Pétrole en mer : une soixantaine de personnes à la consultation

Par Geneviève Gélinas, journaliste, graffici.ca
«Est-ce possible que Terre-Neuve aille de l’avant alors qu’il n’y a pas de consensus dans les cinq provinces [bordées par le golfe du Saint-Laurent]?», a demandé le député Philip Toone.

«Est-ce possible que Terre-Neuve aille de l’avant alors qu’il n’y a pas de consensus dans les cinq provinces [bordées par le golfe du Saint-Laurent]?», a demandé le député Philip Toone. Photo : Geneviève Gélinas

Une soixantaine de personnes ont assisté à une consultation publique sur les hydrocarbures en mer mardi soir à Gaspé. Tous ceux qui ont pris la parole se sont prononcés contre l’exploration et l’exploitation.

Les représentants de l’Office Canada-Terre-Neuve-et-Labrador des hydrocarbures extracôtiers ont dû ajouter des chaises au fur et à mesure que la salle se remplissait.

«J’ai un vrai problème avec cette consultation», a lancé d’emblée le député néo-démocrate de Gaspésie-les-Îles, Philip Toone. «Je ne suis pas d’accord pour que tout le golfe soit mis à risque pour le bénéfice de Terre-Neuve», a lancé le député, ce qui a provoqué les applaudissements de la salle. M. Toone demeure convaincu qu’une commission fédérale d’examen doit se pencher sur la question.

Sean Kelly, directeur des relations publiques pour l’Office, a rappelé que son organisme a demandé à Ottawa de lancer une telle commission sur le projet Old Harry. «Ottawa a refusé et nous a demandé de mettre à jour l’évaluation environnementale stratégique (EES) pour le secteur ouest de Terre-Neuve, en y ajoutant des consultations publiques.»

La Conférence régionale des élus Gaspésie-les-Îles (CRÉGÎM) demandera aussi que l’Office insiste pour obtenir une commission fédérale, a indiqué son directeur général, Gilbert Scantland, interviewé par GRAFFICI.CA en marge de la séance. Sur le fond de la question, la CRÉGÎM «ne dit pas non, mais l’exploration et l’exploitation doivent être encadrées de manière à minimiser les risques, affirme M. Scantland. [Dans l’état actuel des choses], on manque de documentation, les risques sont mal évalués, et on aurait les risques sans les bénéfices.»

«Le pire scénario»

Didier Épars, un citoyen, s’est présenté au micro pour dénoncer «le pire scénario, qui n’est pas [le déversement] du golfe du Mexique, mais ce qui pourrait arriver dans le golfe du Saint-Laurent». Dans une mer fermée, petite et froide, où les courants sont complexes, le pétrole serait éparpillé dans tout le golfe en cas de déversement, dit-il.

Plusieurs citoyens en ont profité pour dénoncer les actions du gouvernement conservateur. «Les promoteurs n’auront plus besoin d’évaluation environnementale [fédérale] sur leurs projets de levés sismiques, a souligné Marie-Claude Trudel. On protégera les poissons qu’on pêche, mais plus leur habitat. […] Harper est en train de mettre la table pour ses partenaires dans le pétrole.»

Les trois représentants de l’Office étaient unilingues anglophones. Un bénévole recruté pour l’occasion s’est chargé de traduire en partie les dires des participants. Seul l’employé d’Amec, chargé de l’EES par l’Office,  a pu s’adresser en français aux participants.

Gaspé était la dernière de onze consultations menées dans cinq provinces. L’Office s’est arrêté à Havre-Saint-Pierre et Blanc-Sablon sur la Côte-Nord, aux Îles-de-la-Madeleine, ainsi qu’à l’Île-du-Prince-Édouard, au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse.

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2 commentaires

Gaston Poirier a écrit le 31 octobre 2012

Pour Old Harry, le plus gros problème est l'absence d'information indépendante : on a l'information biaisée par les industriels et l'information biaisée par les environnementalistes. Mais rien n'émane du gouvernement, ni des provinces ni du fédéral. Quand on tente de se faire une idée par nous-mêmes, en croyant ce qu'on veut bien croire entre les 2 extrêmes, on arrive à la conclusion que le niveau de risque est assez élevé dans une mer intérieure comme le Golfe, une mer intérieure avec des courants circulaires, une mer intérieure qui nourrit 5 provinces, une mer intérieure où il y a une biodiversité incroyable. Est-ce que les intérêts capitalistes devraient supplanter tout cela? Est-ce que la sacro-sainte piastre "à court terme" doit être assez forte pour que l'on risque de détruire notre avenir? Je ne crois pas, bien humblement... Et Monsieur PICARD, ce que vous dites est très très troublant et mériterait d'être connu à grande échelle! Chaque pas que Harper fait vers le gouffre doit être connu! Merci!

Albert Picard a écrit le 30 octobre 2012

Le gouvernement fédéral a déposé il y a quelques semaines un nouveau projet de loi qui sera adopté, sans véritable débat par le Parlement d'ici le 1er novembre prochain. Caché dans le projet de loi C-45 se retrouve un accord Canada-Chine sur l'investissement, le _Canada-China Foreign Investment Promotion and Protection Act _(FIPPA), qui aura des effets graves et irréversibles sur la souveraineté canadienne et qui porte atteinte à notre démocratie. Depuis 2010, les entreprises d'État chinoises multiplient les acquisitions aux Canada. Dans les sables bitumineux seulement les investissement représentent 13 milliards$. Par exemple la compagnie Sinopec, a acquis des parts dans le projet d'oléoduc Northern Gateway qui doit permettre d'acheminer le pétrole canadien vers la Chine à travers les forêts et les montagnes de Colombie britannique. À ce rythme, une part significative des ressources pétrolières canadiennes sera sous contrôle chinois. Selon Karel Mayrand, directeur général pour le Québec de la Fondation David Suzuki, le poids croissant des investissements chinois au Canada comporte un prix politique. Afin de sécuriser ses investissements, dit-il, la Chine a négocié secrètement avec Ottawa le FIPPA, un traité qui accorde des droits inédits à des entreprises d'État chinoises dont les entreprises canadiennes ne bénéficient même pas, et qui porte atteinte à la souveraineté du Canada et aux pouvoirs constitutionnels des provinces. Mayrand affirme que le FIPPA accorde aux sociétés d'État chinoises le droit de poursuivre le Canada pour obtenir des dommages-intérêts pour des décisions prises par les municipalités, les gouvernements provinciaux, territoriaux ou par le gouvernement fédéral qui ont pour effet de nuire à leurs investissements. Le traité s'applique aux lois et réglementations provinciales, de même qu'aux décisions des tribunaux qui affectent les droits des compagnies chinoises, de poursuivre monsieur Mayrand. De plus, ajoute-t-il, par ce traité les sociétés d'État chinoises obtiennent beaucoup plus que ce que les entreprises canadiennes obtiendront en Chine, et même que ce qu'elles ont au Canada, soit la possibilité de poursuivre le Canada à l'extérieur des cours canadiennes pour renverser des décisions législatives, réglementaires ou judiciaires qui vont à l'encontre de leurs intérêts. En signant ce traité, le Canada abdique donc une partie de sa souveraineté au profit de l'État chinois et de ses entreprises sans obtenir de réciprocité pour les entreprises canadiennes en Chine. Une compagnie chinoise possédant une part minoritaire dans une entreprise canadienne pourra poursuivre le Canada et obtenir une compensation financière. Ainsi, une compagnie canadienne ou étrangère qui souhaite contester les lois canadiennes n'aura qu'à se trouver un partenaire chinois. Ceci ouvre la porte à une contestation tous azimuts de nos lois et réglementations. Les impacts du traité vont bien au-delà des sables bitumineux : les sociétés d'état chinoises sont aussi actives dans le secteur minier et lorgnent du côté du Plan Nord québécois. La compagnie Jilin Jien Nickel Industries a déjà fait l'acquisition d'une mine de Nickel dans le Nord québécois et sera protégée par l'accord comme tous les investissements à venir. La capacité du Québec de gérer ses ressources naturelles sera désormais balisée par un accord signé par Ottawa sans consultation aucune avec les provinces. Bien entendu le traité n'empêchera pas les divers paliers de gouvernement de continuer de réglementer pour protéger l'environnement, la santé et la sécurité des populations. Mais si ces réglementations ont pour effet de nuire aux entreprises chinoises, celles-ci pourront poursuivre les gouvernements et obtenir des compensations financières qui pourraient atteindre des milliards de dollars. Si monsieur Mayrand a raison, le traité aura donc un effet de verrou sur de nouvelles réglementations. Par exemple, on voit mal comment le Canada pourra réglementer les émissions de gaz à effet de serre, instaurer une taxe sur la carbone ou rehausser les réglementations dans les sables bitumineux sans affecter les investissements chinois et s'exposer à des poursuites. Mais l'aspect le plus troublant du traité est qu'il accorde aux sociétés d'État chinoises une protection pleine et entière contre l'opposition du public. C'est donc dire que si des citoyens canadiens organisaient une manifestation contre un projet porté par une compagnie chinoise, le Canada serait tenu d'user de son pouvoir policier pour protéger l'investisseur chinois contre la population canadienne. Préparons-nous au pire dans le dossier Old Harry. Pour plus d'information : http://action2.davidsuzuki.org/fr/canada-chine

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