Art, culture et loisirs

La survie de plusieurs cinémas en Gaspésie est menacée

Par Antoine Rivard-Déziel, journaliste, graffici.ca
Ciné Bobine, qui diffuse des films à la Salle des spectacles régionale de New Richmond, a attiré 2904 spectateurs en 2012.

Ciné Bobine, qui diffuse des films à la Salle des spectacles régionale de New Richmond, a attiré 2904 spectateurs en 2012. Photo : Antoine Rivard-Déziel

La coupure du programme gouvernemental visant à financer des projets en diffusion du cinéma d’auteur menace la survie de plusieurs cinémas parallèles de la Gaspésie, dont Cinétoile à Carleton-sur-Mer et Ciné Bobine à New Richmond.  

Le ministère de la Culture et des Communications du Québec a procédé à la coupure du programme Appel de projets en diffusion du cinéma d’auteur pour l’année financière 2012-2013.

Ce dernier permet depuis plusieurs années aux différents cinémas parallèles de la région de toucher des subventions, qui représentent dans certains cas 35% de leur budget. Pour l’instant, le ministère n’est pas en mesure de confirmer si le programme sera reconduit pour les années à venir.

Mal reçue

Cette annonce est reçue comme une tonne de briques dans le milieu des cinémas parallèles de la région. La présidente de Cinétoile à Carleton-sur-Mer, Andrée Allard, doute que son organisme puisse continuer à offrir ses services.

«Tous nos projets, comme le week-end du documentaire, tombent à l’eau. Du côté de la programmation régulière, nous procéderons à une analyse de nos finances en mars, mais l’arrêt de nos activités pour le printemps et l’automne 2013 est envisagé», précise-t-elle, au bout du fil.

Depuis 2006, Cinétoile a touché des subventions totalisant 37 000$ pour différents projets. Ce montant a représenté 35% de son budget sur l'ensemble de cette période. L’organisme, composé de bénévoles, doit débourser en moyenne 500$ par projection pour couvrir les frais de location du Quai des arts, le salaire d’un technicien et les droits de diffusion. Les films présentés attirent en moyenne 65 spectateurs par représentation. «Nous sommes tributaires des entrées et nous ne pouvons pas continuellement augmenter nos tarifs. Nous voulons demeurer accessible», poursuit Mme Allard.

New Richmond

La situation n’est pas plus rose à New Richmond. Depuis la reprise de ses activités en 2009, Ciné Bobine a touché 21 000$ en subvention, ce qui représente environ 30% de son budget total.

La présidente, Danielle Debard, voit mal de quelle façon son organisme pourrait se passer de cette aide gouvernementale. «Ça nous met en péril. Sans la subvention, je doute qu’on puisse terminer l’année 2013. C’est dommage pour le public, car les cinémas sont rares à proximité», se désole-t-elle. En 2012, Ciné Bobine a présenté 23 films pour une assistance totale de 2904 personnes. 

Chandler

L’avenir du cinéma parallèle est également menacé à Chandler. Cinév’art, qui appartient à l’organisme sans but lucratif Sapinart, touchait annuellement un montant variant de 8000 à 9000$ grâce au programme du ministère. «Nous devrons se questionner sur notre survie. Je ne pense pas que Sapinart peut se permettre d’éponger cette perte», soutient Louise Meunier, du conseil d’administration.

Situation différente à Gaspé

À Gaspé, le cinéma parallèle Cinélune ne touchait pas directement de subvention par l’entremise de ce programme. Cependant, l’événement qu’il chapeaute, le Festival vues sur Mer de Gaspé, sera affecté par la décision du ministère. 

Le festival, qui se dirige vers sa troisième édition, prévoyait encore cette année obtenir un montant oscillant autour de 10 000$, ce qui représente 75% de son budget. Le comité organisateur se réunira lundi prochain pour discuter de l’avenir de l’événement.

Au moment de publier cet article, les responsables du cinéma Les jamais vues de Sainte-Anne-des-Monts n’avaient toujours pas retourné nos appels.

Pressions à venir

Le milieu du cinéma parallèle de la Gaspésie promet de se mobiliser pour demander au gouvernement de revoir sa décision. Plusieurs personnes impliquées, dont Danielle Debard, ont l'intention d'interpeller le député de Bonaventure, Sylvain Roy, le ministre délégué aux Régions, Gaétan Lelièvre, et le ministre de la Culture, Maka Kotto, à ce sujet. 

«On comprend que le contexte budgétaire est difficile, mais nous espérons du soutien pour au moins nous permettre de survivre. L’accès au cinéma d’auteur est important pour la région», dit Mme Debord.

Du côté du ministère, la relationniste de presse, Annie LeGruiec, précise que les coupures budgétaires ne touchent pas seulement le cinéma d’auteur. «Les programmes d’aide aux projets du ministère font presque tous l’objet d’une révision. Le contexte budgétaire nous force à maintenir les services de proximité, comme les bibliothèques publiques et les institutions muséales», a-t-elle déclaré, précisant qu’aucune décision n’a été prise quant à l’avenir à long terme du programme en diffusion du cinéma d’auteur.

Elle a par ailleurs rappelé que l'objectif de ce programme est de supporter des projets et non pas de soutenir le fonctionnement des organismes bénéficiaires. 

4 commentaires

Marie-Eve a écrit le 1 février 2013

Le gouvernement Marois est décidément bien décevant ... Couper la culture en région, le cinéma de répertoire, c'est tout ce qui nous reste comme accès à une culture un peu alternative, svp, coupez-nous pas ça aussi

Joseph Leblanc a écrit le 1 février 2013

Quelle idée original une taxe non mais.........................

Simon Bujold a écrit le 31 janvier 2013

À noter que le festival de documentaire Vues sur mer de Gaspé a reçu un appui important de ce programme lors de ses deux premières éditions et que cette année c'est zéro contribution de leur part. Nous allons tout de même présenter la troisième édition de notre festival les 11, 12 et 13 avril à La petite Églize de Gaspé. Nous travaillons en ce moment à trouver les fonds nécessaires pour présenter une sélection de films documentaires de grande qualité en présence des réalisateurs/trices.

Joel Leblanc a écrit le 31 janvier 2013

On pourrait peut-être taxer le dumping hollywoodien pour financer ces projets de diffusion avec une taxe progressif selon le degré de violence? Et dire que je trouvait déjà çà assé désolant de ne pouvoir voir plus de film d'auteurs Kébecois et d,ailleurs dans le monde. Notre fermeture sur hollywood nous coûte!

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