Art, culture et loisirs

À nu pour l’avenir de la Gaspésie

Par Geneviève Gélinas, journaliste, graffici.ca
«C’est de la vraie peau, de la vraie chair, des vraies convictions», lance Lydia Martin Bérubé, la conceptrice du projet «L’éveil du berceau».

«C’est de la vraie peau, de la vraie chair, des vraies convictions», lance Lydia Martin Bérubé, la conceptrice du projet «L’éveil du berceau». Photo : Jacques Gratton, photographe

Poser nus dans des lieux symboliques de Gaspé : des artistes militants ont trouvé ce moyen pour attirer l’attention sur les enjeux propres à la région. Le résultat : l’exposition de dix photos «L’éveil du berceau».

Le premier cliché a été pris à la Croix de Jacques Cartier. Sur la photo en noir et blanc, un carré rouge accroché à la croix au-dessus des figurants est la seule tache de couleur. Une allusion à la crise sociale de ce printemps, qui a été la bougie d’allumage du projet.

«L’idée, c’était d’entrer dans cette crise sociale qui s’est passée au Québec, indique la conceptrice du projet, Lydia Martin Bérubé, de Gaspé. Ici aussi, il y a eu des tintamarres et on a fait des réflexions.»

Le choix de la Croix et le titre du projet – L’éveil du berceau – ne sont pas innocents. «Ça devrait représenter quelque chose, ce titre de berceau du Canada [revendiqué par Gaspé]. On ne devrait pas être laissés de côté», lance Mme Bérubé.

Des inukshuks au lixiviat

Si certaines photos montrent des symboles de Gaspé, comme l’un des inukshuks sur la route 198 ou la rivière York, d’autres illustrent des enjeux d’actualité propres à la Gaspésie.

Les figurants ont posé au bord des bassins à lixiviat («jus de poubelle») du dépotoir de Gaspé, étendus comme à la plage, des masques leur protégeant le nez et la bouche. Une autre prise de vue les montre sur le pont de chemin de fer d’Haldimand, sur lequel aucun train ne circule plus depuis décembre.  

Pourquoi, la nudité?

«Ce n’est pas pour choquer, mais pour attirer l’attention», explique Lydia Martin Bérubé. Le fait de poser nus en groupe a été une expérience en soi, ajoute-t-elle. «Ça recrée de vrais contacts entre les gens, au-delà des apparences.»

Il s’agit aussi d’un geste militant pour les figurants : «Personne n’a été payé. C’est de la vraie peau, de la vraie chair, des vraies convictions», lance Mme Bérubé.

Qui a fait quoi?

Le photographe Jacques Gratton a réalisé les photos. «L’idée venait de Lydia, et moi, je mettais ça en œuvre en ajoutant des notions de composition et de lumière.»

Mathieu Drouin Crête signe les textes qui accompagnent l’exposition. Pour lui, L’éveil du berceau est «de l’art progressiste». «Ce qui unit les photos, c’est l’amour de la Gaspésie, dit-il, le désir qu’elle devienne meilleure, que les citoyens soient prêts à s’investir dans ce qui leur tient à cœur.»

Dix photos de plus

Le projet consiste à faire dix photos supplémentaires, dont certaines dans d’autres villes gaspésiennes. Mme Bérubé invite les Gaspésiens à prendre contact avec elle pour photographier un lieu qui leur tient à cœur, avec des figurants nus. «Mais on n’ira pas s’il n’y a pas des gens de là-bas qui le font avec nous», avertit-elle.

L’exposition n’a été présentée que 24 heures au Musée de la Gaspésie, à Gaspé. Elle sera montrée à nouveau dans chaque municipalité où des résidants participeront à une séance photo, et à Montréal lorsqu’elle sera complète, projette le groupe. Un recueil des photos, de textes et de commentaires du public devrait être publié l’an prochain.

15 commentaires

Lydia Martin Bérubé a écrit le 21 juin 2014

2 ans plus tard.....Nous créons par passion et convictions, sans financement d'aucun parti politique et c'est ce qui fait que nous restons libre dans notre création!. J'iINVESTIS dans l'Art engagé comme dans l'éducation de mes enfants car ça correspond a mes valeurs personnelles et j'aime voir les gens s'éveiller, sortir de leur routine automate et avoir une réflexion! !!! Avoir l'audace et le rêve de créer ça n'a pas de prix, c'est une richesse en soit! Après deux ans, nous devons, plus que jamais poursuivre ces démarches engagées car oui il y a défendre! Nous sommes artistes, environnementalistes, socialistes, utopistes et visionnaires et fiers de l'Ëtre! Et ceux et celles qui sont intéressés a participer au prochains projet engagé a l'été 2014 peuvent nous joindre : vaisseaudarts@hotmail.com.

Albert Picard a écrit le 10 septembre 2012

Un exemple? Facile, Armand Vaillancourt.

P.A. Beaulieu a écrit le 9 septembre 2012

Si cela rapporte tant que ça monsieur Picard, comment expliquer le fait que le milieu culturel passe son temps à quêter des subventions? Votre rapport indique que quelque chose comme 75% du financement à Montréal provient du privé et du public et quoi, 25% des artistes eux-mêmes? Remarquez aussi que je m'oppose à du financement aux entreprises privées et que je serais partant pour qu'on accorde un crédit d'impôts généreux aux gens qui financent des oeuvres avec leur propre argent par contre. Peut-être monsieur Picard pourriez-vous alors calculer l'impact économique de l'oeuvre d'Armand Vaillancourt à SADM et me donner un exemple qu'un dollars en culture rapporte 11 dollars en retombées (d'autres études indiquaient un rapport 1/5), même encore là, n'est-ce pas totalement irréaliste?

Albert Picard a écrit le 9 septembre 2012

Il y a des gens qui sont difficiles à suivre : il n'ont pas les informations qui leur permettraient de confirmer ou d'infirmer leurs appréhensions. Ils décident quand même d'en nier l'importance des retombées culturelles dans l'économie. Le gouvernement fait sa part de financement et à mes yeux, cette contribution est très en dessous de ce qu'on devrait faire. Si je ne me trompe pas, le financement public n'est meme pas a 1% du PIB du Quebec. Mais par chance il y a aussi le secteur privé qui s'implique parce qu'il a compris, études en main, que ça rapporte très gros à l'économie. Pour le Montréal métropolitain les retombées sur l'emploi sont plus importantes que les sciences de la vie et l'aerospatiale réunies. Le secteur culturelle représente 100 000 emplois. (source : La Culture à Montréal: impacts économiques et financement privé. Étude rendue publique par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain). Monsieur Beaulieu veut peut être faire ses propres calculs qui représenteraient ce que la culture rapporte économiquement à la Gaspésie. Et de grâce ne personnalisons pas, il ne s'agit que d'échanges sur un sujet.

P.A. Beaulieu a écrit le 8 septembre 2012

Monsieur Picard, Je crois m'apercevoir que vous vous y connaissez beaucoup plus que moi en économie, alors je vous prie de me démontrer qu'un dollar investi en culture apporte réellement 11 dollars en retombées comme l'ont affirmé des artistes il y a quelques années. Je ne m'oppose ni à la production artistique ni à la liberté d'expression, j,en ai seulement contre le fait que l'argent que je paie en taxes et impôts serve à financer des projets du genre. Est-ce un crime selon vous?

Albert Picard a écrit le 8 septembre 2012

Une précision pour monsieur Beaulieu : c'est comme çela que les calculs sont faits, et ils ne tiennent pas en compte les contribuables corporatifs, comme le fait monsieur Beaulieu. Par exemple, pour circonscrire un comté électoral on tient compte de la population totale qui y habite, pas seulement de ceux et celles qui sont en âge de voter. C'est toujours en fonction des têtes de pipe, jeunes comme vieux. Des livres intéressants sur l'économie, cela peut m'intéresser. Si monsieur Beaulieu pense à celui de Joseph Eugene Stiglitz, un économiste américain qui reçut le prix Nobel en 2001. Il a acquis sa notoriété populaire à la suite de ses violentes critiques envers le FMI et la Banque mondiale, cela m'intéresse, bien sûr. Pour ce qui en est des retombées de la culture, monsieur Beaulieu qui semble nous dire qu'il est ferré en économie, peut-il faire les calculs pour nous, des calculs fiables, pas comme ceux qu'il vient de nous offrir.

P.A. Beaulieu a écrit le 8 septembre 2012

Merci de vous attarder à moi de la sorte monsieur Picard. Je pense aussi aux sommes globales enfournées dans l'art et la culture au Québec, ce qui représente des millions, et au fait que le chiffre doit se diviser non par en fonction de la population totale, mais en fonction du nombre total de contribuables qui paient des impôts, cela doit bien représente quelques dizièmes de milliers de cennes noires en moins dans votre calcul!!! Si comme le clamait des artistes opposés à Harper, 1$ en culture a 11$ de retombées, où sont ces sommes dans l'économie québécoise? J'ai aussi quelques bonnes suggestions de livres pour vous, dans des domaines comme l'économie et aussi la politique, concernant l'impact néfaste de la gauche sur la société québécoise. Ça vous intéresse?

Albert Picard a écrit le 7 septembre 2012

Admettons que la part gouvernementale de financement pour ce projet s'élève à 2000$. Cela donne pour chacun des 7 979 663 citoyens-nes, une contribution de 0,0002$. Dites-moi où je peux rejoindre ce monsieur, je lui ferai parvenir un chèque qu'il me fera grandement plaisir d'arrondir à 1 sous moyennant l'engagement de l'achat d'un livre sur l'art contemporain de sa part.

Bilbo a écrit le 7 septembre 2012

@P.A Beaulieu L'enjeu sur cette photo, ça me semble évidemment être la rivière claire et potable qui est une ressource à protéger. Je suis d'accord avec Maryse: si l'unanimité devait être un prérequis pour l'action, rien ne se ferait. Pour ma part, en tant que contribuable, je ne suis pas d'accord de financer avec des deniers publics les projets de Pétrolia, dont les penchants capitaliste et de droite sont manifestes. Bravo aux instigateurs de ce projet. Au plaisir de vous voir dans le coin...

P.A. Beaulieu a écrit le 7 septembre 2012

Je me répète : quels sont précisément les enjeux concernant la Gaspésie que ces gens souhaitent défendre? Qui paie pour tout cela?

Maryse Goudreau a écrit le 7 septembre 2012

@P.A. Beaulieu qui dit qu'il :«n'est pas intéressé à financer un tel projet dont le penchant socialiste et environnementaliste est clairement évident, un penchant qui n'est certainement pas unanime au sein de la population gaspésienne.» J'aimerais vous dire qu'il serait impossible de «produire» de l'art, peut importe la forme ou la perspective qui soit unanime au sein de la population gaspésienne. On ne produit pas de l'art c'est avant tout un geste d'expression. Si on commence à chercher l'unanimité pour subventionner certaines industries, il n'y aura pas plus de subvention avec un critère pareil. Cette logique fait défaut. Il faut simplement reconnaitre que la liberté d'expression existe et que sans investissement dans ce secteur nous serions incapable de produire le rayonnement de notre identité multi-facette. Je dis aussi bravo au collectif pour avoir fait une intervention artistique engagée.

Daniel Côté a écrit le 6 septembre 2012

@P.A. Beaulieu : De l'art, c'est de l'art. Vous pouvez aimer, vous pouvez détester. Souvent, l'effet recherché est de faire réagir. Que les gens remarquent qu'il y a des gens qui se posent des questions dans la société. Qu'il faille réagir sur divers enjeux. Je ne sais pas s'il y a des sous publics dans cette démarche artistique, mais même s'il y en avait, je n'y vois rien de honteux... et c'est peut-être même moins honteux que les subventions fédérales aux richissimes banques et compagnies pétrolières de l'Ouest! Ce n'est pas le milieu culturel et artistique qui gruge le plus dans les coffres de l'État, et Dieu sait que depuis la nuit des temps, ce sont souvent les artistes qui ont fait en sorte d'ouvrir les yeux de la population sur divers enjeux! Alors, tant mieux si ça fait réagir, c'est sans doute là où se trouve le sens premier de la démarche de ces artistes d'ici! Que l'on trouve ça beau ou laid, que l'on soit pro-industrie ou pro-environnement, peu importe quand on est en face d'une démarche artistique... La beauté de l'art, c'est qu'il y en a toujours pour tous les goûts!

P.A. Beaulieu a écrit le 6 septembre 2012

Pourrions-nous obtenir plus de détails au sujet des enjeux propres à la région que ces artistes souhaitent nous montrer? Je me demande si les artistes/militants qui travaillent à ce projet ont droit à un quelconque financement public pour le réaliser. Quelqu'un peut répondre à mon interrogation? Bien que je crois au droit inaliénable des individus de faire valoir leur point de vue, à titre de citoyen et contribuable, je ne suis pas intéressé à financer un tel projet dont le penchant socialiste et environnementaliste est clairement évident à mon avis, un penchant qui n'est certainement pas unanime au sein de la population gaspésienne.

Hélène Minville a écrit le 6 septembre 2012

Je suis de Gaspé. Quelle belle initiative, et quelle réflexion! J'habite maintenant la région de Montréal... Allez: Partagez la nouvelle en ville! Y a pas que les grands centres qui soient audacieux. Si vous exportez l'expo vers Montréal, svp diffusez l'information dans les médias sociaux & les journaux. - Une gaspésienne de corps et d'esprit.

Marilou Levasseur a écrit le 6 septembre 2012

WOW ! Bravo! Quelle belle intervention artistique !

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