Une meilleure valorisation du travail est souhaitable en Gaspésie, selon une étude

Par Antoine Rivard-Déziel, journaliste, graffici.ca
Yvon Gasse évalue que l’objectif de la direction régionale d’Emploi-Québec pour la Gaspésie-les-Îles d’inciter plus de 5 000 personnes inactives à retourner sur le marché du travail est ambitieux.

Yvon Gasse évalue que l’objectif de la direction régionale d’Emploi-Québec pour la Gaspésie-les-Îles d’inciter plus de 5 000 personnes inactives à retourner sur le marché du travail est ambitieux. Photo : Philippe Daoust

Une étude sur le marché du travail dans la région Gaspésie-les-Îles-de-la-Madeleine menée pour le compte du ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale conclut qu’une meilleure valorisation du travail et des études seront nécessaires pour combler les 9 000 emplois disponibles dans la région d’ici 2016.

Comment expliquer que la région affiche un taux de chômage beaucoup plus élevé que la moyenne québécoise et qu’il existe ici un grand nombre d’emplois qui ne trouvent pas preneur et qu’Emploi-Québec prévoit que 9 000 emplois seront disponibles d’ici 2016 dans la région ? C’est pour tenter de comprendre ce phénomène que le professeur au Département de management à l’Université Laval, Yvon Gasse, a mené cette étude pour le ministère.

Afin de bien saisir les problématiques du marché du travail dans la région, l’équipe de M. Gasse a interviewé différents intervenants en employabilité, comme des agents d’Emploi-Québec, des CLD, des SADC et différents OSBL qui s’intéressent à l’emploi.

Cette étape préliminaire a permis de dégager un certain nombre d’enjeux afin de mieux orienter l’étude, explique M. Gasse. «La stabilité de la main-d’œuvre, la difficulté de recruter une main-d’œuvre qualifiée, les emplois disponibles trop loin du lieu de résidence des travailleurs potentiels, le manque de formation, l’attrait de l’assurance-emploi et les salaires pas suffisamment élevés, nous ont été décrits comme des obstacles importants à l’employabilité», souligne le professeur.

À partir de ce portrait, les chercheurs ont interrogé 900 personnes de la région âgées entre 24 et 65 ans, comprenant des travailleurs réguliers (à longueur d'année), irréguliers (saisonniers ou temporaires) et inactifs (aptent à travailler, mais sans emploi) et 200 répondants d’entreprises privées réparties sur le territoire de la région.

Objectif ambitieux

Une fois les résultats de cette enquête analysés, M. Gasse constate que l’objectif de la direction régionale d’Emploi-Québec pour la Gaspésie-les-Îles d’inciter plus de 5 000 personnes inactives à retourner sur le marché du travail afin de ramener le taux de chômage de la région au même niveau que celui du reste du Québec est ambitieux. «Les emplois seront disponibles, mais je vois difficilement de quelle façon ce sera possible. Avant toute chose, des efforts devront être faits pour valoriser le travail et encourager la formation et l’éducation», dit-il.

Le jumelage entre les travailleurs inactifs et les besoins du marché du travail est déficient, note le chercheur «Plusieurs travailleurs potentiels n’ont pas la formation, les expériences ou tout simplement la disponibilité nécessaire pour occuper les emplois.»

À ce sujet, l’étude révèle que 87 % des emplois disponibles visent le remplacement de gens qui partent à la retraite. «Bien souvent, ces postes nécessitent de la formation et de l’expérience. Et plus du tiers des travailleurs inactifs et occasionnels âgés entre 25 et 45 ans n’ont pas de formation, ce qui ajoute une difficulté», poursuit M. Gasse.

Le professeur remarque aussi que les emplois disponibles ne sont pas distribués également sur le territoire. «Si un poste intéressant pour une personne vivant à Mont-Louis s’ouvre à Carleton-sur-Mer, les chances de le combler s’amenuisent. Dans nos entrevues, les travailleurs inactifs nous disaient souvent que les emplois intéressants sont trop loin de leur lieu de résidence», rapporte le chercheur. «Et si le salaire n’est pas concurrentiel, c’est encore plus difficile.»

Changer les mentalités

Le professeur de l’Université Laval pointe aussi du doigt la «culture des emplois temporaires ou occasionnels» pour expliquer la difficulté des entreprises à combler leur besoin en main-d’œuvre. «Au total, 10 % des travailleurs nous ont dit qu’ils avaient l’habitude de travailler le temps nécessaire, soit 14 semaines, pour se qualifier à l’assurance-emploi. Pour eux, cette façon de vivre est devenue normale.»

Le chercheur estime que ce phénomène est en quelque sorte un «sujet tabou» dans la région, mais que ce n’est pas une raison pour ne pas en parler. «De notre côté, ça concerne 10 % des travailleurs interrogés. Mais des entreprises nous ont dit que ça pouvait parfois toucher 60 % de leur bassin de travailleurs potentiels.»

Recommandations  

La valorisation des études, de la formation et du travail constitue, selon le chercheur, une avenue intéressante pour inciter les travailleurs inactifs à retourner sur le marché du travail. «Il faut encourager les valeurs entrepreneuriales et du travail, notamment chez les jeunes à l’école. Il faut rendre le travail attrayant», dit-il.  

Le chercheur recommande également de multiplier l’offre de programmes d’alternance études-travail sur le territoire de la Gaspésie et de continuer les efforts pour ajuster certains programmes de formation aux besoins particuliers de la région.

Afin de mieux cibler les travailleurs potentiels, le professeur suggère par ailleurs de créer un inventaire des emplois disponibles centralisés et de mettre en place une stratégie de communication auprès des groupes cibles. «Il faut donner un coup de main aux employeurs qui souhaitent recruter. Et pour ramener les travailleurs inactifs sur le marché du travail, il faut s’assurer qu’on les rejoint.»

Yvon Gasse a présenté les faits saillants de son étude le 16 février dernier au pavillon Palasis-Prince de l’Université Laval.

1 commentaire

jean-louis bélanger a écrit le 8 mars 2012

Pour attirer des travailleurs, ils faut des emplois à l'année et pas juste à 10 dollars l'heure. Je suis natif de la Gaspésie et je reste dans la belle ville de Québec et je t'ravaille à l'année. Beaucoup de jeune et moins jeune quitte la région pour cette raison. Ceux qui y travaille à l'année sont très chançeux de pouvoir resté en Gaspésie, c'est la liberté. Mais ça doit pas être toujours évident de se classer pour avoir son chômage surtout si en été la température n'est pas au rendez-vous.

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