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Naufrage du Pierre-Luc 1 : trois vies sauvées grâce à la confrérie

Par Johanne Fournier, journaliste, graffici.ca
Les membres de l'équipage du crevettier Helen M. Cadegan de Matane ont secouru le capitaine du Pierre-Luc 1, qui a coulé par quelque 300 mètres de profondeur.

Les membres de l'équipage du crevettier Helen M. Cadegan de Matane ont secouru le capitaine du Pierre-Luc 1, qui a coulé par quelque 300 mètres de profondeur. Photo : Louise Desjardins

SAINTE-ANNE-DES-MONTS – Les trois membres de l'équipage du crevettier Pierre-Luc 1 de Sainte-Anne-des-Monts doivent leur vie à des collègues venus les rescaper au large de Pointe-des-Monts, sur la Côte-Nord.

Mercredi, vers 19 h, le Pierre-Luc 1 naviguait avec trois hommes à son bord lorsque, pour une raison encore inexpliquée, l'eau s'est rapidement infiltrée. Devant se rendre à l'évidence que son bateau allait couler, le capitaine Michel Dupuis a donné ordre à ses deux hommes d'enfiler immédiatement leur combinaison de survie. Quelques minutes plus tard, les trois marins se retrouvaient dans les eaux glaciales du Saint-Laurent.

Deux autres crevettiers, le Helen M. Cadegan et le Monique Caroline, qui se trouvaient à environ 15 milles nautiques du lieu du naufrage, sont partis à la rescousse de leurs confrères, même si les capitaines savaient qu'ils étaient à plus de deux heures et demie de là.

« Mon officier de quart est venu me réveiller pour me dire qu'il y avait un “mayday” de lancé, que c'était le Pierre-Luc et que, d'après ce qu'il avait pu comprendre, il était en train de sombrer, raconte le capitaine du Helen M. Cadegan, Réjean Côté. J'ai appelé la Garde côtière et ils m'ont donné la position. Par après, j'ai entendu Michel dire, à la radio, qu'il ne réussissait pas à pomper l'eau de son bateau et qu'il allait prendre le fond inévitablement. »

« On est partis à fond de train, le moteur à bloc, pour se rendre à la position donnée, poursuit le navigateur matanais. Il y avait du courant fort. Ce n'était pas beau. » L'équipage du Monique Caroline en a fait tout autant.

Chemin faisant, M. Côté a appris que l'équipage d'un paquebot antiguais-barbudien, le BBC Skysails, avait rescapé un des naufragés. Entre-temps, l'hélicoptère de la Garde côtière avait localisé un bateau de sauvetage avec un homme à son bord, qui a pu être secouru par l'équipage du Monique Caroline. Mais il en manquait un, soit le capitaine, Michel Dupuis. « L'hélicoptère patrouillait avec son “spot” sur l'eau pour trouver celui qui manquait, relate le capitaine Côté. Finalement, ils sont arrivés directement dessus par hasard. »

Manoeuvre ardue

« La manœuvre pour l'embarquer n'a pas été évidente, indique le pêcheur de crevettes. Un gars de 250 livres avec un “suit” de survie plein d'eau, ça a tout pris, à quatre hommes, pour l'embarquer à bras. » Le rescapé était conscient, mais complètement exténué de ses trois heures passées dans l'eau. « Il avait la face bleue, décrit Réjean Côté. Il avait froid aux pieds et aux mains. On l'a rentré dans la cuisine. On lui a mis une bonne couverte chaude sur lui. On lui a donné une tasse de thé. On lui parlait. Il demandait pour ses hommes. Je lui ai annoncé qu'ils avaient été sauvés. »

Le capitaine a ensuite mis le cap vers le quai de Godbout, d'où une ambulance l'attendait. « La Garde côtière voulait venir le chercher en mer avec l'hélicoptère, souligne-t-il. Je leur ai dit d'oublier ça, qu'ils allaient le faire mourir! » Les trois hommes ont été transportés à l'hôpital de Baie-Comeau, d'où ils ont obtenu leur congé le lendemain matin.

Après 36 ans de navigation, Réjean Côté n'est pas prêt d'oublier cet épisode plutôt singulier de sa carrière de marin. « On se serait cru dans un film d'aventure, indique-t-il, n'arrivant pas encore à se remettre de ses émotions. C'est quelque chose qui nous vire à l'envers. Michel, c'est un gars que je connais depuis au moins 20 ans. On craignait d'arriver là, puis de ramasser un cadavre! »

Encore sous le choc

Le capitaine secouru, Michel Dupuis, a décliné notre demande d'entrevue. « Il est trop sous le choc », a fait valoir sa conjointe, Marie-Hélène Colin.

Après avoir regagné la rive sud par le traversier Camille-Marcoux, Michel Dupuis est passé saluer les gens de l'usine de crevettes de Matane, où il décharge normalement sa cargaison. Selon nos sources, il était très émotif et s'est dit surtout très content d'être encore en vie.

3 commentaires

albert despres a écrit le 29 avril 2014

Bravo a nos pecheurs pour ce sauvetage ,ce sont de vrais professionnels.

Michel L. Fréchette a écrit le 29 avril 2014

Bonjour, Je ne suis pas un spécialiste dans le domaine des sauvetages maritimes ou autres éléments dans lesquels s’opèrent nos activités économiques ou récréatives, loin de là. Je salue le dénouement heureux de ce sauvetage pour notre communauté, leurs familles et la démonstration qu’il fournit d’une solidarité, carburant essentiel à cohésion. Nos régions seront encore, pour un certain temps, tributaires de la générosité ou de la cruauté de l’environnement qui conditionne l’exploitation des ressources naturelles. Mais au-delà de la bonne fortune, du courage, du savoir des intervenants et de la technologie, imaginons qu’un maillon de la chaîne de communication commence à chercher son dictionnaire français-anglais et anglais-français pour baragouiner un semblant d’informations tactiques à des personnes sur l’adrénaline, elles même en situation difficile… Heureux qui comme Ulysse…

Hubert Desgagnés a écrit le 28 avril 2014

Les ingrédients pour un sauvetage réussi: Pas de panique, une bonne formation, des combinaison de survie essentielles dans l'eau à +2C, une radio balise de détresse pour donner une position continue des naufragés, même de nuit, un appel de détresse rapide pour initier une intervention coordonnée par le Centre de sauvetage de la Garde côtière de Québec et une bonne coordination des communications radio avec les navires dans les environs par le centre de communications de Les Escoumins. Et surtout: ne jamais perdre espoir!!! Bravo à toutes les personnes impliquées dans ce sauvetage digne de mention. Et pour les pêcheurs qui en doutent encore, on peut survivre des heures dans l'eau glacée si on porte correctement une combinaison de survie.

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