À la valdrague : d'arts et de culture

À la recherche de l’harmonie

Par David Lonergan, blogueur culturel, graffici.ca
Laissez-vous porter par la poésie imagée de Geneviève Boudreau

Laissez-vous porter par la poésie imagée de Geneviève Boudreau Photo : Éditions du Noroît

CAP-CHAT, octobre 2017 – Il est difficile de tuer son chien. Tous ceux qui ont eu un animal de compagnie le savent. On s’attache à son animal, on l’aime. Pourtant, viens un moment où on n’a plus le choix, et plutôt que de le laisser souffrir, on le fait euthanasier. Geneviève Boudreau a construit son recueil de poésie autour de ce moment.

« L’enfance / Laissée derrière / Comme on tue son chien / La gorge froide / Un trou dans la voix ». Et elle lui a donné pour titre Comme on tue son chien (Éditions du Noroît).

Nulle surprise dès lors que la conscience du temps rythme les textes. Ce temps qui « ne mesure rien » (p. 10), qu’« ils ont laissé / Vieillir » (p. 21) et qu’elle laissera « grogner / Devant son feu de bois » (p. 28). Si « le temps dicte / Sa limite » (p. 34), elle n’a « Rien d’autre à craindre / Que nos mémoires » (p. 59). Mais qui y a-t-il dans ce temps? C’est ce voyage que nous propose le recueil.

Ses quatre parties semblent suivre le déroulement d’une relation amoureuse. Chacune porte le nom d’un pronom : Ils, Tu, Nous, Je. De l’autre à soi. D’abord l’autre considéré comme un tout, puis celui avec qui elle établit cette relation, le nous que forment les deux amants, puis la séparation et enfin elle seule.

« Ils » représente ce qui est lointain, un peu comme un enfant qui regarde les adultes et tente de saisir ce qu’il en est. Certains poèmes évoquent des souvenirs d’enfance, cette enfance dont il faut préserver l’essence et qui s’oppose au temps.

« Tu » introduit une relation amoureuse qui se termine, mais c’est elle qui le ressent : « Tu ne sens pas la brèche / S’étirer en nous » (p. 31). Il lui reste « Avec ferveur oublier / L’océan entre nous » (p. 38).

« Nous » décrit les derniers moments de ce rapport amoureux : « Nous entretenons le charme / Des grands désespoirs » (p. 49). Et le sévère constat que « nous savons pourrir » (p. 48).

« Je » exprime le désir d’autonomie et d’harmonie, elle « se rapièce » (p. 57). La relation amoureuse renait alors que « la colère cède » à un futur dont on sait seulement qu’il se construira autour d’elle : « J’apprends le nom qui me désigne » et ce nom est « louve » (p. 64). Elle peut alors affirmer que « Nous ne dormirons plus / Au pied du maître » (p. 65). La louve n’est pas la chienne, on ne peut pas la domestiquer. 

Les poèmes sont courts, chantants, tout en nuances. Boudreau texture ses phrases comme d’autres colorent leurs tableaux. Si le sens tend à se camoufler sous la beauté des textes, c’est peut-être parce qu’écrire est un acte engageant et qu’elle veut être honnête face à elle-même. Il est si facile de se tricher.

Se laisser guider par les images et les émotions

Cela dit avec toute la relativité que commande la lecture de poèmes. On écrit de l’intérieur quand on met des mots sur des émotions, des sentis, des impressions, des douleurs et des joies, quand on retient en quelques vers ce qui nous submerge.

La poésie est une façon unique de rendre compte de la vie. Au lecteur de se laisser emporter par les textes, lui qui ne connaît rien de l’auteure, mais qui la découvre au fil des textes. Ou du moins qui découvre ce qu’il croit comprendre des textes. Ce jeu d’émission et de réception peut conduire à des interprétations qui sont proches ou lointaines de l’expression du poète. Et moins le texte est narratif ou réaliste, plus l’écart peut être grand.

Cette ambiguïté donne l’impression que la lecture de poésies est compliquée, voire rébarbative. Pourtant, il suffit d’accepter de se laisser guider par les images et les émotions qui se dégagent des textes. Un sens surgira et on relira alors les textes qui nous ont davantage touchés pour en saisir d’autres aspects. La poésie est l’art de l’intime. Au lecteur de s’ouvrir à l’autre pour que s’établisse la correspondance.

-30-

NOTE SUR L’AUTEUR
David Lonergan est originaire de Saint-Jean-d’Iberville. Il vit en Haute-Gaspésie à partir de 1977, puis en Acadie à partir de 1994. Depuis 2014, il vit à Cap-Chat. Il a été enseignant au secondaire, dramaturge (Théâtre Pince-Farine, 1977-1992), journaliste, recherchiste, scénariste à la télévision (dont toute l'aventure de Radio-Québec GÎM), professeur à l’Université de Moncton et critique durant 19 ans pour le quotidien L’Acadie Nouvelle. Il a publié une douzaine d’ouvrages dont Les Otages (théâtre, 1987), Blanche (roman biographique, 1989), La Bolduc, la vie de Mary Travers (biographie, 1992), Françoise Bujold. À toi qui n’es pas né au bord de l’eau (essai et anthologie, 2010), Théâtre l’Escaouette, 1977-2012 (monographie, 2015). David nous fait l’immense honneur de bloguer tout à fait bénévolement sur GRAFFICI.CA.

 

 

Envoyer un commentaire

Votre commentaire pourrait être modéré ou retiré s'il ne respecte pas notre politique de publication.