Éditorial

BULLETIN DU GOUVERNEMENT LIBÉRAL : UN ÉCHEC SUR TOUTE LA LIGNE

CARLETON-SUR-MER - Le bulletin de la première année au pouvoir du gouvernement libéral de Philippe Couillard constitue un gênant échec, compte tenu de l’incertitude et des craintes qu’il a générées, et de la douleur qui risque de marquer la prochaine année, au cours de laquelle d’autres compressions s’ajouteront au fardeau déjà subi par la Gaspésie.

Est-il possible de trouver une mesure originale adoptée par ce gouvernement qui ait eu des effets bénéfiques pour la région, qui ait constitué un réel avancement? Nous cherchons encore.
 
Il y a eu peu d’annonces, et elles étaient souvent des reconductions d’ententes moins généreuses que les précédentes, présentées de façon trompeuse parce que leurs messagers en exagéraient les bénéfices.
 
Le meilleur exemple est survenu en septembre, quand le ministre des Affaires municipales Pierre Moreau a osé dire que le remboursement de la taxe d’accise sur l’essence était « plus généreux et plus avantageux » que le programme précédent. Après un simple examen de l’entente, il était aisé de constater que la somme remise aux municipalités était supérieure du simple fait que l’entente portait sur cinq ans au lieu de quatre. Sur une base annuelle et en tenant compte de l’indexation attribuable au taux d’inflation, l’entente « généreuse » du ministre Moreau revenait à une perte de 7,2 % pour ces mêmes municipalités. Il est permis ici de parler de désinformation.
 
Le champion dans le domaine de la désinformation, du flou et de l’inaction a certes été le ministre régional Jean D’Amour. Il lui a fallu des mois avant de se mettre en marche, et cette marche évolue au grand ralenti, quand elle ne recule pas. Sa présence n’a donc pas bénéficié à la région. Il s’est fait le représentant du gouvernement dans la région au lieu du défenseur de la Gaspésie.
 
Ses faibles actions ont été largement contrebalancées par l’ensemble des mesures rétrogrades imposées par le gouvernement Couillard, comme l’abolition de la Conférence régionale des élus, les compressions de plus de 60 % du budget des centres locaux de développement, le rôle limité conféré aux carrefours jeunesse-emploi, les coupes refilées à Place aux jeunes et l’extraordinaire centralisation du réseau de la santé, entre autres.
 
M. D’Amour s’est imposé dans un domaine, celui du discours vide. Il ne suffit pas de dire qu’il « visite souvent la région ». À quoi servent toutes ces visites si elles débouchent la plupart du temps sur du réchauffé ou sur le néant?
 
Son bilan annuel pour la Gaspésie, déposé en décembre, était bardé de tromperies, comme si M. D’Amour était tellement en mal de dresser un portrait positif qu’il y a inclus des annonces du gouvernement précédent et des mesures touchant le Bas-Saint-Laurent. Il a fait passer des coupes budgétaires pour de bonnes nouvelles, comme les 119,5 M$ pour les routes. Il a lancé ce montant sans dire qu’il couvre deux ans, et sans spécifier que c’est 48 M$ de moins que le budget du gouvernement précédent.
 
Jean D’Amour s’est « réjoui » de l’annonce de son gouvernement d’appuyer la Régie intermunicipale de transport de la Gaspésie et des Îles (RéGÎM) afin de combler une partie des coupes de services de 75 % d’Orléans Express. Il estime que « cette annonce […] viendra répondre aux besoins de la région et aux préoccupations de ses citoyens et citoyennes ». Comment peut-on dire pareille sottise? S’il est rassurant de voir la RéGÎM s’engager dans le transport à plus grande échelle, il faut être déconnecté pour ne pas réaliser que les Gaspésiens ont quand même perdu 65 % de leurs services d’autocars.
 
Ce gouvernement se gargarise avec le « sauvetage » du chemin de fer Matapédia-Gaspé. C’est pourtant ce même gouvernement qui a laissé aller la Société du chemin de fer de la Gaspésie (SCFG) dans le mur, en n’intervenant pas entre avril et novembre pour empêcher qu’elle ne se place sous la protection des tribunaux.
 
La gestion de la SCFG avait certes été déficiente depuis quelques années, mais Transports Québec avait tous les outils pour redresser la situation avant qu’elle ne dégénère. Pourquoi l’État n’a-t-il pas agi avant? Pour prendre le rôle de sauveur, un sauveur qui handicape la relance éventuelle du rail en mettant en dormance une longue section centrale du réseau?
 
Nous sommes en présence d’un gouvernement qui a miné la contribution citoyenne dans toutes sortes de domaines de développement, un État qui joue son va-tout dans une centralisation démesurée à Montréal et à Québec, et qui laisse des miettes à des élus locaux n’ayant généralement pas les compétences pour se passer de la société civile.
 
Nous sommes en présence d’un gouvernement qui a calqué ses méthodes dures sur le modèle de Stephen Harper à Ottawa, qui a imposé des compressions significativement plus fortes dans les régions, toutes proportions gardées, que dans les grandes villes.
 
Même si la tâche semble ardue, il faut se servir des frondes lancées par le gouvernement Couillard pour forger de nouvelles solidarités, puisque l’État semble vouloir les affaiblir en déstructurant des organismes que les gens avaient mis des décennies à bâtir. Cette résistance des citoyens a servi la Gaspésie dans le passé, et elle le fera de nouveau.
 
Le gouvernement libéral mérite une note d’échec pour son bilan de l’an 1, une note qui se rapproche vraiment de zéro.

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2 commentaires
Jocelyn D'Auteuil a écrit le 20 avril 2015

Bonjour ; Il est temps d'avoir un partie politique qui représente les régions avant que ces dernières disparaissent suite à toutes sortes de compressions qui sont amorcées depuis les années 1980.

Céline Samuel a écrit le 9 avril 2015

Espérant que votre éditorial sera repris par les journaux des régions éloignées comme Québec et Montréal.

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