Développement économique et exportation

Sunny Bank : le dépanneur «sauvé des eaux» sera démoli

Par Geneviève Gélinas, journaliste, graffici.ca
La fermeture attriste Bruce Patterson, qui a exploité une épicerie pendant 30 ans dans le bâtiment. «C’était notre vie, ici. Le travail n’était pas facile, mais on a fait de bonnes affaires.»

La fermeture attriste Bruce Patterson, qui a exploité une épicerie pendant 30 ans dans le bâtiment. «C’était notre vie, ici. Le travail n’était pas facile, mais on a fait de bonnes affaires.» Photo : Geneviève Gélinas

Le pic des démolisseurs : c’est le sort qui attend le dépanneur de Sunny Bank, pourtant rescapé des inondations du 15 décembre 2010.

Pour la première fois en 100 ans, le village situé près de Gaspé sera laissé sans dépanneur ni épicerie. À travers les vitres du dépanneur, on voit quelques sacs de croustilles et des bouteilles de boisson gazeuse esseulées sur des étagères presque vides. Début février, la propriétaire Johanne Jean a averti sa clientèle qu’elle fermait et a commencé à liquider son stock.

Mme Jean avait rêvé mieux. «Quand j’ai acheté le dépanneur [en 2009], c’était pour l’exploiter au moins dix ans. Je me disais qu’après, un de mes enfants l’aurait peut-être repris», dit-elle.

Du sirop Lambert et des raquettes

Le magasin, baptisé Épicerie et articles de sport Jean, avait gardé des allures de magasin général. Sur les tablettes, on trouvait tant des Jos Louis, des légumes et du sirop Lambert que des munitions, des raquettes et de l’huile à scie à chaîne.

Le 15 décembre 2010, un mètre d’eau a inondé le dépanneur, après que des pluies torrentielles aient fait déborder la rivière York. À l’époque, Mme Jean s’était retroussée les manches et avait nettoyé puis rouvert son commerce. Aujourd’hui, elle conclut que fermer est la meilleure solution.

«Il ne faut pas que les gens pensent que [le gouvernement du Québec] nous a forcés à partir, insiste Mme Jean. Mais si on ne prend pas les options qui s’offrent à nous, à la prochaine inondation, on risque de n’avoir aucune aide. Et la question, ici, ce n’est pas de savoir si on sera à nouveau inondés, mais de savoir quand.»

«Une porte de sortie»

Le bâtiment a 60 ans et a été construit en trois morceaux. Il aurait été risqué de le rehausser ou de le déménager. «Et pour aller où?», demande Mme Jean. «Toute ma clientèle est à Sunny Bank ou dans les alentours.»

Dans tous les cas, Mme Jean aurait dû investir à nouveau de sa poche, malgré l’aide de Québec. «Quand on passe par là, on réalise que les programmes d’aide sont faits comme ils sont faits, dit-elle, résignée. On ne reprendra pas tout l’argent qu’on a mis là-dedans, mais au moins, j’ai une porte de sortie et je n’aurai plus à me casser la tête.»

Mme Jean touchera une allocation de départ dont elle préfère taire le montant. Pour l’obtenir, elle devra démolir le bâtiment. La municipalité de Gaspé rachètera le terrain pour un dollar symbolique, et y interdira toute nouvelle construction. Si tout se passe comme prévu, le dépanneur sera démoli vers le 27 février.

Des adieux

Bruce Patterson, 75 ans, a exploité un magasin général de 1960 à 1992 dans le même bâtiment. Il y a quelques jours, Bessie, sa mère de 94 ans, est allée faire ses adieux au commerce où elle a travaillé 35 ans.  «En sortant, elle a dit "je ne reviendrai plus". C’est sûr que ça nous rend tristes. C’était notre vie, ici. Le travail n’était pas facile, mais on a fait de bonnes affaires.»

Selon M. Patterson, le dépanneur manquera à la centaine de foyers de Sunny Bank. «Plus personne ne faisait son épicerie complète ici, mais on y allait quand on était à court de lait, de bacon ou de baloney.» Cela est sans compter la perte d’un lieu de rassemblement. «Encore récemment, certains jours, il y avait cinq ou six voitures stationnées devant le commerce», rapporte M. Patterson.

B & R Patterson

Devant le bâtiment un peu jauni, le vieil homme se rappelle l’époque où lui et son père Ralph faisaient des livraisons. «Bien des gens n’avaient pas de voiture. On partait avec des commandes comme 100 livres de farine et de la moulée pour le cochon, et on allait livrer chez les gens.»

M. Patterson se souvient aussi avec le sourire des visites d’employés l’Office québécois de la langue française. «Ils n’aimaient pas notre affiche : B & R Patterson General Store.»

«On se doutait que ça allait fermer un jour, mais ça va faire drôle, poursuit M. Patterson. Et avec les grosses épiceries, en ville [à Gaspé], je ne crois pas qu’on ait un jour un nouveau dépanneur à Sunny Bank.»

1 commentaire

Tom Eden a écrit le 16 février 2012

En plus de vendre tout pour la pêche, la chasse, et le plein-air en général, Mr. Bruce était un conseiller hors-pair. Un vrai "outdoorsman".

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