Le Mouvement Action-Chômage craint l’arbitraire des fonctionnaires

Par Thierry Haroun, journaliste, graffici.ca
Les nouvelles modifications au programme d'assurance-emploi entreront en vigueur en janvier 2013

Les nouvelles modifications au programme d'assurance-emploi entreront en vigueur en janvier 2013 Photo : Thierry Haroun

Le coordonnateur du Mouvement Action-Chomâge de la Gaspésie (MAC), Gaétan Cousineau, craint que le resserrement des règles du programme d’assurance-emploi laisse place à l’arbitraire chez les fonctionnaires du gouvernement fédéral.

Annoncées la semaine dernière par la ministre canadienne des Ressources humaines, Diane Finley, ces modifications visent  les prestataires fréquents du programme à qui l’on demandera d'accepter des postes dont le salaire pourrait représenter jusqu'à 70 % du travail précédent du prestataire.

Le poste proposé par Service Canada pourrait de plus se retrouver à des dizaines de kilomètres de la résidence de la personne visée par les fonctionnaires fédéraux.

À défaut de s’y conformer, le prestataire pourrait perdre ses allocations. Une approche qui favorise l'arbitraire, craint Gaétan Cousineau. «Le fonctionnaire aura à décider si la distance entre le travail et la résidence est convenable. Il va juger si le salaire est convenable. Il va juger si le prestataire a les capacités physiques et mentales d'assumer cet emploi-là qui peut être situé à 80 km de chez lui. Ce sera au cas par cas».

Plus largement, M. Cousineau juge que ces modifications ne sont pas de bonnes nouvelles pour les chômeurs de la Gaspésie. «Le noeud se resserre autour du cou de tout le monde. Même si vous êtes à l'emploi d'un même employeur depuis 20 ans, vous devrez, pendant votre période de chômage, faire des recherches d'emploi. Alors il y a des gens qui vont faire le tour de la paroisse trois fois durant le même hiver sans pour autant être capable de trouver un emploi.»

Québec réagit

Vendredi dernier, la ministre québécoise de l'Emploi et de la Solidarité sociale, Julie Boulet, a laissé entendre par voie de communiqué «qu'il importe que le gouvernement fédéral agisse de façon responsable et accorde une attention particulière aux personnes et régions vulnérables, ainsi qu'à la pression que ces changements pourraient avoir sur l'offre de services d'Emploi-Québec».

Elle précise  par ailleurs que le «gouvernement du Québec entreprend les démarches nécessaires pour faire valoir les intérêts des Québécois.»

1 commentaire

Daniel Côté a écrit le 29 mai 2012

Le M.A.C. Gaspésie, à l'instar de tous les autres acteurs socio-politiques moindrement sensibles à la réalité de l'économie saisonnière, a toutes les raisons de craindre le pire relativement aux modifications aberrantes à l'assurance-chômage proposées par le gouvernement Harper. Cantonné dans son Ouest prospère (il oublie vite que l'Ouest n'a pas toujours été aussi prospère et que bientôt, quant le pétrole sera vidé de ses terres, la prospérité sera plus rare là-bas aussi...), Harper oublie facilement la réalité du travail saisonnier. Car c'est le travail qui est saisonnier : par le travailleur! Le travailleur, lui, il vit à l'année! Ce n'est pas de la faute du travailleur s'il ne peut pas aller pêcher de la crevette en février, s'il ne peut pas aller bûcher en avril, ou si le tourisme est plus tranquille l'hiver! Avec les modifications au régime, nos spécialistes (oui, les travailleurs du bois, de la pêche et du tourisme, même si beaucoup n'ont pas de diplômes universitaires, sont quand même des spécialistes et constituent une main d'oeuvre spécialisée de plus en plus rare) seront contraints de quitter la région pour conserver leurs droits... Ils seront obligés d'accepter des "jobbines" en attendant que reprenne leur travail... Et quand leur "vrai" travail va reprendre, quelques semaines ou quelques mois plus tard, qu'adviendra-t-il de leur "jobbine" temporaire? Pourront-ils la quitter pour aller reprendre leur "vrai" emploi? Et les années suivantes, leur employeur "temporaire" acceptera-t-il continuellement de les reprendre, sachant qu'ils ne sont là que pour boucher temporairement un trou? Connaissant les coûts de formation de la main d'oeuvre, ce sera un véritable fiasco! Le mot "échec" est écrit dans le ciel! Le grand perdant dans tout ça? Évidemment, c'est le travailleur saisonnier... Sauf dans David contre Goliath, c'est toujours le plus petit qui perd... À moins que, à l'instar des étudiants, nous acceptions de devenir un nouveau David?

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