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Situation de crise au CSSS de la Haute-Gaspésie

Par Johanne Fournier, journaliste, graffici.ca
Les problèmes dénoncés au Centre de santé et de services sociaux de la Haute-Gaspésie s’étendent à l’ensemble de l’organisation.

Les problèmes dénoncés au Centre de santé et de services sociaux de la Haute-Gaspésie s’étendent à l’ensemble de l’organisation. Photo : Johanne Fournier

Devant la crise qui s’aggrave au Centre de santé et de services sociaux (CSSS) de la Haute-Gaspésie, le ministre de la Santé, Yves Bolduc, délègue un observateur qui aura pour mission d’analyser la situation.

La personne-ressource venant de Québec débarquera à Sainte-Anne-des-Monts dès la semaine prochaine. «Le CSSS de la Haute-Gaspésie invite la population, les intervenants et son personnel à travailler en collaboration avec la personne nommée», espère la responsable des communications de l’établissement, Marjorie Pigeon. L’émissaire aura jusqu’au 24 juillet pour déposer son rapport à l’Agence de la santé et des services sociaux de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine et au ministre.

Yves Bolduc s’était d’ailleurs engagé, lors de sa récente visite en Haute-Gaspésie, à prendre des mesures pour évaluer la situation du CSSS. «Il semble que, ces derniers temps, il y aurait eu une détérioration, a-t-il admis lors d’une entrevue accordée à GRAFFICI.CA. Donc, on va prendre les informations, puis on va agir en conséquence.»

Manque de personnel

Selon le Syndicat des professionnelles en soins de la Gaspésie – FIQ, le bateau coule au CSSS de la Haute-Gaspésie. L’organisation somme d’ailleurs le ministre Bolduc d’intervenir rapidement afin de rétablir la situation que le syndicat juge alarmante. Ses membres demandent la démission de la directrice générale et du directeur des ressources humaines de l’établissement. Ils joignent leur voix à celle du député de Matane, Pascal Bérubé, qui recommande de placer le CSSS sous tutelle.

Selon l’organisme, le Centre présente de sérieux problèmes de sécurité, notamment à cause du manque chronique de médecins, de pharmaciens et d’infirmières.

Comme exemple de déficience sur le plan de la sécurité, le syndicat déplore un événement survenu le 18 mai qui, selon lui, n’est pas un cas isolé. Cette situation réfère au cas d’un homme en situation de détresse psychologique qui s’est présenté à l’urgence de l’établissement, couteau en main et poignets tailladés. Une fois l’homme maîtrisé, une infirmière s’est coupée en voulant placer l’arme dans un sac. Le patient disait être infecté du virus du VIH. L’employée est actuellement en trithérapie et vit des moments d’angoisse en attendant de savoir si elle a contracté la maladie.

Aucun pharmacien

Le 5 avril, aucun pharmacien n’assurait le service au CSSS de la Haute-Gaspésie. La seule pharmacienne en poste a remis sa démission, qui sera effective à la mi-juillet. Dans l’attente, l’établissement a recours aux services de pharmaciens dépanneurs. «Il y a eu rupture de services pendant une journée, mais on a réussi à corriger et je sais qu’actuellement, il va y avoir des dépanneurs jusqu’en novembre», a fait savoir le ministre Bolduc.

La moitié d’une équipe médicale

L’équipe médicale fonctionne avec la moitié de son effectif. L’hôpital compte 11 médecins sur les 22 dont il a besoin. La direction doit recourir à des médecins dépanneurs. Quant au corps infirmier, il lui manque près de 20 infirmières. La direction doit faire affaires avec des agences.

«Ça va mal au CSSS de la Haute-Gaspésie, aborde la vice-présidente de la Fédération de la santé et des services sociaux de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine, Jacqueline Duguay. Les soins donnés à la population dégénèrent, les employés tombent malades, finissent par démissionner et ne sont pas remplacés. C’est inacceptable!»

Sécurité déficiente au CHSLD

Selon les frères Clément et Lorenzo Dugas, le manque de personnel au centre hospitalier de soins de longue durée (CHSLD) engendre une carence dans la sécurité des résidents de l’endroit. Leur mère de 86 ans a fait 15 chutes en un an. Ils ont déposé 15 plaintes auprès du commissaire local aux plaintes et à la qualité des services. Une vingtaine de proches des résidents du centre hospitalier de Cap-Chat ont cosigné une lettre en appui aux frères Dugas, qu’ils ont fait parvenir au commissaire aux plaintes.

«Le CHSLD de Cap-Chat n’est pas sécuritaire, déplore Clément Dugas. Si une personne sonne parce qu’elle est en infarctus, elle a le temps de mourir avant qu’on intervienne! D’après mes observations, une personne peut, en moyenne, sonner pendant 15 minutes. J’ai déjà vu qu’après 25 minutes, personne n’était encore venu.»
 
M. Dugas ne pointe pas du doigt le travail du personnel en place. Selon lui, c’est plutôt le manque flagrant de personnel qui fait défaut. «Il ne manque pas de personnel, rétorque la responsable des communications du CSSS, Marjorie Pigeon. Ce n’est pas tant le nombre d’employés qu’il faut regarder, mais l’organisation du travail qui est à améliorer.»

Manquements au CHSLD

La désorganisation s’étend au Centre de réadaptation en dépendances de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine, L’Escale, selon l’analyse qu’en fait le Syndicat des professionnels et techniciens. Celui-ci estime que L’Escale n’est pas en mesure de répondre à sa nouvelle mission, qui fait passer le Centre de neuf à quatorze lits. De l’avis du syndicat, il y a un manque de ressources humaines.

Le ministre de la Santé n’est pas, non plus, du même avis que le syndicat. «Je suis très prudent par rapport à ça parce que, quand vous écoutez les syndicats, il manque toujours du personnel», soutient-il.

«Je crois qu’il y a des choses qui ont été amplifiées, ajoute le directeur de L’Escale, Jean Faucon. Il y a eu des choses de mises ne place pour rectifier la situation. On comprend très bien la réaction du syndicat, mais on ne partage pas leurs inquiétudes.»

Devant tous ces faits, le député de Matane se dit inquiet. «Je dispose de plusieurs informations crédibles de divers départements qui me portent à croire qu’il y a un sérieux problème de gestion des ressources humaines», laisse tomber Pascal Bérubé.

D’ailleurs, un employé qui tient à préserver son identité, par peur de perdre son emploi, croit que le climat de travail moribond est à l’origine d’une dizaine de démissions, mutations et mises à pied.

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