Lever les voiles

SOIS BELLE ET TAIS-TOI!

Par Étienne Bouchard, blogueur, graffici.ca
Étienne Bouchard est gestionnaire en développement local et régional de profession. Détenteur d’un Baccalauréat en administration des affaires, spécialisé en tourisme et d’un autre en criminologie, il a dirigé le CLD de Bonaventure pendant 15 ans.

Étienne Bouchard est gestionnaire en développement local et régional de profession. Détenteur d’un Baccalauréat en administration des affaires, spécialisé en tourisme et d’un autre en criminologie, il a dirigé le CLD de Bonaventure pendant 15 ans. Photo : Gracieuseté

BONAVENTURE — Ces temps-ci, le message que je reçois quand on critique le développement de notre industrie éolienne ou de notre industrie manufacturière, la cimenterie au premier plan... Le message que je reçois quand certains opposent le taux de chômage des Gaspésiens et des Madelinots aux inquiétudes manifestées localement par l’exploitation pétrolière... Le message que je reçois et que, collectivement, nous recevons tous, c’est : « Sois belle et tais-toi! »  Mais, comme plein d’autres, j’ai de la difficulté à me taire.

Vous aurez compris que je parle ici de la critique qui vient d’ailleurs. Non pas de la saine capacité qu’une région doit avoir de se remettre en question.  

Car notre région doit effectivement entreprendre une réflexion sur son développement, afin de faire les bons choix pour assurer son avenir. Prendre du recul, pour mieux rebondir.

Ici, je ne parle pas du recul déstructurant qui nous est imposé présentement, mais de se lever debout collectivement et de faire le boulot ensemble en conviant les parties prenantes, élus et société civile, à la réflexion. Dans le passé, on pouvait se fier sur la Conférence régionale des élus pour développer une vision régionale. Qui va le faire dorénavant?

Les Gaspésiens jugés productifs et la Gaspésie en plein essor… en 2013

Saviez-vous qu’en 2013, à l’échelle du Québec, notre région présentait le 5e meilleur taux de progression (13 %) quant à sa productivité? Aussi, au global, la Gaspésie se classait 10e sur les 17 régions du Québec avec un PIB de 43,94 $ de l’heure travaillée. Ce n’est pas moi qui le dis. C’est le très progressiste journal Les Affaires du 27 septembre 2014.

Soyons clairs ici. Pendant que notre région flirtait avec le niveau moyen du Québec, une région comme Laval connaissait une régression de sa productivité de 3 %. Est-ce qu’on s’entend, vous et moi, pour dire que quand Laval ou Montréal toussent, c’est tout le Québec qui attrape la grippe? Cela explique peut-être certaines choses… Qu’en pensez-vous?

Le but ici n’est pas de lancer une « guéguerre », mais simplement de remettre les choses en perspective et d’assumer notre rôle de région ressource, de poumon économique, démographique et culturel du Québec et, surtout, de refuser les préjugés que certains nourrissent à notre égard.

Une gang de porteurs d’eau

En mai 2014, l’Institut de recherche et d’informations socio-économique (IRIS) a publié une étude intitulée : « Productivité : Le Québec est-il en retard? » Essentiellement, ce que nous disent les chercheurs de l’IRIS dans cette étude, c’est que la question de la productivité est beaucoup plus une question de choix économiques, que de force de travail. La bonne nouvelle, c’est que les Québécois ne sont pas des paresseux. La mauvaise, c’est que les leaders économiques et politiques font souvent de très mauvais choix.

Selon vous, quel est le secteur de l’économie québécoise dont la productivité est la plus faible? Je vous le donne en mille! Selon l’IRIS, l’hébergement et les services de restauration (large part de l’industrie touristique) est le moins productif, affichant un PIB de 18,44 $ de l’heure travaillée. Quant au secteur le plus productif? L’étude démontre que les services d’utilité publique, telle que l’énergie éolienne, ont une productivité 12 fois plus grande que l’hébergement et les services de restauration, avec un PIB de 221,74 $ pour chaque heure travaillée.

On s’entend pour dire que l’hébergement et les services de restauration, soit le secteur le moins productif, représentent une grande partie de cette industrie touristique si présente en Gaspésie. En moyenne, entre 2007 et 2012, les services d’hébergement et de restauration représentaient un PIB de 120 M$ pour la région. C’est donc une industrie qui rapporte gros aux Gaspésiens.

Ailleurs au Québec, qui critique notre industrie touristique? Si certains l’envient pour la qualité de ses paysages, la mobilisation de la population dans son développement ou encore les investissements publics qui y sont injectés de temps à autre, notre essor dans ce domaine ne dérange personne. Au contraire, tous sont heureux de venir en profiter. Et là, ne me faites pas dire qu’il y a trop de tourisme en Gaspésie… Penser ça serait comme penser qu’il y a trop d’humoristes au Québec pour expliquer les problèmes de l’industrie culturelle. Ça ne tient pas la route. À mon sens, sincèrement, je crois que l’industrie touristique pourrait au contraire être encore plus génératrice de richesses. Mais évitons tout de même de mettre tous nos œufs dans un même panier.

Pour l’heure, cette étude sur la productivité de l’IRIS aurait dû effacer certains préjugés semés par « les lucides » qui traitent ni plus ni moins les Québécois de paresseux dans le manifeste pour un Québec lucide d’octobre 2005 et dont se nourrit « la droite » au Québec depuis. Comment se fait-il que cette analyse qui les fait mentir soit passée inaperçue? À qui profite réellement ce préjugé qui dicte que le Québec a un problème de productivité? Qui nourrit le préjugé que nos régions-ressources, spécialement la Gaspésie, vit aux dépens du Québec? Éclairez-moi svp…

Monsieur Fillion...

Le mois dernier, je me suis adressé à Jeff Fillion et cela, en réaction à des mots qui ont fait rager les Gaspésiens. Ceci étant dit, comme plusieurs l’ont compris, c’est d’abord à nous, Gaspésiens et Gaspésiennes, que je m’adressais à travers l’incident avec monsieur Fillion.

Oui, oui, je dis bien « monsieur ». C’est que Jeff Fillion a été bon joueur en « retweetant » mon article. Ainsi, grâce à lui, plus de 25 000 personnes, tous ceux qui le suivent sur tweetter, ont vu passer ma missive. C’est 25 000 personnes qui ne pensent pas nécessairement comme nous, 25 000 personnes à qui il nous faut parler et qui auraient sans doute des choses à nous dire.

Et très sincèrement, je ne suis pas certain que nos intérêts soient si différents. Aussi, est-il bon de briser l’isolement et de ne surtout pas se contenter d’être belle et de se taire.

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Note sur l’auteur :
Étienne Bouchard est gestionnaire en développement local et régional de profession. C’est dans la région de Sainte-Anne-des-Monts, au printemps de 1997, que naît le Gaspésien en lui. Il s’installera dans la Baie-des-Chaleurs, à Bonaventure, à l’automne de 1999.
Détenteur d’un Baccalauréat en administration des affaires, spécialisé en tourisme et d’un autre en criminologie, il a dirigé le CLD de la MRC de Bonaventure pendant 15 ans.
Très impliqué dans le développement économique régional, il a été notamment vice-président du technocentre des TIC de la GIM, administrateur à l’Association des CLD du Québec (ACLDQ) et président de l’Incubateur régional d’entreprises de la GIM. Père d’un  Gaspésien et d’une Gaspésienne de 10 et 13 ans, il concentre maintenant son implication citoyenne dans l’éducation, en siègeant notamment au conseil d’établissement de l’école François Thibeault de Bonaventure et au conseil d’établissement de l’école secondaire aux Quatre Vents du même endroit. Il est aussi membre du comité de parents de la Commission scolaire René Lévesque et représente cette dernière à la fédération des comités de parents du Québec.


Note de la rédaction :
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3 commentaires

Bilbo Cyr a écrit le 23 avril 2015

Ça coule de source!

Étienne Bouchard a écrit le 23 avril 2015

Bilbo,on définit les régions ressources comm étant des régions dont on extrait les ressources naturelles qu'elles soient renouvelable on non. Au terme de régions ressources on oppose celui de régions centrales. En trame de fonds, dans les régions ressources il y a toute la question de la cueillette avec, à mon humble avis, deux impacts fondamentaux: Trop peu de valeur ajoutée et souvent un climat de méfiance économique. Pour la Gaspésie je suggère une nouvelle appellation: une région source, source de richesse, source de qualité de vie, source de... À nous de le définir

Bilbo Cyr a écrit le 23 avril 2015

Une plume limpide, M. Bouchard, qui donne le gout de dire "nous". Une question de sémantique: si nous sommes une "région-ressource", comment on appelle celles qui ne le sont pas. Elle est belle notre région, et rebelle aussi. Et elle ne va pas se taire.

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