Développement économique et exportation

Pétrole à Haldimand : la nappe phréatique à l’étude

Par Geneviève Gélinas, journaliste, graffici.ca
Au puits Haldimand no° 1, Pétrolia effectue présentement des travaux pour préparer la mise en production et des «tests d’injectivités», c’est-à-dire de la fracturation à petite échelle.

Au puits Haldimand no° 1, Pétrolia effectue présentement des travaux pour préparer la mise en production et des «tests d’injectivités», c’est-à-dire de la fracturation à petite échelle. Photo : Pierre Houle

Des chercheurs analyseront le sous-sol d’Haldimand et de Tar Point (Douglastown) afin de déterminer les risques de l’exploration pétrolière pour la nappe phréatique, a annoncé Pétrolia lundi soir lors d’une rencontre publique à Gaspé.

Les citoyens présents ne sont pas rassurés pour autant, et certains se sont plaints que la firme ait effectué des travaux sur leurs terres sans leur consentement.

Une quinzaine de puits d’observation de la nappe phréatique, d’une profondeur de 50 mètres, seront forés d’ici les fêtes. Des chercheurs de l’Institut national de recherche scientifique (INRS) analyseront l’écoulement de l’eau souterraine. «On veut voir s’il y a un lien entre les réservoirs [de pétrole] et la nappe phréatique, explique René Lefebvre, hydrogéologue à l’INRS. [En conséquence], y a-t-il moyen de moduler les pratiques pour réduire les risques?»

Des craintes persistent voulant que la fracturation puisse contaminer la nappe phréatique. Le procédé envisagé par Pétrolia consiste à injecter un liquide sous haute pression pour casser la roche en profondeur, et libérer le pétrole.

Comité de suivi

Nicole Huybens, chercheure en éco-conseil à l’Université du Québec à Chicoutimi, animera un comité de suivi des travaux de Pétrolia. «On veut voir si, au Québec, l’exploitation pétrolière peut participer à un monde plus juste, plus libre, plus vert et plus responsable», dit-elle.

Pétrolia financera les deux projets, mais les chercheurs ont défendu leur indépendance, arguant que leurs salaires ne dépendent pas de Pétrolia.
Présente à la rencontre, Samuel Pinna s’est dit «content» qu’une recherche s’entame. «Mais si les conclusions sont que les risques sont trop élevés, qu’est-ce qu’on peut faire? L’encadrement légal est minime.»

Quant à Danielle Haché, elle bouillait à la fin de la rencontre. «C’est du violon pour nous endormir, a-t-elle lancé. Ça me choque que des universitaires mettent leur savoir à profit pour faire avaler ce projet aux gens.»

Les Gaspésiens demandaient une rencontre publique avec Pétrolia depuis plusieurs mois. «Ça va faire partie d’une bonne habitude», a promis Isabelle Proulx, vice-présidente de l’entreprise.

Erreurs à répétition

Parmi les 50 personnes présentes, plusieurs avaient des inquiétudes ou des plaintes à exprimer. Sylvie Paradis, résidante de York Sud, a rapporté que Pétrolia a fait des levés géophysiques sur son terrain cet été, malgré son refus. Il s’agit d’une erreur, selon Mme Proulx, qui s’est excusée.

Pierre-Paul Synnott a reçu de Pétrolia, par la poste, une lettre d’entente et un chèque au nom d’une autre personne. Ce propriétaire de deux terrains à Haldimand croit que la firme a passé sur ses terres sans permission. Mme Proulx l’a invité à éclaircir la situation après la rencontre.

En 2008, Nathalie Souchet a découvert un travailleur en VTT en train de poser des câbles sur son terrain de Sandy Beach. Elle n’avait jamais été avertie. «Ça fait beaucoup d’erreurs, vous avez une façon cavalière de travailler», a-t-elle lancé. Mme Proulx a répondu qu’en 2008, Junex dirigeait les travaux, et non Pétrolia. «C’est votre numéro que le travailleur m’a donné», a rétorqué Mme Souchet.

GRAFFICI a documenté deux autres cas d’erreurs de Pétrolia dans le passé. Une résidante d’Haldimand, Cathy Archambault, avait dit non à des travaux sur son terrain. Elle a tout de même reçu un chèque sur lequel était inscrit que l’encaisser équivalait à consentir.

En 2009 à Douglastown, Sylvain Trudel a vu surgir sur ses terres un travailleur en VTT qui effectuait des levés géodésiques. M. Trudel n’avait jamais été consulté.

5 commentaires

Sylvie Paradis a écrit le 29 novembre 2011

J`étais présente à cette rencontre, enfin une consultation. Malgré les longs discours de nos chercheurs, je n`ai tou- jours pas de réponse à mes questions. Pétrolia aurait-il avantage à investir dans ses consultaions publiques et de répondre aux vrais questions! Quel plan est prévu en cas de catastrphe écologique? Qui profitera des retombés s`il y en a ? Pour ma part, j`aurais préféré qu`on me demande la permission AVANT de faire des levés. Des erreurs, il y en a déjà trop.

Isabelle Bisson-Carpentier a écrit le 16 novembre 2011

J'étais présente à rencontre du 14 novembre à l'Hôtel-des-Commandants et ce que j'y ai entendu par rapport à la recherche universitaire m'a beaucoup dérangé. Étant moi-même une universitaire, comme d'autres personnes présentes ce soir-là, j'ai été estomaquée de la réaction des chercheurs suite aux questions liées à leur "indépendance" par rapport à Pétrolia. Selon eux, cette indépendance est garantie par le fait que Pétrolia ne paie pas leurs salaires. Ont-ils conscience de jouer à l'autruche? Ou sont-ils simplement naïfs, ce que je n'ose croire! N'importe qui ayant navigué dans le monde universitaire sait pertinemment que les chercheurs-professeurs DOIVENT impérativement mener des recherches, publier et diriger des étudiants aux cycles supérieurs (ce qui, soit dit en passant, leur donne des crédits échangeables contre des périodes sabbatiques, entre autres). Et ils subissent une très forte pression pour le faire. Les subventions ne sont pas faciles à obtenir. L'argent des organismes subventionnaires, ça ne s'obtient pas en criant "lapin"! Autrement dit, c'est extrêmement difficile de refuser de l'argent pour mener un projet de recherche. Par contre, le chercheur de l'INRS semblait être certain d' obtenir son financement auprès du Conseil de recherche en sciences naturelles et en génie du Canada. Mais ce financement, il ne l'a pas encore obtenu! Par contre, il est clair que les orientations de ce projet vont fort probablement lui faire "marquer" des points dans l'évaluation du conseil de recherche qui favorise la participation du privée à la recherche universitaire. Quant au projet de l'UQAC en sciences sociales il est tout, sauf clair. Aucun objectif expliqué, aucune méthode de travail, mais un slogan, ça oui, qui a été répété à plusieurs reprises : "un monde plus libre, plus juste, plus vert et plus responsable"! Parle-t-on vraiment de recherche ici?! Isabelle Bisson-Carpentier, Cap-aux-Os

Michel L. Fréchette a écrit le 16 novembre 2011

navré, j'imagine que tous l'auront remarqué, c'était lundi le 13. Faut croire que j'ai dormi au gaz moi même. De toutes façon, le 13 ou le 14, qui s'en soucie. MLF

Michel L. Fréchette a écrit le 16 novembre 2011

OPÉRATION « BOUCANE » Mardi soir le 14 novembre à l’hôtel l’Auberge des Commandants de Gaspé a eu lieu une présentation d’une plate-forme de travail commanditée par la firme PÉTROLIA. Je dirais qu’environ 75 personnes, dont plusieurs de moins de 35 ans, avaient accepté de participer à l’exercice. Cette démarche avait été réalisée aussi sur invitation un peu plus tôt dans la journée au bénéfice des élus et d’invités spéciaux. Je ne peux pas témoigner de ce qui s’est passé en début d’après midi avec les VIP si ce n’est qu’on nous a rapporté que la question abordée avait été de savoir si le tourisme était compatible avec l’exploration pétrolière. On n’a pas eu plus de détails sur cette grande équation qui conditionne la vie économique de notre région. La discrétion s’impose même quand cela nous concerne au plus haut point. S’agissant de la plate-forme, il y a lieu de dire qu’elle repose sur une très bonne initiative… en apparence. Le fait pour PÉTROLIA d’associer des chercheurs universitaires à ses activités sur les sites et de financer les protocoles de recherche pourrait en inspirer plusieurs. Cette opération nous a été présentée comme une ouverture au dialogue avec la population, une approche dans la transparence et des mesures d’atténuation de risques. La démonstration restait à faire. J’avais le choix de le croire et honnêtement, malgré mon scepticisme sur le comportement des minières ici comme ailleurs, la campagne promotionnelle visant à donner un caractère sexy aux cailloux, la gigue de notre ami Lucien Bouchard, l’insouciante flatulence bovine évoquée par notre ex vice première ministre et la sérénité forcée dans l’exploration avant la frénésie de la production, j’étais tout oreilles et yeux devant ces 5 spécialistes du sujet. J’ai donc écouté avec attention la présentation de la VP de PÉTROLIA pour apprendre que le contrôle de l’entreprise était pleinement de chez nous, que l’entreprise faisait des choix déchirants en ne voulant pas céder des intérêts aux « étrangers » à raison d’une certaine limite quitte à se priver de leurs financements, que les 16 principes du développement durable étaient presque récités avant chaque assemblée des actionnaires, qu’il ne manquait que les suggestions pour que le partage des revenus se fasse en équité avec la communauté, que tout allait être remis en état sur les propriétés (en omettant, je dirais bien involontairement, de parler du sous–sol où le party avait eu lieu). Bref, j’étais séduit et je me délectais des contradictions, des raccourcis, des demi-vérités, des effets cosmétiques et même de l’attendrissante supplique que PÉTROLIA dépensait son argent pour ces scientifiques présents et en attente d’entrée en piste. J’en avais la larme à l’œil. Je me suis donc levé et servi un café. Vint ensuite la raison d’être de ce show médiatique en deux (2) temps : l’appel aux universitaires pour rendre crédible PÉTROLIA dans ses intentions (moins dans ses résultats). On faisait appel à des chercheurs de l’UQAC pour lancer une opération de suivi sur l’acceptabilité sociale d’une cohabitation entre une pétrolière et les pauvres citoyens que nous sommes. Un Kandahar appréhendé où il faudrait profiter d’une situation expérimentale exceptionnelle pour voir ce qui se passe et en tirer des conclusions pour permettre à PÉTROLIA d’ajuster le tir. Plus la responsable parlait, plus j’étais intéressé parce ce qui n’était pas dit. On évoquait la multidisciplinarité de l’approche et les bénéfices pour la recherche sociale, la qualité du laboratoire. Il y avait tout pour embaumer les morts vivants que nous sommes. On nous a même passé l’onguent du « plus juste », « plus vert », « plus responsable », « plus libre ». Comme si l’angélisme et la naïveté allaient ramollir la conscience des actionnaires de PÉTROLIA. Le pire, c’est que ces chercheures semblaient y croire même à court d’arguments. La vérité est venue quand on a dû constater que l’approche de l’UQAC n’avait aucune méthodologie ou même d’hypothèse de départ, pas d’instrumentation, tout à l’avenant. On s’en allait à l’aventure inventant l’outil à l’usage. Depuis que les minières opèrent sur tous les continents et « tsunamisent » les populations locales, j’imaginais bien qu’une simple revue de littérature allait donner un semblant d’architecture à leur démarche, surtout subventionnée par le secteur privé. Mais non. Le vide sidéral sinon que des grands mots d’universitaires en mal de convaincre, ce qui n'est pas naturellement leur tasse de thé. On se permettait même de discourir sur la pertinence du terme « acceptabilité sociale » sur la base d’une mauvaise définition. Comment croire que la recherche donnera à temps un semblant d’indication à PÉTROLIA sur ce qui est acceptable, recevable, négociable par le bon peuple riverain ou non des sites de production et des revenus de ceux-ci? Puis vint l’INRS et son cours de géologie 101. J’étais suspendu à son puits de savoir et je m’enfonçais. J’ai dû somnoler. Je me retrouvais comme une molécule de produit injecté dans le fractionnement ou « fractage » de la roche mère. Je me relevais la tête pour contempler la nappe phréatique que je m’apprêtais à souiller dans 10 ans, 100 ans et mille ans lors de mon retour en surface. Je devais comparaître chez les juges pour une coupable histoire de destruction d’environnement. Mes défenseurs étaient les actionnaires qui avaient enregistrés les dividendes de mes actions (2 sens). Mes accusateurs étaient les embaumeurs de l’UCAQ qui avaient fini par aboutir de leurs conclusions à l’effet qu’on aurait dû ne rien faire pendant qu’il était encore temps. Je revins dans la salle et me pris un verre d’eau au moment où le chercheur de l’INRS parlait du trajet des eaux qu’il entendait mesurer pour déterminer le facteur de risque des exploitations sur les réseaux souterrains. Je contemplais mon verre à moitié vide. Je le vidai d’un trait en me disant que ce pourrait bien être le dernier. Poussant lui aussi de l’argument de l’originalité de la démarche scientifique, il en vint presque à me convaincre que c’était la première fois sur terre qu’on creusait des trous pour regarder ce qu’il y s’y passait. En plus, il se positionnait comme un scientifique qui n’avait que des connaissances à livrer et que de toutes les façons, peu importe, il serait payé même si ses conclusions amenait PÉTROLIA à s’interroger sur le bien fondé de ses opérations. Je me suis dis au plus profond de mes cordes vocales « science sans conscience ». Enfin ce furent les questions et les commentaires. Je me demandais si j’étais le seul à avoir, malgré mes bonnes intentions du départ, une désagréable impression de m’être fait « embarquer » de la plus belle façon : l’ouverture tout naïve, les scientifiques appelés au secours de la vertu qu’on devait croire sur parole comme anciennement on se fiait au curé et à la bonne sœur, jusqu’à temps qu’on apprenne…mais c’est pour une autre fois . Des gens ordinaires, curieux et n'ayant pas d'agenda et ma foi crédibles défilaient racontant leurs déboires répétés et les erreurs de PÉTROLIA dans leur rapport avec l’entreprise : chèque dérisoire mal libellé, autorisation d’accès outrepassé, envahissement sans permission et quoi encore. La VP se confondait en excuses et disait que c’étaient des erreurs de début, de jeunesse, plaidant pour le futur. De toute façon en substance, si on ne passe pas chez vous, on passera ailleurs. Mauvais départ mais cela donnait le ton. Puis vinrent les commentaires sournois et les questions impertinentes sur l’entreprise, les expertises, les conséquences futures mais énoncés avec le sourire les dents sorties. Quelques uns ont même poussé le délire en public d’implorer le panel de ne pas les prendre pour des demeurés, des imbéciles, des « morrons ». Les réponses des « fabulous five » dont un complètement aphone sauf sur la fin (on a pu ainsi vérifier qu’il ne dormail pas au gaz) furent de belles tentatives au mieux de réexpliquer leur présentation du départ, au pire, de perdre du temps, 22 heures ayant été annoncé comme la guillotine. Finalement, je me suis bien amusé de cette tentative de relation publique où on marie la chèvre, le lion et le garde-chasse. Une opération de relation publique concoctée probablement par les amis de Lulu et faisant partie d’une incontournable stratégie de communication que j’avais moi-même suggérée à PÉTROLIA au lendemain d’une présentation difficile de leur projet en septembre 2008 dans la même salle d’hôtel où tout se passe. Je leur avais même dit que le nom GASpésie était prédestiné. Mais de là à se refaire une virginité et de se définir une crédibilité par effet d’amalgame avec des universitaires qui ne semblent pas réaliser à quelle sauce ils allaient être mangés, jamais je n’aurais cru que la technique du fractionnement pouvait être aussi efficace dans le cerveau des pétrolières. Il faut être terriblement perspicace pour imaginer cela et surtout, supérieurement aveugle pour croire qu’on y verrait que le feu d’un moteur à explosion. En réalité, chacun sait bien que les actionnaires de PÉTROLIA n’attendront pas les résultats des recherches. P.S : pour la réponse à la question de la synergie entre le tourisme et l’industrie pétrolière, un des panelistes nous a inondés de sa docte inspiration : on pourrait ouvrir les sites d’exploitation aux touristes. Aie, ailleurs, ils sont gardés par des services de sécurité, des chiens, des caméras et même des satellites. je ne suis pas certain que PÉTROLIA appréciera. Je me suis senti tellement petit devant le savoir que je dois prendre un rendez-vous chez mon psy. Je retourne comme la molécule dans sa crack. J’enverrai la facture (ou la fracture) à PÉTROLIA. Michel L. Fréchette Percé

Bilbo a écrit le 16 novembre 2011

«On veut voir s’il y a un lien entre les réservoirs [de pétrole] et la nappe phréatique. Peut-être qu'actuellement non, mais qu'a force de fracturations, il va finir par y en avoir un... Peut-être que le lien n'est pas direct, mais que le jus "échappé" va trouver son chemin jusqu'a la mer. Peut-être que la population n'en veut pas, de ce projet, mais comment le savoir, si elle n'est jamais consultée. Peut-être que les liens quasi incestueux entre Pétrolia et Junex ne permettent pas aux citoyens de faire la différence entre les deux. Peut-être que la campagne de relation publiques de Pétrolia est plus nette que ses facons de procéder.Peut-être qu'on devrait s'exprimer publiquement plus souvent, étant donné que les consultations arrivent trop tard dans le projet. Peut-être qu'on croit, en haut, que les Gaspésiens sont assez nono pour avaler toutes ces couleuvres. Ca passe mieux avec de l'huile...

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