Éditorial

Pourquoi pas davantage de maires à temps complet?

Par Gilles Gagné, éditorialiste, graffici.ca

CARLETON-SUR-MER, octobre 2017 – Dans quelques municipalités de la Gaspésie, l’un des principaux sujets de débat en prévision du scrutin du 5 novembre consiste à déterminer s’il est pertinent d’avoir un maire à temps complet. À Bonaventure par exemple, deux candidats à la mairie, Caroline Duchesne et Bernard Babin, s’engagent à ne pas être maires à temps complet.

Leur argument revient à dire qu’une petite ville comme la leur n’a pas les moyens de se payer un maire à temps complet. Cette orientation découle de la période houleuse ayant caractérisé le mandat du maire actuel, Roch Audet, qui occupe ses fonctions à temps complet.

M. Audet a été notamment critiqué pour avoir tenté de faire passer des projets trop coûteux, comme celui de la réfection complète de la rue Louisbourg, ramené de 11,3 millions $ à 9 millions $ après son rejet par les citoyens en signature de registre en janvier.

Or, ce n’est pas parce que le maire Audet travaille à temps complet pour la municipalité qu’il a défendu un ou des projets jugés trop coûteux par une majorité de contribuables. Il n’est pas nécessaire de gratter longtemps pour trouver des municipalités menées par des maires à temps partiel ayant proposé et défendu des projets exorbitants. À Carleton-sur-Mer, le projet de reconstruction du quai, à 24 millions $, est mené par un maire à temps partiel, Denis Henry.

Un plus grand éventail d’âges

Les questions les plus importantes à considérer quand des citoyens réfléchissent sur la pertinence d’ouvrir ou non la porte à un maire à temps complet, c’est l’éventail d’âges des candidats potentiels et leur compétence, et non la somme qui sera versée comme salaire.

Dans des petites villes dont la population tourne autour de 2000 à 4000 personnes comme Cap-Chat, Maria, Bonaventure, Paspébiac, Carleton ou New Richmond, la pertinence d’un maire à temps complet se pose donc avec justesse.

La rémunération d’un maire à temps partiel coûtera généralement la moitié, approximativement, de celle d’un maire à temps complet. On parle souvent d’un intervalle de 18 000 à 25 000 $ dans le premier cas, et de 40 000 à 60 000 $ dans le second cas. En équivalence, on tourne autour de 0,25 % à 1,5 % d’un budget municipal annuel.

Essayez l’incompétence!

Le philosophe Normand Baillargeon dit souvent : « Si vous croyez que l’éducation coûte cher, essayez l’ignorance ». Le même adage s’applique en politique municipale. Si vous croyez que la compétence coûte cher, essayez l’incompétence!

L’un des principaux défis de la société gaspésienne, c’est de continuer à faire de la place aux jeunes, principalement dans les postes de commandes. Depuis les élections de novembre 2005, les jeunes et les femmes occupent une part croissante des postes dans les conseils municipaux.

Toutefois, l’élan est brisé, notamment à la mairie, parce que peu de jeunes sont prêts à mener de front trois orientations aux fortes responsabilités, à savoir fonder une famille, mener une carrière professionnelle stimulante et occuper des fonctions d’élues ou d’élus municipaux.

S’il y a moyen de fusionner les deux dernières orientations, la carrière et la politique, il faut obligatoirement songer à verser un salaire décent aux élus municipaux, à plus forte raison aux maires.

Jeune ne rime pas nécessairement avec compétent, évolué et dynamique mais comme notre société, à l’exemple de toutes les autres, n’a pas les moyens de se passer d’une abondance de ces trois caractéristiques, il faut élargir le spectre des candidats potentiels, de façon à encourager l’engagement de tous les groupes d’âges.

Surreprésentation des retraités

Présentement, en politique municipale, il y a surreprésentation des gens ayant atteint l’âge de la retraite. La raison est simple : la complexité de l’administration municipale a fortement crû depuis 30 ans, et elle ne se simplifiera pas dans l’avenir.

Voulons-nous vraiment confier notre sort municipal à un groupe dominé par des retraités, parce qu’ils sont les seuls à disposer du temps nécessaire pour remplir les fonctions exigées par ce niveau politique? L’expérience, c’est bien, mais un mélange d’expérience, de vision et d’idées nouvelles, c’est mieux. C’est plus susceptible d’arriver si le pouvoir municipal fait de la place, plus de place à la jeunesse.

Le rôle du leadership municipal prend en outre une nouvelle place depuis les coupes à la tronçonneuse effectuées depuis l’automne 2014 par le gouvernement de Philippe Couillard dans les organismes jadis voués à la planification à long terme et au développement régional, comme la Conférence régionale des élus, qui a disparu.

Ces coupes ont réduit à sa plus simple expression le rôle de la société civile en matière de développement économique, le gouvernement libéral ayant confié aux élus municipaux la tâche de s’occuper des miettes budgétaires laissées à cette fin.

Si les maires sont appelés à jouer un rôle accru en développement régional, ne serait-il pas judicieux alors que la population puisse choisir ses candidats dans un plus grand bassin de meneurs potentiels, incluant les jeunes?

Ces jeunes ne mettront pas leur carrière entre parenthèses pour une pitance de salaire, et c’est compréhensible. Payer de 40 000 $ à 60 000 $ pour compter sur un élu allumé, ce n’est pas une dépense, c’est un investissement qui se paie quand une seule bonne décision est prise.

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3 commentaires

trustworthy business ghostwriter a écrit le 19 septembre 2019

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Nicole Cyr a écrit le 29 décembre 2017

Réflexion appropriée et réaliste dans le contexte actuel. Bien cerné Gilles et tout a fait d'accord avec le commentaire de Joël.

Joël Dallaire a écrit le 26 octobre 2017

Très beau tour de la question M. Gagné... je ne peux qu'abonder dans le même sens. En effet, avec toutes les responsabilités qui incombent maintenant aux municipalités et aux MRC, la fonction de Maire requière des gens non seulement disponibles, compétents et allumés, mais aussi (et surtout) "engagés" envers le développement de leur communauté et leur région. Au-delà d'un certain seuil (2 000 hab. ?), peu importe la taille de la localité, la complexité du poste de Maire m'apparaît proportionnellement semblable, les plus grandes disposant de plus de ressources humaines pour l'appuyer dans sa tâche. La chasse aux deniers publics étant donc féroce, les municipalités qui désirent vraiment avancer doivent se donner les moyens d'INVESTIR (comme vous le dites si bien) dans des ressources humaines capables de défendre les dossiers priorisés par leurs élus auprès des diverses autorités concernées... sans un tel suivi intensif, leurs projets risquent de se retrouver vite en-dessous de la pile. À cet effet, un "agent de développement municipal", ça peut être bien utile. Mais, pour à peu près le même coût, unE Maire à plein temps (80 h. / sem. ?) possédant des compétences, du leadership et surtout le temps et l'énergie nécessaires pour s'investir dans cette "vocation" pour le bien-être de ses concitoyens, c'est selon moi beaucoup plus efficace... c'est un agent de développement avec le pouvoir de supporter ce qu'il avance lors de ses diverses représentations. Sans compter que son statut d'ÉluE peut lui ouvrir bien des portes auprès des divers paliers de gouvernements. Dans cette situation, il me semble clair que la question que doit se poser un citoyen qui désire voir sa localité et sa MRC progresser, ce n'est pas si on a les moyens de se payer un Maire à plein temps, mais si on a les moyens de s'en passer. À cet égard, la campagne électorale à Bonaventure (dont je suis citoyen) revêt un intérêt particulier : malgré des turbulences au cours de la première moitié du mandat de son premier maire à plein temps (ajustements inévitables) et de la propagande incessante (aussi stérile que biaisée) sur les médias sociaux, force est de constater que le travail acharné de ce dernier, bien appuyé par son Conseil et l'équipe d'employés, a fini par rapporter des résultats qu'on avait pas vus depuis belle lurette en terme d'investissements (plus de 20 M $ en cours) dans cette ville de 2 800 hab. Malgré tout cela en un seul mandat, il s'en trouve encore pour vouloir retourner à unE Maire à temps partiel... une économie annuelle d'une quarantaine de milliers de dollars qui finirait par coûter on ne sait trop combien en opportunités de développement manquées, en revenus fonciers de projets non-réalisés, etc. Dans l'intérêt de la pérennité de notre ville, avons-nous les moyens de prendre un tel risque ? Ou devons-nous donner la chance au coureur parcourir un autre tour de piste, maintenant qu'il a attrapé son second souffle ?

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