Parcs Canada «ouvert» au retour des artéfacts de Forillon en Gaspésie

Par Geneviève Gélinas, journaliste, graffici.ca
Les dons d’expropriés de Forillon ont contribué à enrichir la collection d’artéfacts de Parcs Canada.

Les dons d’expropriés de Forillon ont contribué à enrichir la collection d’artéfacts de Parcs Canada. Photo : Geneviève Gélinas

Parcs Canada se dit «ouvert» au projet de réserve régionale du Musée de la Gaspésie, qui souhaite rapatrier environ 5000 artéfacts du parc Forillon.

«J’ai fait part à Sébastien Lévesque [directeur du Musée de la Gaspésie] de notre ouverture à explorer des options de partenariat éventuel», affirme Michel Boivin, directeur exécutif de Parcs Canada pour le Québec.

Parcs Canada pourrait-il aller jusqu’à se dessaisir des artéfacts au profit d’une autre organisation? «On va initier les discussions», répond M. Boivin.

De Québec à Gatineau?

Les artéfacts du parc Forillon, conservés dans un hangar de Québec, sont autant des ustensiles de cuisine que des poêles à bois, des tables et des barges de pêche.

Parcs Canada se donne entre un et trois ans pour déménager ses artéfacts. Il s’agit d’une mesure d’économie, explique M. Boivin. «Nos artéfacts sont répartis dans quatre localités au Canada. On centraliserait dans un seul endroit.» Cet endroit pourrait être Gatineau, une ville québécoise, laisse-t-il entendre.

Projet de réserve

«La région peut-elle accepter qu’une partie de sa mémoire collective ne soit pas ici? Non, la Gaspésie doit se réapproprier ce qui lui appartient», déclare Sébastien Lévesque, directeur du Musée de la Gaspésie, à Gaspé.

Le Musée prône la création d’une «réserve régionale», un bâtiment à environnement contrôlé, où l’on pourrait rapatrier non seulement les artéfacts de Forillon, mais aussi d’autres trésors du patrimoine gaspésien.

«Les églises sont pleines d’objets d’une grande rareté et d’une grande richesse, faits main en Gaspésie, illustre M. Lévesque. Si une église ferme, on fera quoi, avec ça?»

Un «porteur de ballon»

Le Musée de la Gaspésie peut être «le porteur de ballon» du projet de réserve, croit M. Lévesque, mais «pas tout seul», précise-t-il. «On n’aurait pas la capacité financière.» Et les réserves du Musée sont déjà «pleines à 75 %».

M. Lévesque n’a aucune idée du coût du projet. Il précise que la réserve ne serait pas nécessairement à Gaspé, et glisse le nom de Murdochville, qui a récemment vu son centre d’interprétation du cuivre partir en fumée.

Bon accueil des expropriés

«Je suis très heureuse que le milieu prenne la situation en mains et profite de la période de flottement de deux à trois ans [avant le déménagement] pour mettre sur pied une solution régionale» affirme Marie Rochefort, porte-parole du Regroupement de personnes expropriées de Forillon et leur descendance.

«Le fait que le Musée de la Gaspésie reprenne les artéfacts, ça donnerait vie à l’ensemble du corpus d’objets, estime Mme Rochefort. Les musées de la région vont pouvoir mettre sur pied des expositions.»

La plupart des expropriés ne se doutaient pas que Parcs Canada conservait une telle quantité d’objets, rapporte Mme Rochefort. Elle-même a été «estomaquée» d’apprendre par une animatrice de radio que Parcs Canada songeait à déménager ces artéfacts.

Un projet qui date…

En 2007, un diagnostic de la situation des musées rapportait que la région avait besoin d’espace d’entreposage sécuritaire pour les collections. Le rapport de la firme Mauger, Rastoul et associés recommandait «d’évaluer la pertinence d’une mise en commun de réserves et d’archivistes professionnels, sur une base régionale et sous-régionale».

Par ailleurs, le gouvernement libéral a refusé mercredi à l’Assemblée nationale une motion déposée par le Parti québécois visant à arrêter le processus de transfert des artéfacts de Forillon.

2 commentaires

Serge Côté a écrit le 27 décembre 2013

Je viens de terminer la lecture du livre "La bataille de Forillon", roman historique écrit par Lionel Bernier. Je conviens, Pierre, que c'est bien le gouvernement du Québec d'alors qui a eu la mandat du Fédéral de faire le grand ménage... Contrairement d'ailleurs à ce qui avait été dit aux expropriés, dès qu'une propriété était vide de ses habitants, on y mettait systématiquement le feu. Mais l'auteur, monsieur Bernier, rapporte que des gens étaient vus la nuit avec leurs camions, près des bâtisses, juste avant le feu du lendemain, et volaient plein de choses. Alors que les expropriés eux-mêmes n'avaient même pas droit d'apporter une planche leur de leur déménagement. Ils étaient accusés de vol et poursuivis. Se pourrait-il que des voleurs de grands chemins se soient appropriés, sans poursuite, plein d'articles pour les revendre à des musées? Si c'était le cas, ces articles devront être identifiés par leur véritable propriétaire et en recevoir une compensation.

Pierre Mélançon a écrit le 18 mai 2012

Avant de faire mon commentaire, j'ai une petite interrogation: le gouvernement du Québec était le maître d'oeuvre de l'expropriation des terrains et bâtiments. Comment ces objets sont-ils devenus la propriété du gouvernement fédéral: ont-ils été achetés des expropriés, ont-ils été pris dans les bâtiments avant leur démolition ou destruction? et Si oui, existe-t-il un protocole de cession entre Québec et Ottawa? Ces artéfacts appartiennent à la vie quotidienne des gens qui habitaient Forillon et doivent y retourner; pas à Québec, pas à Gatineau. Il y a déjà eu le phare de Pointe-à-la-Renommée; une fois c'est assez. Il y a suffisamment de personnes dans le comité des expropriés et de leurs familles, de même que de personnes intéressées à la sauvegarde du patrimoine (Musée, et autres organismes...) pour pouvoir trouver une solution locale à long terme.

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