Démographie

TOUS DE RETOUR AU BERCAIL

Par Geneviève Gélinas, journaliste, graffici.ca
Les frères André, Daniel, Guy Côté et Michel Bernatchez entourent leur mère Odette Minville.

Les frères André, Daniel, Guy Côté et Michel Bernatchez entourent leur mère Odette Minville. Photo : Offerte par Guy Côté

GRANDE-VALLÉE, juillet 2017 – La Gaspésie veut retenir davantage ses jeunes, après trop de générations touchées par l’exode et les familles éparpillées. La région réussit au-delà des espérances quand des fratries complètes reviennent s’installer dans la région. GRAFFICI vous présente quatre familles où tous les frères et sœurs sont de retour. Aujourd’hui, les Côté de Grande-Vallée.

 Les quatre frères Côté, élevés à Grande-Vallée, sont revenus dans la région l’un après l’autre. Ils ont fait le saut en faisant le pari qu’ils pourraient y gagner leur vie. Et pour deux d’entre eux, c’est le décès du père qui a sonné l’heure du retour au bercail.

 

André, le « petit dernier » de 33 ans, est parti étudier la mécanique à Montréal puis y a travaillé. Mais la Gaspésie, la « proximité avec la mer et la forêt », lui manquaient. Sur la route du retour vers la région, « le sourire m’arrivait tout seul quand j’arrivais à Rivière-du-Loup », se rappelle-t-il.

 

En 2005, le père, Jocelyn Côté, meurt d’une crise cardiaque à l’âge de 59 ans. « On a eu l’impression de perdre nos repères. On a eu besoin de se rapprocher », dit André. Il déménage par la suite à Murdochville, ville d’origine de sa conjointe, et se trouve vite un emploi de mécanicien.

 

Depuis, André profite de ce qui lui a manqué. « Je vais à la pêche, je fais du quatre roues, je coupe mon bois de chauffage. J’essaie d’inclure les enfants [il en a trois] pour qu’ils aient le sentiment d’appartenance à la région. Aller à la pêche avec mon père, moi, j’adorais ça. Mon gars du milieu aime bien ça aussi. »

 

Son grand frère Guy travaillait comme informaticien pour le Groupe financier SSQ, à Québec, au milieu des années 2000.  Revenir, il y pensait. Mais à long terme,  peut-être seulement à la retraite.  « Quand mon père est décédé, il approchait l’âge de la retraite. Il voulait diminuer, profiter de la vie », raconte Guy. Il n’a pas eu le temps. Ça a fait réfléchir son fils. « On s’est dits : on n’attendra pas avant de réaliser nos projets. »

 

Guy a annoncé sa décision à son patron, qui lui a demandé de continuer à travailler pour SSQ, à contrat et à distance. Un travail qu’il accomplit encore aujourd’hui. « Ça a rendu le déménagement plus facile. » Avec sa conjointe et leur premier enfant, il s’est installé d’abord dans la maison familiale de Grande-Vallée, pour soutenir sa mère en deuil, puis dans sa propre demeure, avant de déménager à Gaspé il y a bientôt quatre ans.

 

À moitié surprise

Odette Minville n’est qu’à moitié surprise que tous ses fils soient revenus. « Ils n’aimaient pas bien, bien la ville. Je me suis dit qu’ils reviendraient s’ils trouvaient une job. » Les opinions qu’elle exprimait ont sûrement penché dans la balance, admet Mme Minville. « Je leur disais souvent : j’irais pas vivre en ville! On est bien trop bien en Gaspésie! »

 

Michel, le plus âgé des frères, porte le nom de famille de Bernatchez, mais considère les parents Côté comme ses parents, et les frères Côté, comme ses frères. Odette, sa cousine, l’a élevé après que sa mère biologique soit tombée malade. Michel a été le dernier à revenir en Gaspésie, en 2013. À l’époque, ses frères Côté étaient déjà dans la région, et ses 13 frères et sœurs Bernatchez aussi. Mais ce qui l’a fait revenir, ce sont les « 15 à 20 heures dans le trafic » chaque semaine, entre son domicile de Terrebonne et son emploi à Montréal. Il a donc laissé son travail de superviseur pour une compagnie de lunettes qui distribuait partout au Canada. « Ce n’est pas le genre d’emploi qu’on trouve en Gaspésie », dit-il.

 

Sa conjointe était partante, elle a même déniché un emploi avant lui à Grande-Vallée. Michel poireautait depuis six mois quand il a su que l’épicerie de Madeleine cherchait un boucher. Il s’est essayé. « Mon beau-père boucher m’avait montré un peu comment faire. J’ai fait l’affaire, je suis resté deux ans. » Depuis l’automne dernier, il travaille comme mécanicien à Grande-Vallée.

 

« Moi, c’était un peu comme sauter dans le vide. Mais on s’est tous dits : on revient, on trouvera bien quelque chose », dit Daniel Côté, avocat et maire de Gaspé. Après ses études en droit, il trouve un stage au bureau de l’aide juridique à Gaspé. Il ouvre ensuite son cabinet d’avocat à Grande-Vallée, avant de se joindre à deux autres professionnels à Gaspé.

 

Les fratries complètes qui reviennent, « ça va être de plus en plus rare, estime Daniel Côté. Dans la génération de mes parents, tu grandissais à un endroit, tu y faisais ta vie et tu allais probablement y mourir. Nous, on est une génération plus planétaire, on n’a pas de frontières. Il y a beaucoup moins de chances que ça arrive. Par contre, des gens de l’extérieur se sont attachés à la Gaspésie. »

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