Politique, Affaires municipales et développement régional

Ministre D’Amour en Gaspésie : main tendue pour « faire les choses autrement »

Par Karyne Boudreau, journaliste, graffici.ca
Des citoyens venus contester les mesures d’austérité ont remis symboliquement un pouding chômeur au ministre avec une lettre dénonçant les actions entreprises par le Gouvernement en Gaspésie.

Des citoyens venus contester les mesures d’austérité ont remis symboliquement un pouding chômeur au ministre avec une lettre dénonçant les actions entreprises par le Gouvernement en Gaspésie. Photo : Gracieuseté Éric Proulx

CARLETON-SUR-MER — Selon le ministre Jean D’Amour, les ponts entre Québec et la région ne sont absolument pas coupés et la grogne actuelle lui apparaît normale, bien qu’il ne la croie pas justifiée.

Le ministre délégué aux Transports et à l’implantation de la stratégie maritime et ministre responsable des régions de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine et du Bas-St-Laurent, Jean D’Amour amorçait ce matin une tournée régionale de trois jours qui le mènera notamment à Chandler, Gaspé et Sainte-Anne-des-Monts. Il a débuté sa journée ce matin avec la presse locale à Carleton-sur-Mer. Dans un entretien de plus d’une heure, le ministre a patiemment répondu aux nombreuses questions des journalistes inspirés par les nombreuses coupures et réorganisations annoncées ces dernières semaines.

Le déjeuner avec la presse était l’occasion d’annoncer l’attribution de 1,4 M$ issu du Fonds d’aide aux initiatives régionales (FAIR) et réparties dans 20 entreprises du comté de Bonaventure pour la création de 24 emplois et la consolidation de près de 500 autres. Lors de cette rencontre, le ministre semblait confiant que la région allait « bien traverser cette zone de turbulence » et continuer à se développer malgré les millions de dollars en moins et les dizaines d’emplois menacés en développement régional.

« En réalité, je ne peux pas mettre de chiffre précis là-dessus, mais à mon avis c’est pas mal moins que 80 jobs qui vont se perdre. (…) Si on applique le livre et qu’on dit : “on aboli la CRÉ et les CLD”, c’est 80 personnes (qui perdent leur emploi). Froidement, c’est vrai. Mais quand on dit aux MRC : “vous allez définir votre modèle de développement”, ça veut dire que ce n’est pas tout le monde demain matin qui repart avec sa valise. Il y a des gens de ce groupe-là qui vont conserver leur emploi, qu’ils travaillent pour la CRÉ ou pour un CLD. Ça, je pense que ça fait partie des bonnes nouvelles », soutient le ministre.

« La CRÉ en Gaspésie, qu’on l’appelle CRÉ ou autrement, si la région veut garder une structure de développement, il n’y a rien qui l’empêche et c’est même souhaitable, soutient le ministre. Est-ce que c’est nécessaire que ça coûte des millions de dollars pour se concerter? Est-ce qu’on peut arriver à avoir un modèle de concertation moins couteux,s’interroge le ministre? (…) Moi, je crois assez aux régions pour savoir qu’elles vont apporter des modèles différents qui vont être porteurs et moins couteux. (…)L’expertise on ne la perd pas demain matin. Ce n’est pas vrai. Faut juste redéfinir ça de façon moins coûteuse », dit le ministre.

« Sous une forme ou sous une autre, notre gouvernement veut maintenir les leviers financiers qui vont permettre le développement économique de nos communautés. Nous, ce qu’on veut moins financer, ce sont les structures. On veut de l’action économique. On va financer moins les structures, ça, c’est certain. On va financer les projets économiques », soutient le ministre qui assure que le programme FAIR sera maintenu, à 6 M$ par année jusqu’en 2018, et qui confirme du même souffle que les Fonds régionaux d’investissement demeureront intacts aussi, au moins en 2015.
Interrogé sur le montant dont la région disposera pour préserver ses outils de concertation régionale, le ministre n’a pu donner de chiffre précis.

« Demandez-moi pas de montant ce matin, il y a encore des discussions à y avoir en Gaspésie. Je ne mets pas d’argent sur la table en disant : “voilà une enveloppe, amusez-vous et revenez-moi”. On a annoncé la réforme il y a quelques semaines. Que la communauté se parle c’est normal et c’est sain. Je suis ici d’ailleurs pour en discuter avec eux et s’il y a des projets moteurs de développement qui se dégagent, moi je vais investir dans le développement, dans les projets proprement dits », a soutenu le ministre devant la presse.

Un pouding chômeur en cadeau

Le ministre a également participé ce matin, à une conférence de presse tenue à l’hôtel de ville de Carleton-sur-Mer et qui donnait le coup d’envoi des travaux de construction d’un projet d’habitation de l’Office municipal d’habitation de Carleton-St-Omer. Ce projet déjà en cours de construction, vise l’ajout de 48 unités de logements sociaux nécessitant plus de 7,2 M$ d’investissement, dont 3,4 M$ proviennent de la Société d’habitation du Québec qui a consenti une subvention de 3,4 M$ par l’entremise de son programme AccèsLogis Québec.

La conférence de presse de ce projet tant attendu et fortement appuyé par le milieu, notamment les Caisses Desjardins pour 50 000 $ et la ville de Carleton pour 1,1 M$, a toutefois été dérangée par des citoyens venus remettre une lettre contestant les coupures et réorganisations en région. Ces citoyens venus contester les mesures d’austérité ont aussi remis symboliquement un pouding chômeur au ministre. L’action a provoqué une légère commotion dans la salle du conseil ou étaient réunis les dignitaires associés au projet immobilier.

Le ministre n’a pas semblé troublé outre mesure par ce coup d’éclat vivement dénoncé par les organisateurs de la conférence de presse.

« Premièrement, ce que j’aime moi, c’est échanger avec le monde. Je suis en Gaspésie pour ça. On a trois jours de prévus et on ne refuse à personne de les rencontrer, au contraire. Si ces gens qui nous ont visités ce matin avaient pris la peine de nous demander une rencontre, je les aurais rencontrés avec plaisir, parce que j’aurais beaucoup aimé discuter avec eux. Je pense qu’ils auraient pu passer leur message d’une autre manière. Cependant, on est au Québec, on est en démocratie et je respecte ça », a dit le ministre D’Amour en déplorant que ce geste ait jeté de l’ombre « sur un projet de 7 M$ en logement social ici à Carleton, 48 logements neufs pour des Gaspésiens », ce qui était plutôt censé envoyer le message qu’il y a encore de la place pour les projets selon le ministre.

« On fait du développement économique nouveau genre, nouvelle façon. Ça dérange, mais au bout de la ligne, je suis convaincu qu’on pose ces gestes-là pour les bonnes raisons », de conclure le ministre avant de reprendre sa route vers Chandler ou il inaugurait, en après-midi à Chandler, le Centre de justice de proximité de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine.

5 commentaires

Marianne Papillon a écrit le 22 novembre 2014

« Ce même modèle qu’on nous propose sous un nouvel emballage est celui qui a mené à l’épuisement des stocks de morue pour la pêche, des stocks forestiers à New Richmond et à Chandler, des filons de cuivre à Murdochville. Ce modèle se nomme néocolonialisme économique » - JF Spain http://re-veille.ca/2014/11/14/nouvelle-facon-faire-du-developpement/

Philippe Garon a écrit le 22 novembre 2014

En passant, le ministre ment lorsqu'il dit qu'il nous aurait rencontrés avec plaisir si nous avions demandé une rencontre. J'ai personnellement appelé son attachée politique et elle m'a répondu qu'il n'avait pas le temps.

Philippe Garon a écrit le 22 novembre 2014

Quel paternalisme! Ce gouvernement est indigne! Le ministre D'Amour semble n'avoir qu'une bouche. Ses oreilles et ses yeux sont bouchés. Et je ne parle pas de son coeur... Comment ces gens peuvent-ils s'acharner à saccager plus de trente ans d'effors par des mesures d'austérité insensée alors que les économistes les plus réputés, comme le prix Nobel Joseph Stiglitz, ont prouvé que cette idéologie est totalement inefficace, voire toxique? http://m.ledevoir.com/economie/actualites-economiques/375627/l-austerite-quelle-idee-toxique Pour bien comprendre les enjeux actuels, je vous invite à regarder ce vidéo d'une conférence donnée récemment par Éric Pineault, prof à l'UQAM: http://www.youtube.com/watch?v=Zzh7fE_vjgw

mastp@globetrotter.net a écrit le 21 novembre 2014

Le sinistre D'Amour se veut rassurant en disant que ce ne sont pas 80 jobs qui seront perdus. Intéressant. Ceux qui perdront effectivement leur emploi sont donc actuellement en attente que finisse la game de roulette russe. // Je vois qu'on puisse utiliser le même processus pour les élus du gouvernement. Disons que tous ne perdraient pas leur emploi. Juste les imbéciles et les inutiles. Ah, je vais revoir ma compréhension du procédé parce que là, j'arrive à un total de... tous les députés du gouvernement actuel, surtout les moutons en région qui se ferment leur cr... de gueule et laissent s'empirer l'hémorragie.

Marc-André St-Pierre a écrit le 21 novembre 2014

Il vient "tendre la main" et il prétend que la grogne en région n'est pas justifiée? Je pourrais donc lui répondre que je suis très heureux de le recevoir même si je veux bien lui donner un bon coup de pied au cul!

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