Valorisation des résidus marins : le Québec à la traîne?

Par Geneviève Gélinas, journaliste, graffici.ca
Les résidus de crevette des usines du grand Gaspé seront désormais transformés en farine de crevette, mais il y a moyen de les valoriser davantage, jugent certains.

Les résidus de crevette des usines du grand Gaspé seront désormais transformés en farine de crevette, mais il y a moyen de les valoriser davantage, jugent certains. Photo : Geneviève Gélinas

GASPÉ - Les résidus des usines de transformation de poisson sont une mine d’or rose qui gagnerait à être exploitée davantage si le Québec ne veut pas rester à la traîne, ont convenu des scientifiques et des industriels réunis récemment à Gaspé. 

«Ce qui s’en vient, c’est l’utilisation complète de la biomasse, pas question de rejets», a lancé d’emblée le directeur général du Centre de recherche sur les biotechnologies marines (CRBM) à Rimouski, Guy Viel, lors d’un colloque sur la valorisation des coproduits marins, le 26 février.

Sur ce point, l’Asie, où l’on «valorise tout», est en avance sur le Québec. De plus, ce continent a fait des pas de géant dans la recherche et le développement de nouveaux produits.  «L’Asie est en train de déplacer l’innovation qui se faisait au Canada et aux États-Unis», dit M. Viel.

De l’engrais aux cosmétiques

En ce moment, les résidus (ou coproduits) des usines gaspésiennes sont utilisés pour fertiliser les champs ou fabriquer du compost. Les deux usines de crevette du grand Gaspé ont fait un pas de plus : elles produiront bientôt de la farine de crevette pour la consommation humaine. 

On est encore loin des suppléments alimentaires et des huiles riches en oméga-3 qui peuvent être produits à partir des résidus marins. «Il faut commencer par cette base [la farine], mais aller plus loin, croit M. Viel, vers des produits faciles à mettre en marché, comme des cosmétiques, des produits naturels.» 

Mûr pour des études cliniques

La farine de crevette de Gaspé sera achetée par une entreprise norvégienne, note Pierre Blier, d’Ocean Nutrasciences, à Matane. «Ce qu’on va continuer de faire, c’est de fournir les ingrédients à d’autres. Ceux qui vont faire de l’argent, ce sont les Norvégiens.»

Pourtant, des chercheurs québécois ont développé des biomolécules intéressantes, affirme M. Blier. Des investissements doivent maintenant être faits dans des études cliniques. «Il faut faire la démonstration que [nos produits] ont un impact sur les symptômes associés au développement de pathologies», dit-il. 

Au Québec, les usines produisent environ 20 000 tonnes de résidus par an.

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