Développement économique et exportation

Pétrole : fracturer à Haldimand, est-ce nécessaire ou pas?

Par Geneviève Gélinas, journaliste, graffici.ca
Chez Junex, on estime que le pétrole de Galt serait «peut-être» exploitable sans fracturer, mais qu’il y a peu de chance que ce soit le cas à Hadlimand.

Chez Junex, on estime que le pétrole de Galt serait «peut-être» exploitable sans fracturer, mais qu’il y a peu de chance que ce soit le cas à Hadlimand. Photo : Geneviève Gélinas

Exploiter le pétrole gaspésien sans avoir recours à la fracturation, est-ce possible? Deux experts se prononcent.

Pétrolia répète depuis plusieurs mois que son objectif est de produire sans fracturer à Haldimand. La firme n’exclut toutefois pas de recourir à cette technique, qui consiste à injecter sous haute pression un mélange d’eau (ou d’un autre liquide) de sable et de produits chimiques pour fracturer la roche en profondeur et libérer le pétrole.

«Clairement» possible

Il est «clairement dans le domaine des possibilités» que le pétrole gaspésien puisse être extrait sans fracturation, juge Denis Lavoie, chercheur en géologie sédimentaire à la Commission géologique du Canada.

Dans des réservoirs «conventionnels» comme ceux d’Haldimand ou de Bourque (entre Murdochville et Grande-Vallée), dit-il, un réseau de fractures naturelles pourrait permettre au pétrole de se déplacer librement vers le tube de production. Le forage horizontal prévu à Haldimand n° 4 vise d’ailleurs à «intercepter à angle droit un maximum de ces fractures», explique Denis Lavoie.

Certains réservoirs sont toutefois «à la limite» d’une production commerciale sans fracturer. Est-ce le cas d’Haldimand? «C’est ce que les prochains forages vont nous donner comme info», répond Denis Lavoie. Un débit économiquement viable pour Pétrolia serait moindre que pour une grande compagnie comme Shell, fait remarquer le chercheur.

Denis Lavoie travaille depuis 25 ans à évaluer le potentiel en hydrocarbures de l’Est du Canada. «Les grès évalués par Pétrolia [à Haldimand] faisaient partie de notre évaluation», dit-il.

«Peu de chance» sans fracturer

Le chef de la direction de Junex, Jean-Yves Lavoie, estime au contraire que la fracturation sera nécessaire à Haldimand. «D’après les essais faits, les données recueillies, il n’y a pas tellement de chance de produire de façon commerciale sans fracturer», affirme l’ingénieur.

«Il y a toujours un bémol, on est dans un secteur exploratoire, ajoute-t-il. Quelqu’un d’autre peut faire une autre analyse que nous.»

Jusqu’en décembre 2011, Junex possédait 36 % des droits dans le projet Haldimand. La firme a repris ses billes pour se concentrer sur son projet de Galt, à une vingtaine de kilomètres de Gaspé.

Et à Galt?

Les premiers forages de Galt sont situés dans une zone où Junex a fini par conclure qu’on «ne peut pas produire de façon commerciale sans fracturer, la roche est trop "serrée"», affirme Jean-Yves Lavoie.

Mais en forant Galt n° 4 l’été dernier, 2,5 kilomètres plus à l’ouest, «on s’est approchés d’une zone de failles. Peut-être qu’on peut produire de façon conventionnelle», croit le chef de la direction de Junex. Cet été, Junex réalisera  un ou deux forages horizontaux à partir de Galt n° 4 pour vérifier cette hypothèse.

Malgré ses espoirs pour Galt, Jean-Yves Lavoie appelle Québec à permettre la fracturation. «Ce qui a mis le Québec sur la carte, c’est la découverte des shales de l’Utica et la fracturation hydraulique.» Interdire la fracturation reviendrait à soustraire une trop grande partie du territoire à l’exploitation, juge-t-il.

Selon Jean-Yves Lavoie, il faut «un projet de démonstration» de fracturation en Gaspésie ou à Anticosti pour «voir si on est capables de casser la roche». Le projet devrait être doublé d’une surveillance environnementale pour identifier d’éventuels dommages.

11 commentaires

Albert Picard a écrit le 21 mars 2013

L'industrie des ressources naturelles est tellement abymée dans ses réflexions qu'elle essaie de nous enfoncer dans l'esprit que la Gaspésie ce n'est que du bois, de la roche, du pétrole et quelques personnes vivant au fond des rangs abandonnés. Ces rumeurs de nous donnent plus le choix. Il faut dès lors raser, syphonner et creuser.

Joseph Leblanc a écrit le 21 mars 2013

PIS des nouvelles de Québec ???

Martin Zibeau a écrit le 20 mars 2013

D'accord avec Jean-François : Aucune activité ne génère aucune pollution. D'accord aussi qu'il faille, tant qu'à l'utiliser, utiliser intelligemment le "peu" de pétrole qu'il nous reste. Comme je l'ai mentionné plus bas, je ne crois pas que ça vaille la peine d'extraire le pétrole du sous-sol gaspésien. Si vous le permettez, j'aimerais partager un commentaire du sociologue québécois Gilles Gagné sur comment, si une société peut le faire, le Québec est celle qui peut le mieux sortir du pétrole, de la croissance et du capital. Le texte étant relativement long, je vous partage le lien : (http://nousdelagaspesie.blogspot.ca/p/sortir-du-petrole-de-la-croissance-et.html)

Jean-François Samuel a écrit le 20 mars 2013

@Albert Picard Désolé de peter ta balloune, mais se nourrir, se loger, transformer le bois et la mariculture (à part quelques exceptions) sont toutes des activités polluantes. Il y a moyen d'utiliser le pétrole intelligement en attendant que l'énergie solaire soit économiquement possible.

Albert Picard a écrit le 20 mars 2013

Oui pour ce portrait statistique. Cependant il faut le complémenter de ce que reçoivent les pétrolières en subventions directes et indirectes, en crédits d'impôts divers. Le portrait obtenu ainsi permettra de se faire une bien meilleure tête sur les tenants et aboutissants. Et si j'ajoute mon avis, je pense que si des sommes équivalentes étaient accordées à l'agriculture biologique et à son réseau de distribution, à la mariculture ou à la transformation du bois en produits finis, la Gaspésie sera bien plus prospère et générera beaucoup plus de fierté. C'est le ciment de la rétention de sa population pour des générations. On aura toujours besoin de manger et on aura toujours besoin de se loger. On aura jamais besoin de polluer. Si on avait cette volonté exprimer par la PM Marois, équivalente à celle qu'elle exprime pour les hydrocarbures, le monde se porterait mieux et on ne chercherait pas dans les profondeurs de la terre et de la mer pour essayer de trouver du bonheur. Nous aurions qu'à se regarder dans les yeux.

Martin Zibeau a écrit le 20 mars 2013

À l'attention des journalistes du Graffici et principaux acteurs dans le dossier des hydrocarbures en Gaspésie. Serait-il possible de rassembler dans un même document les chiffres à jour relatifs aux hydrocarbures en Gaspésie? Chiffres relatifs aux potentiels, gisement et bassin. Le nombre d'emplois et surtout le type d'emplois (court vs long terme, spécialisés vs non spécialisés, etc) relatifs aux hydrocarbures, par projet ou municipalité. Chiffres relatifs aux retombées directes pour une région vs dollars de profits potentiels aux entreprises d'exploration et d'exploitation. Il me semble que le commun des mortels pourrait ainsi se faire une meilleure idée des enjeux. Voici ce que j'ai pu trouver jusqu'à maintenant de mon côté, avec les sources d'où vient l'information : Les besoins du Québec en pétrole : 141 millions de barils de brut importé par année (1), provenant en totalité de l'extérieur du Québec, ce qui représente une consommation de 300 000 barils par jour (2) raffiné par Sunco à Montréal et Ultramar à Québec (2). La Gaspésie pourrait, selon le ministère des ressources naturelles renfermer 429 millions de barils. Selon la Revue L'Actualité, « sur le terrain, des experts parlent plutôt d'un potentiel « très théorique » de 200 à 300 millions de barils en Gaspésie. » Il faut aussi faire la différence entre le bassin pétrolier et le gisement. Un gisement signifie la réserve dont on est sûr à 90% qu'elle sera exploitable et le bassin pétrolier représente un potentiel hypothétique. À ce moment-ci au Québec, on ne parle que de potentiel hypothétique (2). Pour Haldimand, Pétrolia en 2010 (3) parlait d'un potentiel récupérable de 7,7 millions de barils. Du côté de Galt, Junex en 2010 (3) parlait d'un potentiel récupérable de 13 750 000 barils. Un potentiel donc d'à peu près 20 millions de barils. Relativement lucratif pour des actionnaires, mais insignifiant au niveau de notre consommation provinciale. À ce moment, on ne mentionnait pas s'il s'agissait d'un potentiel relatif au schiste ou au conventionnel. Distinction relativement importante, puisqu'il semble que seulement 5 à 10% du potentiel soit exploitable dans le cas du schiste et 30% dans le cas du conventionnel (2). Ce qui, même si on prenait les chiffres optimistes avancés par le ministère de 429 millions de barils, représenterait toujours moins d'une année des besoins du Québec. Sources : (1) chiffres du ministère des ressources naturelles pour 2010 (2) Revue L'Actualité, avril 2013 (3) Journal Le Devoir, 6 juillet 2010

Jean-francois Samuel a écrit le 20 mars 2013

Petite correction, j'ai pris le baril à 45 gallons alors que le baril de pétrole est à 42 gallons. Ce qui donnerait 221 000 barils/jour pour 12.83 milliards de litres/année ce qui est dans l'ordre de grandeur de ce que j'ai donné précédement on parle toujours d'années de consommation et non de mois

jean-francois samuel a écrit le 20 mars 2013

12.83 milliards de litres c'est environ 175 000 barils par jour.

Bilbo Cyr a écrit le 20 mars 2013

Le secteur des transports est le consommateur de produits pétroliers le plus important, avec une part de 72,87 % de la consommation totale. En 2009, il a consommé environ 12,83 milliards de litres de carburant...(http://www.mrn.gouv.qc.ca/energie/statistiques/statistiques-consommation-petroliers.jsp) En 2009, la consommation totale d’énergie du Québec a atteint 39,0 millions de tonnes équivalent pétrole (tep). Ces 39 millions de tep sont composées de : 550,2 kilotonnes de charbon 17,4 milliards de litres de produits pétroliers 5,3 milliards de mètres cubes de gaz naturel 182,6 TWh d’électricité 2 878 200 tep de biomasse (http://www.mrn.gouv.qc.ca/energie/statistiques/statistiques-consommation-energie.jsp)

jean-francois samuel a écrit le 20 mars 2013

Désolé de te contredire Bilbo. Mais entre 350 000 à 420 000 barils/jour au Québec (dépendement de la source de la statistique). Si on prend 4% de 20 milliards ça fait 800 000 000 (800 Millions) de barils donc pour 6.3 ans ou 5.2 ans. Ça commence à être plus intéressant.

Bilbo Cyr a écrit le 20 mars 2013

Interdire la fracturation reviendrait à soustraire une trop grande partie du territoire à l’exploitation...Et pourquoi la fracturation est-elle considérée dangereuse dans les basses terres du St-Laurent et pas en Gaspésie? Pourquoi le moratoire et le BAPE actuellement mandaté ne nous couvrent pas? Est-ce que la stratégie énergétique du PQ consiste en la création de zones de sacrifice loin des grands centres? Et 20 milliards de barils dont 4% sont peut-être récupérables, ça correspond à un mois et demi de la consommation québécoise...

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