Arène politique : Coin gauche

COIN GAUCHE : VOTER OU NE PAS VOTER, LÀ EST LA QUESTION

CARLETON-SUR-MER, octobre 2015—J’entends encore mon père, un mordu de politique avec qui j’ai passé des soirées d’élection mémorables, me marteler sans arrêt, et avec raison : « mon gars, voter, c’est un devoir ». Rien de plus normal. Mon père, né dans les années 1920, était d’une toute autre époque. Celle où la politique avait encore un sens, celle où le droit de vote constituait un véritable privilège, celui de choisir nos gouvernants. Le vote incarnait le symbole ultime de la démocratie et des luttes pour les libertés.

Aujourd’hui, voter est devenu de moins en moins un devoir pour le citoyen moyen, mais plutôt un exercice obligé sans grand enthousiasme, un peu comme passer la balayeuse ou sortir ses vidanges… Voter représente donc de moins en moins un devoir, mais plutôt un droit, n’en déplaise à bien des peuples de la planète qui rêvent encore un jour de pouvoir voter.

La campagne électorale est enfin terminée. Le rideau vient de tomber sur ce triste spectacle qu’est devenu celui de la politique. Allons, rien ne va plus, place au vote maintenant. Place à cet autre spectacle démocratique que l’on renouvelle aux quatre ans, dans lequel de plus en plus de gens ont du mal à se retrouver. Sans trop réfléchir, j’allais ajouter : « Que le meilleur gagne! », mais je vais me retenir, puisque cette phrase, surutilisée, associée habituellement au domaine sportif, n’est pas toujours porteuse de sens dans le monde politique…

On le sait tous, la campagne électorale a pris l’allure d’une course à relais interminable. Résultat : jamais je n’ai senti la population, toutes allégeances confondues, aussi déconnectée des mamelles de cette drôle de bête qu’est la politique. Plutôt inquiétant comme constat.

Pendant ce temps, en Gaspésie

Que penser également du redécoupage de la carte électorale de notre belle Gaspésie? Rien pour nous donner le goût de nous présenter aux urnes, du moins pour une partie de cette Gaspésie qui semble avoir été charcutée par un apprenti boucher, équipé d’un couteau mal affilé. Quelle idée d’avoir créé ce « monstre » qu’est le comté Avignon-La Mitis-Matane-Matapédia, comté assis entre deux chaises, entre la Gaspésie et le Bas-Saint-Laurent. Un comté artificiel où le tissu socioéconomique et culturel est disparate et désincarné du quotidien des populations qui y vivent. Un mariage forcé. On sait ce que ça donne, hein? Au moins, on parle la même langue! Le 20 octobre au matin, la Baie-des-Chaleurs, région gaspésienne qui se ressemble et s’assemble assez bien, va se réveiller sans avoir le même député, la MRC Bonaventure faisant partie du comté Gaspésie-les Îles. Beau p’tit mal de tête. Ça, c’est pour les gens qui s’en sont aperçus…

Fais ce que doit, advienne que pourra

Même si le portrait global que je viens de tracer est peu reluisant, les Gaspésiens doivent se manifester aux bureaux vote et envoyer un message clair à Ottawa, quel qu’il soit. Depuis trop longtemps, la Gaspésie s’apparente à une sous-région aux yeux du gouvernement fédéral. Nous sommes négligés, abandonnés, peinturés dans le coin. La Gaspésie ne clignote pas fort sur le tableau de bord d’Ottawa. Cependant, jusqu’à preuve du contraire, nous faisons toujours partie du Canada et nous n’avons pas de modèle plus participatif et démocratique que le mode de scrutin uninominal à un tour (qui, pour cette raison, n’est pas véritablement démocratique), qui revient tous les quatre ans pour choisir le candidat en qui reposera notre destinée.

Le fédéral est devenu un acteur fantôme en Gaspésie. Il a perdu son rôle d’acteur de soutien il y a belle lurette. Dans notre région, son action se traduit par de nombreux désengagements. On a qu’à penser aux phares, aux quais, au chemin de fer, à l’assurance emploi, et j’en passe. C’est triste. Vraiment triste.
Le vote est-il l'acte de citoyenneté par excellence? Je ne crois pas. Le vrai devoir de citoyen consiste à s’informer et à agir en conséquence.

Aller voter, malgré tout

Malgré tout, je crois que les Gaspésiens se doivent d’aller voter, peu importe leurs convictions et leurs valeurs, et cela, au risque de voter blanc si aucun parti ne correspond à leurs aspirations. Le jour où les médias annonceront que 30, 40 ou 50 % de l’électorat a voté blanc (et non annuler son vote), un nouveau modèle plus représentatif, plus démocratique et près des citoyens verra forcément le jour. Faudra rebâtir une nouvelle machine. Non?

La Gaspésie, on le sait, a des défis considérables et de toutes sortes qui l’attendent. On a qu’à penser à la démographie, aux infrastructures, au transport, à l’environnement, au maintien des services sociaux de toutes sortes, à la sauvegarde de nos acquis chèrement obtenus dans le passé.

Nous devons voter dans le sens de nos valeurs. Si un parti incarne véritablement vos valeurs, il faut sauter dessus. Dans le cas contraire, il faut se lever de son fauteuil et voter blanc, donc pour aucun des candidats qui se présentent. En votant blanc, le message est clair. Il permet d’exprimer qu’aucune proposition des candidats ne vous intéresse en étant quand même allé voter. S’abstenir de voter est inutile. C’est perdre le droit d’exprimer son mécontentement envers la politique. Quant à annuler son vote, cela sème la confusion sur vos réelles intentions.

Même si c’est tentant, nous n’avons pas les moyens de nous désintéresser de la politique. La région a plus que jamais besoin de citoyens impliqués et engagés. Une nouvelle lutte pointe à l’horizon : celle, encore et toujours, de l’avenir de la Gaspésie. Être un citoyen engagé, c’est faire de la politique. C’est s’intéresser à la démocratie qui s’exerce et qui s’applique dans le quotidien. C’est faire de la politique autrement.

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NOTE SUR L'AUTEUR
Pascal Alain est né et habite à Carleton-sur-Mer. Historien de formation, il est aussi détenteur d’une maîtrise en développement régional. Oeuvrant professionnellement dans le secteur municipal, il est l’auteur de plusieurs conférences sur l’histoire et le développement régional. Il est aussi l’un des membres fondateurs du GRAFFICI. Chaque mois, il représentera la vision de la gauche dans l’arène politique qu’il partagera avec P.A. Beaulieu, exprimant pour sa part le point de vue de la droite sur un même sujet, chaque mois.

NOTE DE LA RÉDACTION
Les blogueurs sur GRAFFICI.CA ne sont pas à l'emploi de l'entreprise. Ils ont tous accepté de s'engager, bénévolement, pour apporter une diversité de point de vue dans notre média et les opinions véhiculées dans ces textes n'engagent que leur signataire. Il en va de même pour les lettres ouvertes.

1 commentaire
Bob Eichenberger a écrit le 29 octobre 2015

Il y a aussi le fait que nos gouvernements ne prennent plus de décisions! Le pouvoir décisionnel est aux mains des instances financières comme l'Organisation Mondiale du Commerce, et autres organismes dites«Breton-Woods». Nos gouvernements ne sont plus que des exécutants. Alors, voterait-on pour un parti qui ne reconnaitrait plus l'autorité des maîtres financiers sur un gouvernement démocratiquement élu? Aucun parti a encore osé dénoncer cette situation et proposer une résistance. Et on peut toujours compter sur un élu sortant pour jouer le rôle du «méchant» et faire peur à ceux qui voudraient voter selon leur coeur plutôt que la «stratégie» de voter pour le prochain choisi par l'élite du 1%.

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