Éducation

Métiers : les stéréotypes ont la vie dure

Par Geneviève Gélinas, journaliste, graffici.ca
Contrairement aux commissions scolaires, le Cégep de la Gaspésie et des Îles a trouvé le moyen de montrer un étudiant et une étudiante en mécanique marine.

Contrairement aux commissions scolaires, le Cégep de la Gaspésie et des Îles a trouvé le moyen de montrer un étudiant et une étudiante en mécanique marine. Photo : Roger St-Laurent

GASPÉ, août 2018 – Comment nos écoles représentent-elles les hommes et les femmes en formation professionnelle? De la façon la plus traditionnelle qui soit : les filles apprennent le secrétariat, les soins à domicile et la coiffure. Les gars sont montrés en train de pratiquer la mécanique, la charpenterie ou de conduire un camion.

Depuis 22 ans, le concours Chapeau, les filles! récompense les femmes qui se dirigent vers des métiers traditionnellement masculins. Des voix s’élèvent aussi pour que davantage d’hommes investissent les secteurs à prédominance féminine, comme la santé et l’éducation. Mais au ras des pâquerettes, les stéréotypes ont la vie dure.

GRAFFICI a consulté les sites web des trois commissions scolaires gaspésiennes : René-Lévesque, des Chic-Chocs et Eastern Shores. Elles offrent, à elles trois, 48 programmes de formation professionnelle.

Dans 32 cas, soit les deux tiers des formations, les photos choisies pour illustrer le programme sont conformes aux stéréotypes. Par exemple, les soins aux patients, le secrétariat et l’esthétique sont personnifiés par des femmes. Des hommes occupent l’écran en charpenterie-menuiserie, montage de lignes électriques et soutien informatique.

Un seul exemple sur 48 va à l’encontre de la tradition. Un homme, barbe fournie et crâne rasé, sert un plateau-repas à une patiente. La photo illustre la formation « assistance à la personne en établissement ou à domicile » (préposé aux bénéficiaires), offerte à la commission scolaire René-Lévesque.

Sur les 15 images restantes, le genre est impossible à déterminer, ou il s’agit d’un métier paritaire ou d’une formation qui ne mène pas vers un métier précis. Dans cette catégorie, on retrouve des personnes en train de souder avec un masque devant le visage, le programme « Lancement d’une entreprise » et la formation vente-conseil, un domaine où 54 % de femmes et 46 % d’hommes partagent le marché du travail en Gaspésie et aux Îles. Dans ce dernier cas, la commission scolaire René-Lévesque a choisi de montrer un homme qui vend une voiture.

Un travail à refaire

« On constate une tendance à aller vers les stéréotypes de sexe », dit la coordonnatrice de la Table de concertation des groupes de femmes de la Gaspésie et des Îles, Mireille Chartrand. « À l’époque de la Conférence régionale des élus [de 2003 à 2015], la Table travaillait avec les institutions scolaires. On avait fait de belles avancées. Je ne veux pas jeter la pierre aux commissions scolaires, elles ont vécu de grands changements. Mais depuis qu’on ne fait plus ce travail, on est peut-être retournés un peu dans les anciennes habitudes. »

Les stéréotypes utilisés pour illustrer les différents métiers ont un effet, juge Mme Chartrand. « Ça fait partie de l’imaginaire collectif. On maintient l’idée que le monde doit être ainsi. »

Au contraire, montrer des modèles a le pouvoir de changer les choses, poursuit Mme Chartrand. « Des filles nous ont dit, à plein d’occasions, qu’elles se sont inscrites dans tel domaine parce qu’elles avaient vu une femme le faire. Comment peut-on se représenter si on ne peut pas se reconnaître? » Ainsi, les photos où le sexe est indéterminé (soudeuses ou soudeurs casqués) ont sans doute moins d’effet, croit la coordonnatrice.

Du progrès à venir?

Les photos présentées sur le site web ne traduisent pas la volonté de la commission scolaire, réagit Marjorie McRae, conseillère en communication à Eastern Shores. « On invite toujours les hommes et les femmes à s’inscrire à nos formations, même si historiquement, il y a plus de femmes ou plus d’hommes. »

« Le site web est vieux. Il n’y a pas eu de mise à jour depuis au moins cinq ans », dit Mme McRae. Plus récemment, Eastern Shores a publié des témoignages vidéo, indique-t-elle. On y voit une étudiante en charpenterie qui lance aux filles « N’ayez pas peur ». Même scénario pour le programme assistance en établissements de santé : un étudiant parle de sa passion pour ce métier. « C’est là où on veut aller », indique Mme McRae.

La commission scolaire René-Lévesque présente des photos de ses propres élèves pour illustrer ses formations, explique Christine Lepage, directrice des services éducatifs de  la formation professionnelle. Et la réalité est qu’en « électricité, il n’y a pas souvent de filles inscrites », dit-elle.

Pourtant, la commission scolaire est « vraiment » préoccupée d’ouvrir ses formations à tous les genres, dit Mme Lepage. L’organisation a fait la tournée des écoles secondaires pour présenter les métiers traditionnellement masculins à l’ensemble des élèves. « À l’automne, on va cibler cinq filles pour explorer les milieux de travail et nos centres de formation professionnelle », rapporte-t-elle. De même, « on favorise autant les hommes dans des métiers féminins ».

À la commission scolaire des Chic-Chocs, « nous ne choisissons pas nos images en fonction du sexe mais en fonction de la composition de nos groupes », indique la conseillère en communication Marie-Noëlle Dion. La commission scolaire développe des mesures pour faciliter l’accès des femmes aux métiers traditionnellement masculins, ajoute-t-elle.

Cégep : de la « vraie » diversité

Le Cégep de la Gaspésie et des Îles, qui dispense 18 diplômes techniques, présente des photos moins stéréotypées que les commissions scolaires de la région.

En mécanique marine, un étudiant et une étudiante partagent  l’écran, tout comme en maintenance industrielle. Sur la photo des soins infirmiers, on voit un homme aux côtés de deux femmes et d’une enseignante.

GRAFFICI a demandé au Cégep comment il s’y prenait. « Quand on a besoin de photos pour un programme, c’est important pour nous d’avoir de vrais étudiants. On demande qui se porte volontaire. On essaie de montrer la variété : des gars, des filles, des étudiants internationaux », explique Julie Lépine, conseillère en communication.

Récemment, le Cégep a renouvelé sa banque d’images pour le programme tourisme d’aventure. « On avait deux étudiants et une étudiante. On a pris des photos d’eux en camping. Sur la première photo choisie, la fille faisait à manger. On a dit non, pas celle-là. On fait attention de ne pas reproduire des clichés. Cette sensibilité montre les valeurs du Cégep », indique Mme Lépine.

-30-

 

Envoyer un commentaire

Votre commentaire pourrait être modéré ou retiré s'il ne respecte pas notre politique de publication.