Marjorie Raymond : l'école s'est bien relevée de la crise

Par Johanne Fournier, journaliste, graffici.ca
Selon Michel Morin de la Commission scolaire des Chic-Chocs ainsi qu'Isabelle Landry et Thierry Wertz de l'école Gabriel-Le Courtois, la vie a repris son cours normal dans l'établissement que fréquentait Marjorie Raymond.

Selon Michel Morin de la Commission scolaire des Chic-Chocs ainsi qu'Isabelle Landry et Thierry Wertz de l'école Gabriel-Le Courtois, la vie a repris son cours normal dans l'établissement que fréquentait Marjorie Raymond. Photo : Johanne Fournier

Un an après le suicide d'une de leurs élèves, Marjorie Raymond, la direction de l'école Gabriel-Le Courtois de Sainte-Anne-des-Monts et la Commission scolaire des Chic-Chocs estiment avoir passé à travers cette crise sans précédent.

«Le travail autour du deuil n'est jamais évident, admet le psychologue de l'école, Thierry Wertz. Ici, on l'a individualisé pour répondre aux besoins des élèves. L'école s'est bien relevée de cette crise.»

Maintenant, la directrice de l'école souhaite que l'image de son école puisse changer. «Le fait qu'on associe l'intimidation à Sainte-Anne-des-Monts ne reflète pas l'image de l'école ici, soutient Isabelle Landry. On vit de belles choses. C'est une belle école, solidaire et dynamique. De l'intimidation et de l'homophobie, il n'y en a pas plus ici qu'ailleurs.»

Isabelle Landry succède à Line Miville, qui était directrice de l'école Gabriel-Le Courtois au moment de la crise. Celle-ci, qui avait refusé toute apparition publique pendant les cinq mois qui ont suivi le triste événement, occupe maintenant le poste de directrice des services éducatifs à la Commission scolaire des Chic-Chocs.

Selon le psychologue, le retour à la normale s'est effectué dans les mois qui ont suivi. Il estime que, déjà en avril, soit cinq mois après le drame, la vie avait repris son cours. «Les jeunes sont plus sensibilisés à la cause de l'intimidation et au danger du suicide, constate M. Wertz. On veut leur faire comprendre que le suicide, ce n'est pas une solution.»

Augmentation des demandes d'aide

Dans les semaines qui ont suivi la tragédie, il y a eu une recrudescence des demandes d'aide par les élèves. Deux travailleurs sociaux du Centre de santé et de services sociaux de la Haute-Gaspésie avaient été dépêchés, pendant cette période, pour venir en renfort à l'équipe d'intervenants de l'école Gabriel-Le Courtois.

Du côté de la Direction de la protection de la jeunesse Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, la directrice, Linda Keating, confirme une augmentation de 50% des signalements en Haute-Gaspésie dans les semaines qui ont suivi le drame du 28 novembre 2011.

Des amies témoignent

Une élève de 5e secondaire de l'école constate qu'il y a moins d'intimidation à l'école. «Les choses ont changé, croit Arianne Fournier. Il y a plus d'aide et de ressources pour aider les jeunes. Mais il y en a encore qui se font intimider à cause de leur homosexualité. Ils se font traiter de "fifs".»

Une autre élève, dont l'identité est préservée à la demande de sa mère, n'a pas tout à fait le même point de vue. «Le monde essaiera de faire passer l'école comme la parfaite, de dire qu'il n'y a plus d'intimidation, mais moi, je vous dis qu'il y en a encore, déclare Jessica. Le monde ne se rentrera pas dans la tête que l'intimidation, ça fait mal. On s'en fout. En tout cas, ce n'est pas parce qu'une personne sourit que, nécessairement, ça va bien dans sa vie. Marjo souriait souvent, même toujours. Pourtant, sa vie était loin d'être rose.»

Pas d'activité de commémoration

Les représentants de l'école réitère qu'ils ne prévoient pas organiser une activité spéciale à la mémoire de la disparue. «Pour l'instant, on n'a pas reçu de demande formelle des élèves, souligne Thierry Wertz. On va rester attentifs à leurs besoins et demandes.»

Arianne Fournier a un sentiment partagé par rapport à l'absence d'activité de commémoration du décès de son amie Marjorie. «Je crois que c'est bien, d'un certain côté, vu qu'à un moment donné, ça bouleversait bien des gens, laisse tomber celle qui se dit déboussolée à l'approche de ce triste anniversaire. Mais, d'un autre côté, c'était quand même une élève de l'école et plusieurs n'ont pas la chance de faire quelque chose pour elle.»

Jessica, qui côtoyait souvent la jeune disparue, est moins nuancée. «Je trouve ça terrible, commente-t-elle. La plupart de ses amies ne réalisent même pas qu'elle est partie. Donc, je crois que commémorer sa mémoire serait juste un signe de respect. J'ai tourné la page, mais je pense encore à elle. Marjorie n'aurait jamais dû se suicider à cause de l'intimidation. Elle ne méritait pas ça.»

Autres points de vue concernant la commémoration du drame

«Si on doit faire quelque chose pour souligner l'anniversaire de son décès, il ne faut pas parler d'elle, mais de l'intimidation», croit la mairesse de l'endroit, Micheline Pelletier, tout en prenant soin de rappeler que le rapport du coroner entourant le décès de Marjorie Raymond a relevé plusieurs autres facteurs aggravants. On en fait encore la victime de Sainte-Anne-des-Monts. Ça a fini par ostraciser toute une population!»

De son côté, la grand-mère de Marjorie Raymond vivra ce triste anniversaire dans l'ombre. «Je désire vivre ça en retrait, laisse tomber Ginette Hétu. Je continue à penser à ma puce en silence.» Même si elle ne se dit pas contre la Fondation Jasmin Roy qui organisera, mercredi, un spectacle-bénéfice à Montréal à la mémoire de sa petite-fille, elle ne compte pas y assister.

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