnes atteintes de maladies mentales et au développement de ressources s’adressant à ces personnes.
Toujours actif, il est notamment impliqué sur le plan communautaire au niveau du logement social avec le Groupe Ressource en logement collectif Gaspésie-les-Îles dont il préside le conseil d’administration.

 

1 commentaire
Azankpe a écrit le 13 février 2019

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