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« ÊTRE OU NE PAS ÊTRE… » DIGNE DE CONFIANCE

GASPÉ, avril 2015 – Je suis d’accord que chacun a droit d’exprimer son opinion sur tout. Ça s’appelle la liberté d’expression. Par contre, sans vouloir vous vexer,  je considère que le point de vue de tous et chacun n’est pas toujours de valeurs égales. Puisque nul ne peut prétendre être expert dans tout, sur qui peut-on compter pour orienter avec rigueur nos réflexions sur les enjeux environnementaux? À qui peut-on faire confiance? Là, est la question!

Le projet d’oléoduc Énergie Est au Québec, l’implantation d’une cimenterie à Port-Daniel, les changements climatiques à l’échelle mondiale, le débat entourant le coût de production de l’électricité à partir des éoliennes et l’exploitation pétrolière en Gaspésie, sur Anticosti et dans le golfe du Saint-Laurent sont autant de dossiers d’envergure qui suscitent des inquiétudes et des interrogations sur le plan environnemental. Les informations qui circulent sont parfois insuffisantes, divergentes ou même biaisées. Il n’est pas facile de se faire une opinion basée sur des faits et d’évaluer le bien-fondé d’un projet. Il est bon de pouvoir compter sur une variété d’acteurs pour nous éclairer et aiguiser notre sens critique. Voici un survol non exhaustif des sources d’information qui ont chacune leurs forces et leurs limites.

L'État et son ministre de l'Environnement

L'État et le ministre de l'Environnement ont un mandat essentiel à l’égard de la protection de l’environnement au Québec. Mais dans les faits le ministre David Heurtel est le dirigeant d’un ministère de seconde importance. En langage de hockey, disons qu’au mieux, il joue sur le troisième trio et pas plus de 10 minutes par match. On s’attend de lui qu’il ne nuise pas à son équipe, point. Il aurait d’ailleurs à mon avis mérité une punition pour inconduite dans le dossier du terminal pétrolier de Cacouna.

Malheureusement, le gouvernement n’est pas toujours un leader en  matière environnementale, puisqu’il se trouve coincé entre sa volonté de créer de la richesse à court terme pour la collectivité et sa responsabilité de protéger notre environnement…bien sur, sans trop nuire à l’économie.

La communauté scientifique

Un scientifique, c’est bien, 2500 c’est mieux! Selon le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, le GIEC, si rien n’est fait, la température de la terre pourrait grimper jusqu’à 4,8 °C d’ici 2100 et le niveau des océans s’élever de près d’un mètre. Ce n’est que deux des nombreuses constatations alarmantes qui émanent du dernier rapport de ce groupe de scientifiques. Je crois qu’on devrait les prendre au sérieux lorsqu’on sait que 97 % des chercheurs de la planète s’accordent pour associer le réchauffement climatique aux activités humaines. C’est ce qu’on appelle une vérité indéniable… mais qui dérange.

Les instituts de recherche et leurs chiffres

Une réalité, deux versions. Mais qui dit vrai? Parfois, les chiffres parlent d’eux-mêmes, mais on peut aussi faire dire ce que l’on veut aux chiffres, selon que le discours est un peu plus de droite ou un peu plus de gauche. Ainsi, concernant le dossier de l’exploitation pétrolière au Québec, on constate deux visions diamétralement opposées.

D’une part, le Québec créerait 57 % plus d’emplois en investissant dans les énergies vertes plutôt que dans le secteur pétrolier, selon une étude de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS). Ainsi, le pétrole ne favoriserait pas la création d’emplois selon l’IRIS. L’Institut produit des recherches sur les grands enjeux de l’heure et diffuse un contre-discours aux perspectives que défendent les élites économiques.

D’autre part, selon l’Institut économique de Montréal (IEDM), « si le Québec subventionnait moins de projets énergétiques non rentables, tout en laissant cours au développement de ses ressources – notamment pétrolières –, les contribuables québécois, tout comme l’État, seraient beaucoup plus riches». L’IEDM alimente les débats sur les politiques publiques au Québec et partout au Canada en proposant des réformes créatrices de richesse et fondées sur des mécanismes de marché.

Pas facile de s’y  retrouver n’est-ce pas? Je crois que les partisans de l’économie de marché auront tendance à se référer principalement à l’IEDM, tandis que ceux qui accordent plus d’importance à l’intérêt collectif pencheront du côté de l’IRIS.

Des environnementalistes de renom

La crédibilité ça ne s’achète pas, il faut la gagner. Dans son édition du 1er avril dernier, la revue L’Actualité publiait le Palmarès du pouvoir qui compile les 25 personnalités qui ont le plus d’influence au Québec.

L’environnementaliste Steven Guilbeault se classe au 22è rang de ce palmarès largement dominé par la classe politique. Ce n’est pas peu dire pour cet ancien militant de Greenpeace qui est maintenant directeur principal d’Équiterre. Malgré certaines prises de position qui peuvent parfois déplaire au gouvernement, Steven Guilbeault jouis d’un  capital de sympathie, même dans la sphère politique. L’Actualité cite d’ailleurs le cabinet du premier ministre Couillard qui décrit Guilbeault comme «l’environnementaliste le plus crédible, calme et aimé des Québécois. On doit être attentif à ce qu’il dit».   

À l’échelle canadienne, on ne peut passer sous silence le vulgarisateur, scientifique et activiste David Suzuki qui, à 79 ans, est une référence qui dépasse nos frontières  en matière d’environnement. Dans un sondage publié récemment par le Reader’s Digest,  David Suzuki s’est  mérité le titre du Most Trusted Canadian Influencer of 2015!

Nos élus régionaux

Ils sont issus du peuple et choisis par le peuple pour gouverner nos municipalités et nos instances régionales (ou ce qu’il en reste). Ils doivent jongler avec une économie régionale précaire et une démographie aux perspectives d’avenir plutôt déprimantes. Notons également que les élus ne sont pas nécessairement mieux informés que l’ensemble de la population.

L’aspect économique prend malheureusement une place prépondérante dans leur prise de position. Cependant, la réalité socio-économique de la Gaspésie ne devrait pas les aveugler au point de sacrifier  notre environnement.

Il ne m’apparaît donc pas normal que ce soit, la plupart du temps, des  groupes de citoyens qui prennent leur place à l’avant-scène pour soulever des préoccupations pourtant bien légitimes. Nos élus ratent ici une occasion d’exercer un leadership qui dépasse les impératifs économiques.

Les groupes environnementaux régionaux

Des gens de la place, préoccupés par ce qui se passe dans leur coin de pays sur le plan environnemental. C’est la base de la composition ces groupes. En tant qu’administrateur du Conseil régional de l’environnement (CREGIM) je fais partie de ceux-là! Environnement Vert Plus, Attention FragÎles ou le Conseil de l’eau du Nord de la Gaspésie regroupent des personnes passionnées par les causes qu’ils défendent. Malgré des moyens financiers limités, ces organisations cherchent à mettre en lumière des préoccupations particulières et à sensibiliser leurs concitoyens.

Les compagnies pétrolières

Comme toutes les entreprises privées, elles sont là pour réaliser des profits. Et comme la ressource qu’elles exploitent et qu’elles vendent est toujours aussi essentielle dans notre quotidien, elles exercent une grande influence sur le plan économique et politique, entre autres par le biais de leur puissants lobbys. Des incidents environnementaux surviennent périodiquement dans le transport des hydrocarbures et le prix de l’essence fluctue souvent de manière inexplicable. Il est donc difficile dans ce contexte d’accorder de la crédibilité à ces pétrolières lorsqu’elles désirent mettre sur pied de nouveaux projets.

Les artistes
Ils ne font pas que chanter ou vanter les mérites du poulet St-Hubert dans les pubs à la télé. Non, certains s’engagent et se servent de leur réputation auprès du public pour sensibiliser un large auditoire à une cause qui les préoccupe. Ils sont en quelque sorte des éveilleurs de conscience. On n’a qu’à penser à Richard Desjardins et son documentaire L’erreur Boréale, à Dominic Champagne et son documentaire Anticosti : la chasse au pétrole extrême et, plus récemment, à Kevin Parent avec  le documentaire L’or du golfe. Au-delà d’une simple prise de position, ces oeuvres soulèvent des préoccupations et des interrogations légitimes et diversifient les perspectives sur de grands enjeux. Pourquoi s’en priverait-t-on?

Je m’arrêterai ici, bien que la liste des acteurs sociaux influents soit encore longue… L’important, je crois, c’est  de varier ses sources d’information et de faire preuve d’ouverture, afin de ne pas se limiter à nos croyances et préjugés. Par dessus tout, il importe d’avoir un sens critique aiguisé, puisque nos décisions d’aujourd’hui auront des répercussions importantes sur l’environnement et sur les générations futures. Et vous, à qui faites-vous confiance?

-30-

NOTE SUR L'AUTEUR
Biologiste de formation, Steve Pronovost est originaire de la Mauricie et demeure à Gaspé depuis une quinzaine d’années. Il occupe un emploi au parc national Forillon et affectionne les activités en plein air. Steve Pronovost est également président du Conseil régional de l’environnement Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine (CREGIM). Il bloguera chaque quatrième jeudi du mois sur GRAFFICI.CA sur des sujets en lien avec l’environnement.

SUGGESTION DE LECTURE
Si l’actualité environnementale vous intéresse, je vous suggère de fréquenter un site internet qui constitue une véritable référence dans le domaine. Il s’agit de gaiapresse.ca.     Ce site répertorie des articles de provenances diverses et aborde une multitude de thématiques. On y retrouve également des analyses portant sur des enjeux spécifiques en plus d’un agenda des événements, conférences et formations à venir en lien avec l’environnement.

NOTE DE LA RÉDACTION
Les blogueurs sur GRAFFICI.CA ne sont pas à l'emploi de l'entreprise. Ils ont tous accepté de s'engager, bénévolement, pour apporter une diversité de point de vue dans notre média. Les opinions véhiculées dans ces textes n'engagent que leur signataire. Il en va de même pour les lettres ouvertes.


1 commentaire
Bilbo Cyr a écrit le 24 avril 2015

Ce n'est pas pour la collectivité que le gouvernement "crée" de la richesse à court terme, c'est pour les actionnaires...et ce n'est pas le gouvernement qui crée la richesse, c'est la ressource...A qui faire confiance? Je me pose la même question. Bien trop souvent.

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