Correspondances

FAUX DÉPART : REWIND, RESTART

CARLETON-SUR MER, avril 2015 Ma chère Pauline, C’était le tout premier anniversaire de ta chute tout récemment. Le 7 avril 2014. Je parie que tu n’as pas oublié la date, toi non plus. Passer de première ministre à «même-plus-députée», ça doit cogner fort... Sur la confiance. Sur l’orgueil. Sur les rêves.

Je voulais prendre de tes nouvelles, savoir comment tu t’étais remise de ta gifle électorale, te parler de toutes ces claques que nous, pauvres électeurs québécois naïfs, avons eu tout le loisir de manger en arrière de la tête en un an. Je voulais revenir sur ton passage à Tout le monde en parle, aussi.
C’était une belle idée, tu ne trouves pas?

Et puis, j’ai mangé un coup de pelle libérale en pleine face la veille de la remise de mon texte à GRAFFICI.CA. J’ai donc décidé de te flusher à la dernière minute. Désolée, Pauline. Rapidement : j’espère que ça va bien, que ta retraite se passe à merveille et que tu t’es remise à porter tes foulards. Je les trouvais beaux, moi, tes foulards.


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FAUX DÉPART : REWIND, RESTART
Reprenons du début.

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Salut, Philou!

Te souviens-tu de moi?

C’est moi, la fille qui t’a donné des petits noms doux dans une lettre ouverte écrite en décembre passé. Tsé, la petite adoptée qui avait dans le coeur autant d’amour pour sa région d’accueil que d’insultes dans sa manche à ton égard?

Je m’étais jurée de ne pas te harceler. Mais bon, toi, tu nous avais promis un gouvernement qui a de l’allure. Alors, on ne va pas s’enfarger dans des détails, hein Phil?

De toute façon, théoriquement, je ne voulais pas m’adresser au premier ministre aujourd’hui. C’était le ministre responsable des dossiers jeunesse de mon bon gouvernement provincial qui m’intéressait.
MAIS… ça adonne que c’est le même gars.

Y’a de ces hasards, dans la vie…

Après avoir aboli les CRÉ, les CLD, resserré le mandat des Carrefour jeunesse-emploi, coupé le budget de Secondaire en spectacle, de Chapeau les filles! et d’autres magnifiques initiatives, alourdi la tâche des enseignants au primaire et au secondaire, foutu le trouble dans la santé, après avoir «réformé» les tarifs en garderie, fait des compressions sur les bancs collégiaux/universitaires et même dans l’enveloppe de l’aide sociale… (Et, j’en oublie) t’ennuyais-tu, Philippe?

Cherchais-tu encore une façon inédite de tous nous faire tomber en bas de notre chaise? Avais-tu l’intention de pousser à un plus haut niveau la notion de bêtise? Possédais-tu encore une petite case de temps libre à ton horaire de destruction? Si oui, comment en es-tu venu à te dire que ce serait une idée géniale de la meubler en faisant encore passer notre jeunesse au batte? Dans ton beau tordeur majoritaire?

Tu vois, j’essaie de te comprendre. Je fais preuve d’ouverture. Je pose des questions. Je m’intéresse à ce que tu fais, à ce qui te motive. Tu peux même me répondre, si tu veux. Il y a ma face en haut de ce texte et beaucoup de gens à Carleton pourront t’indiquer où j’habite.

En fait, ce que je veux que tu comprennes, c’est que je fais complètement l’inverse de ce que tu viens de faire dans le dossier des forums jeunesse régionaux du Québec.

Sans leur permettre de faire partie de la solution, sans leur donner la moindre chance d’argumenter, de te proposer quoique ce soit, tu les as condamnés. Comme ça, un 22 avril. T’as pris le Jour de la terre et tu en as fait des funérailles. T’as enterré vivant tout un réseau de concertation et d’action jeunesse, six pieds sous terre, avec deux mois de préavis. C’est comme ça que tu traites des institutions qui prennent soin de la jeunesse québécoise depuis 15 ans? Qui la rend meilleure?

Même pas le temps de rouspéter, allez hop : au trou!

Je suis profondément attristée par l’attitude de grande faucheuse de ton gouvernement. Et encore plus de constater qu’à cause d’elle, notre région devra se passer de la Commission jeunesse Gaspésie—Îles-de-la-Madeleine, de son expertise, de la main qu’elle tendait aux jeunes, de la parole qu’elle leur donnait.

«Feu-ton-ministre-de-l’Éducation» Yves Bolduc dirait probablement que «aucun jeune ne va mourir de ça». Peut-être pas, non. Mais en détruisant des structures régionales qui mettaient les jeunes et leur potentiel en tête de leurs priorités, c’est un peu l’avenir du Québec que tu tues. Ce sont des années de travail acharné et de renforcement positif que tu ensevelis.

J’espère que cette jeunesse plus impliquée, participative et dynamique qu’ont forgé les forums jeunesse du Québec, criera fort le premier mai prochain. Qu’elle te hurlera qu’elle refuse d’être la victime de ton carnage, de ramasser la facture de la déconstruction que tu opères. Qu’elle mettra, qui sait peut-être, la hache dans ton gouvernement. Avant que ce ne soit l’inverse.

Philou, tu essaies de faire taire la jeunesse, de la museler. À ce que je sache, ça aussi, ça s’appelle un bâillon.

Roxanne Langlois, en deuil

-30-

NOTE SUR L’AUTEURE
Diplômée du Cégep de Jonquière en Arts et technologie des médias (journalisme) et en Communication, politique et société (UQÀM), Roxanne Langlois a également débuté un baccalauréat en droit à l’Université de Montréal.
Après une overdose de Station Berri-UQÀM, de tranches pizza à 0,99 $ et d’études, elle met le cap sur Carleton-sur-Mer à l’automne 2011. Objectifs : vivre à temps plein et au quotidien son coup de foudre pour la région ainsi que devenir une Gaspésienne d’adoption exemplaire. Après avoir travaillé en communications et en politique, on la retrouve aujourd’hui dans le domaine du développement régional. Passionnée des êtres humains et de leurs travers, la blogueuse est aussi mordue d’écriture depuis sa première peine d’amour. Grande amoureuse des mots, elle use de sa plume, de son humour, de son sarcasme et parfois de son impertinence pour faire sourire et partager ses humeurs.

NOTE DE LA RÉDACTION
Les blogueurs sur GRAFFICI.CA ne sont pas à l'emploi de l'entreprise. Ils ont tous accepté de s'engager, bénévolement, pour apporter une diversité de point de vue dans notre média. Les opinions véhiculées dans ces textes n'engagent que leur signataire. Il en va de même pour les lettres ouvertes.

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