À la valdrague : d'arts et de culture

DANS L'SHED: DU FOLK AU BLUES EN PASSANT PAR LE ROCKABILLY

CAP-CHAT, 18 février 2016 – Avec leur musique qui brode autour du folk, du country, du blues et même du rockabilly, des paroles simples et intelligentes, Éric Dion et André Lavergne nous offrent avec Rivière rouge des chansons qui décrivent et commentent ce qui les touche. Si les textes sont tous écrits par Éric, les deux complices signent ensemble les mélodies.

Comme c’est presque toujours le cas dans la musique populaire, l’amour est le thème de la majorité des chansons. De l’amour qui naît dans la romantique « Rue des Dames », bercée par la guitare puis relayée par le banjo et l’harmonica durant le break musical, à la difficulté de réorganiser sa vie après la séparation dans « Grilled cheese blues » ou encore à tout simplement boire sa peine dans « Rivière Rouge » même si le « picking » de la guitare crée une atmosphère légère qui adoucit le texte.

Deux chansons se souviennent d’amours heureuses. « Dans l’bois » raconte la tendre histoire d’un amour heureux alors que le couple s’endort bien blotti l’un contre l’autre dans leur « sleeping bag ». Une jolie partition de cordes colore romantiquement le texte d’Éric qu’il chante en harmonie (évidemment) avec Stéphanie Boulay. Une chanson pour la Saint-Valentin. « Soupe minestrone » tente de renouveler la chanson d’amour en la plaçant dans la cuisine. Mais attention : c’est l’homme qui cuisine. Ce gros blues obéit à la loi du genre : un rythme lourd, des paroles simples, trois strophes de trois vers avec la répétition du premier vers. Ça balance.

Mais l’amour est sujet à de vilains soubresauts : trois chansons en témoignent. « Barre à clous » ouvre l’album sur la fragilité de l’amour alors que le cœur du personnage « prend l’eau ». Un très court texte habité par des images qui expriment bien ses sentiments, une belle mélodie qui rehausse le texte, le tout mis en valeur par un arrangement sobre et en même temps riche. Cette chanson rappelle musicalement Kashtin par l’impression d’espace qui se dégage de l’arrangement et sa rythmique. « À qui la faute » raconte la fin d’une querelle d’amoureux qui n’a pas la même importance pour les deux amoureux. Lui espère qu’après avoir laissé son amoureuse une heure seule, elle va revenir à de meilleurs sentiments et qu’ils vont pouvoir continuer leur relation. Mais ce n’est pas le cas : pour elle, tout est terminé. La voix de Mélanie Boulay se joint à celle d’Éric pour affirmer l’inéluctable. Une mélodie sobre et un arrangement dont le rythme évoque le soupir viennent appuyer le texte. « Les autres » opposent les deux membres d’un couple et énumère les écarts entre eux. La dimension plus humoristique que tragique est mise en relief par la vivacité de l’arrangement dominé par le banjo. Une boutade, une chansonnette sans prétention comme un clin d’œil sur la relation amoureuse.

Deux des chansons pourraient être identifiées comme exprimant les aléas de la vie. « Quand y’a pas d’perdant, y’a pas d’gagnant », une chanson country animée par la guitare dobro traite des petites misères de la vie et de l’espoir que tout finisse par s’arranger. « Lou Leblanc » met en scène un garçon de huit ans qui n’a pas le droit de s’éloigner de la maison, contrairement à son papi et à son père quand ils étaient jeunes. Mais le papi pouvait aller jusqu’au bout du rang, à trois heures de marche, le père n’allait qu’à la côte à Patou à une demi-heure. L’espace se restreint, nous enseigne la chanson, ou est-ce la prudence qui est maintenant nécessaire qui guide la décision des parents? La chanson ne répond pas à cette question qui est sous-jacente au texte. Une fois de plus, la guitare dobro tisse une tonalité country autour de la voix.

Deux autres posent un regard humoristique sur la vie, même si dans le cas de la première, la situation est dramatique. « Le pépé du pénitencier » raconte comment ce bandit « malchanceux » va finir ses jours au pénitencier. Après un braquage de banque, il se retrouve en prison, sort et tue l’amant de sa femme. Il est maintenant vieux et à besoin d’une marchette. Fin de l’aventure. Le rythme vif et plutôt enjoué crée un amusant contraste avec le côté sombre du texte. Banjo et mandoline auxquels se mêlent des voix résonnent dans les couloirs du pénitencier. Hommage amusé au roi du rock and roll, « Le vrai Elvis » se fonde sur la rumeur qu’Elvis serait toujours vivant, même s’il est dans sa tombe à Graceland. Éric et André ont écrit là un vrai rockabilly. La mélodie (surtout le refrain et le solo de guitare) évoque le « Mystery train » de Junior Parker popularisé par Presley qui l’a enregistré en 1955 alors qu’il était encore chez Sun Records.

Enfin, deux chansons abordent des thèmes d’actualité. Premier extrait, « La disparue » traite des femmes amérindiennes assassinées, mais aussi de la situation générale des réserves indiennes. La chanson se déroule en deux temps. L’homme par la voix d’Éric commence par décrire son pays et nommer ce que son peuple a perdu. Puis la voix de Laurence Jalbert se joint à celle d’Éric pour offrir le point de vue des femmes. Le tambour rappelle les rythmiques amérindiennes tandis que le banjo et la mandoline viennent broder un thème qui paradoxalement exprime l’espoir : la prise de parole peut parfois mener à une solution. Une très belle chanson. Dans « Un tank, une bombe, une morte et un chat », le personnage qui semble être un enfant ou un adolescent, trace le portrait de sa famille : son frère, le rebelle avec sa bombe, son père, le traître et son tank, sa mère est morte, victime de la situation, et le chat, son allié qu’il va abandonner puisqu’il s’en va. Un rythme plus pesant que lourd autour duquel le banjo apporte une respiration. Un texte, un peu confus à la première écoute, mais qui nous rappelle qu’ailleurs dans le monde la guerre fait rage.

Par la pertinence de ses textes, par les couleurs des arrangements et la qualité de sa production, ce premier album de Dans l’Shed est une belle réussite. Enregistré au studio Tracadièche, Rivière Rouge est sur l’étiquette Le Grenier musique.
--- 30 ---

 NOTE SUR L’AUTEUR
David Lonergan est originaire de Saint-Jean-d’Iberville. Il vit en Haute-Gaspésie à partir de 1977, puis en Acadie à partir de 1994. Depuis 2014, il vit à Cap-Chat. Il a été enseignant au secondaire, dramaturge (Théâtre Pince-Farine, 1977-1992), journaliste, recherchiste, scénariste à la télévision (dont toute l'aventure de Radio-Québec GÎM), professeur à l’Université de Moncton et critique durant 19 ans pour le quotidien L’Acadie Nouvelle. Il a publié une douzaine d’ouvrages dont Les Otages (théâtre, 1987), Blanche (roman biographique, 1989), La Bolduc, la vie de Mary Travers (biographie, 1992), Françoise Bujold. À toi qui n’es pas né au bord de l’eau (essai et anthologie, 2010), Théâtre l’Escaouette, 1977-2012 (monographie, 2015). David nous fait l’immense honneur de bloguer tout à fait bénévolement sur GRAFFICI.CA. Il y sera présent chaque mois à la valdrague et traitera de faits d’arts et de culture.

 

 

1 commentaire
maitre sokposali a écrit le 17 février 2017

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