À la valdrague : d'arts et de culture

Un thriller de Jocelyne Mallet-Parent

Par David Lonergan, blogueur culturel, graffici.ca
Une bombe explose dans le métro de Montréal et l’intrigue de Basculer dans l’enfer démarre.

Une bombe explose dans le métro de Montréal et l’intrigue de Basculer dans l’enfer démarre. Photo : Éditions David

CAP-CHAT, décembre 2017 – Les romans de Jocelyne Mallet-Parent s’inscrivent toujours dans une problématique sociale ou politique. Elle commente par le moyen de la fiction les enjeux qui nous confrontent. Autour d’une question d’actualité, elle imagine des personnages et une intrigue. Le lecteur sera ainsi amené à réfléchir sur la société. Son sixième roman, Basculer dans l’enfer (Éditions David), ne fait pas exception à la règle.

Son thème est la radicalisation de certains jeunes adultes. L’intrigue commence alors qu’une bombe artisanale explose dans le métro de Montréal. Un peu primaire comme bombe, elle ne fait que des blessés. Tariq, le jeune terroriste, rejoint une voiture conduite par Élise qui l’attend à la sortie du métro. 

Trois familles

Les chapitres se construisent en alternance autour d’une des trois familles : Ariane Dubé, une chirurgienne qui était le personnage central du deuxième roman de Mallet-Parent, son amant qui est en France, et ses deux enfants : Élise, une jeune fille révoltée, et Maxime, un adolescent sans histoire. Hakim Taboury, un petit épicier traditionnaliste qui a été contraint de fuir l’Algérie, sa femme Fatima qui aimerait profiter davantage des avantages de la société canadienne, et leurs trois enfants : Tariq, l’impulsif, et les deux adolescentes, Soumia et Nawal, qui s’intègrent bien à la société occidentale. Enfin, dans un pays du Moyen-Orient qui n’est pas identifié, mais qui pourrait être la Syrie ou l’Irak, Oleya Daoud, victime de sévices qui l’ont laissée moralement et physiquement brisée, et son fils Jamil, un enfant soldat malgré lui.   

Le cœur du récit tourne autour d’Ariane et de Fatima qui cherchent à comprendre les motivations des deux jeunes terroristes. Ariane, toujours bouleversée par ce qu’elle a vécu avec son premier mari (ce que raconte Ariane, l’éclaboussure); Fatima qui aurait tellement souhaité connaître une vie paisible dans laquelle elle aurait eu une autonomie que lui refuse son mari. Quant à Oleya, elle n’a guère la force de s’opposer à quoi que ce soit. Les interrogations d’Ariane et de Fatima donnent son sens et sa portée à l’œuvre. Toutefois, elles ne réussiront pas à dénouer tous les fils qui ont conduit leurs enfants à se radicaliser. 

Une enquête qui donne le rythme

Le rythme du récit vient de l’enquête que mène l’inspecteur Alex Duval, lui dont le regard sur le monde a profondément changé à la suite du suicide de son fils et de sa séparation d’avec sa femme. Au départ ni Ariane, ni les Taboury n’accepteront les révélations de Duval. Elles passeront du déni à l’acceptation devant les preuves qu’il rassemblera. Ce cheminement contraint les deux femmes à interroger leur façon d’être.

Élise et Tariq réussiront à quitter le Québec et à rejoindre les guerriers de ce qui pourrait être l’État islamique, mais qui n’est jamais identifié. Il arrivera alors un événement qui entraînera leur séparation et la rencontre d’Élise avec Jamil qui lui sauvera la vie.  

Mallet-Parent, auteure d’origine acadienne qui vit maintenant en Gaspésie, possède un style vif qui sait créer une atmosphère et dépeindre une situation. L’intrigue est au service de ce qu’elle veut livrer au lecteur. Mais cette façon d’écrire limite aussi la portée de l’œuvre. On est dans un thriller construit comme un épisode d’une série policière. Au lecteur, comme au téléspectateur, de décoder ce qui est suggéré. Mais comme pour une série bien construite, on ne quitte son fauteuil que lorsque c’est terminé.

--- 30 ---

 

NOTE SUR L’AUTEUR
David Lonergan est originaire de Saint-Jean-d’Iberville. Il vit en Haute-Gaspésie à partir de 1977, puis en Acadie à partir de 1994. Depuis 2014, il vit à Cap-Chat. Il a été enseignant au secondaire, dramaturge (Théâtre Pince-Farine, 1977-1992), journaliste, recherchiste, scénariste à la télévision (dont toute l'aventure de Radio-Québec GÎM), professeur à l’Université de Moncton et critique durant 19 ans pour le quotidien L’Acadie Nouvelle. Il a publié une douzaine d’ouvrages dont Les Otages (théâtre, 1987), Blanche (roman biographique, 1989), La Bolduc, la vie de Mary Travers (biographie, 1992), Françoise Bujold. À toi qui n’es pas né au bord de l’eau (essai et anthologie, 2010), Théâtre l’Escaouette, 1977-2012 (monographie, 2015). David nous fait l’immense honneur de bloguer tout à fait bénévolement sur GRAFFICI.CA.

 

2 commentaires

jean louis a écrit le 21 janvier 2018

Pas de commentaires sur les best-sellers. S’ils ont été jugés bons, c’est qu’ils ne doivent pas être trop mauvais. Commencer une nouvelle série d’auteurs, cette fois ci québécois et acadiens, et aller voir ce qui se passe dans la Belle Province. Je m’y étais déjà partiellement intéressé, via des récits mettant en scène, soit l’arrivée des français et la lutte féroce entre amérindiens, missionnaires et anglais. Et ceci via Joseph Boyden, Brian Moore ou William T. Vollmann (https://charybde2.wordpress.com/2017/04/04/note-de-lecture-creating-short-fiction-damon-knight/#comments ). Il est vrai qu’on ne peut qualifier ces trois auteurs de franchement francophones.puis francoise enguehard https://charybde2.wordpress.com/2018/01/12/les-best-sellers-2017-de-la-librairie-charybde/#comments puis eric plamonon et alexander macleod https://charybde2.wordpress.com/2017/12/30/note-de-lecture-taqawan-eric-plamondon/#comments puis France Daigle et Jean Babineau https://charybde2.wordpress.com/2018/01/16/note-de-lecture-face-au-vent-jim-lynch/#comments et enfin herménégilde chiasson et david lonergan https://charybde2.wordpress.com/2018/01/20/note-de-lecture-espace-lointain-jaroslav-melnik/#comments a faire connaitre même si ce n'est pas sous le titre

jean louis a écrit le 1 janvier 2018

beau commentaire sur le site de la librairie Charybde à Paris sur "Taqawan" de Eric Plamondon (2018, Quidam, 208 p.) qui doit sortir bientôt. auquel j'ai rajouté des liens vers mes lectures de Richard Waganese et Naomi Fontaine, et Wab Kinew ainsi qu'un commentaire plus actuel sur Alexander MacMeod https://charybde2.wordpress.com/2017/12/30/note-de-lecture-taqawan-eric-plamondon/#comments de très beaux livres avec une bell écriture bonne année

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