Affaires policières et juridiques

Le présumé pyromane de Sainte-Anne-des-Monts reste en prison

Par Johanne Fournier, journaliste, graffici.ca
Julien Harrisson (au centre) a dû reprendre le chemin des cellules après sa comparution de lundi au palais de justice de Matane.

Julien Harrisson (au centre) a dû reprendre le chemin des cellules après sa comparution de lundi au palais de justice de Matane. Photo : Johanne Fournier

Julien Harrisson, qui doit répondre à trois chefs d’accusation pour incendies criminels à Sainte-Anne-des-Monts, demeurera détenu à la prison de New Carlisle pendant toute la durée des procédures judiciaires.

C’est ce qu’a décidé lundi le juge Jules Berthelot au palais de justice de Matane à l’issue de la requête de l’accusé pour remise en liberté. Après une évaluation psychiatrique où il a été considéré apte et responsable, l’homme de 29 ans a plaidé coupable aux trois chefs d’accusation. Arrivé par fourgon cellulaire et escorté par deux agents de sécurité, l’Annemontois s’est présenté menotté au box des accusés.

Même si ses parents ont fait part au juge de leur intention de prendre leur fils sous leur responsabilité et d’offrir une caution dans le cas d’un bris de probation, l’avocat de l’accusé, Me Serge Houde, n’a pas réussi à convaincre le tribunal de lui accorder une remise en liberté dans l’attente de sa comparution pour sentence, dont la date sera fixée mercredi.

Verdict

«Si rien ne peut expliquer ces gestes, que ce soit par vengeance ou autres, une accusation d’incendies criminels est un crime passible de quatorze ans d’emprisonnement, a rappelé le juge Berthelot. Si l’accusé n’a pas de but précis, le fait d’avoir allumé un feu le 20 mars aurait dû lui laisser le temps de réfléchir pour ne pas en allumer un autre plus tard. L’accusé ne représente pas un certain danger, mais un danger certain. Comme il n’a aucune relation avec les victimes d’incendies, c’est dans un but purement criminel qu’il a commis ses actes.»

Par conséquent, selon le magistrat, rien ne laisse entrevoir que si l’individu est remis en liberté, il ne représentera pas un danger pour le public, d’autant plus qu’aucune preuve de la part du psychiatre n’a pu établir le contraire. «Sa détention est nécessaire, a prononcé le juge. Le tribunal est convaincu que si l’accusé est remis en liberté, il nuira à la sécurité du public. De plus, sa remise en liberté minerait la confiance du public envers la justice. En conséquence, l’accusé demeurera détenu jusqu’à sa comparution pour sentence.»

Rappel des faits

À la barre des témoins, l’enquêteur Martin Landry de la division des enquêtes régionales de la Sûreté du Québec à Rimouski a relaté les faits. Dans la nuit du 20 mars, un incendie s’est déclaré dans l’édifice de la MRC de la Haute-Gaspésie, sur la route 132, dans le secteur ouest de Sainte-Anne-des-Monts, occasionnant des dommages de près de 100 000$. Le 3 avril, un voisin du côté ouest de l’édifice aperçoit un début d’incendie au même endroit, causé par du papier inséré dans une fenêtre, mais qui s’est éteint par lui-même.

Ainsi, dans la nuit du 3 au 4 avril, un policier s’installe près de l’édifice en question. Vers minuit 30, il voit un individu qui marche devant le bâtiment et qui emprunte la 28e rue. Il le perd de vue. Vers 1h, le policier aperçoit le même homme qui circule dans le stationnement avant du Garage Auto Pro et qui se dirige vers la maison voisine, d’où il s’arrête sur la galerie pour fumer une cigarette.

Vers 2h, un incendie se déclare au Motel Manoir-sur-Mer. Deux unités de motels sont détruites et une partie du toit est démolie pour éviter la propagation du feu dans le reste du bâtiment. Les dommages sont importants, soit de l’ordre de quelques centaines de milliers$.

Le lendemain, un début d’incendie, qui aurait pris naissance vers minuit la veille, est rapporté à l’entreprise Armoires des Monts. «Un employé s’est aperçu que le feu avait été mis dans des palettes de bois placées à l’arrière de l’édifice, mais qui s’était éteint par lui-même», raconte le policier.

Arrestation

Quelques jours plus tard, deux policiers se rendent à la résidence où s’est dirigé l’individu que leur collègue avait aperçu lors de la nuit où trois incendies avaient été rapportés. Ils rencontrent alors la copropriétaire, Mélanie Tapp, qui leur apprend qu’elle vit depuis quelques années dans cette maison avec Julien Harrisson, mais qu’ils sont en instance de séparation.

Plus tard, les policiers reviennent pour rencontrer celui-ci. Il leur présente alors un calepin de notes décrivant son occupation du temps la nuit où les crimes ont été commis, visant à les convaincre qu’il n’avait pas quitté la maison. Le 13 avril, l’individu est arrêté chez ses parents. Lors d’un interrogatoire vidéo, il admet les gestes. «Il nous a dit n’avoir rien consommé, ni être dans un état quelconque, rapporte l’enquêteur Landry. Il a dit n’en avoir retiré aucun plaisir et ne savait pas pourquoi il avait fait ça. Il disait regretter, mais ses regrets n’étaient pas clairs.»

Julien Harrisson n’a aucun antécédent judiciaire. Selon son père, Carol Harrisson, il était en proie à une dépression depuis un certain temps.

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