Lixiviat : le ministère de l’Environnement averti par le public?

Par Geneviève Gélinas, journaliste, graffici.ca
Gaspé souhaite améliorer le système de traitement du lixiviat de son dépotoir.

Gaspé souhaite améliorer le système de traitement du lixiviat de son dépotoir. Photo : Geneviève Gélinas

C’est par une plainte du public que les autorités du ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs (MDDEP) disent avoir appris le déversement dans le golfe de lixiviat en provenance du dépotoir de Gaspé.

Du 3 au 5 avril, 1600 m³ de lixiviat (80 camions-citernes)  ont été rejetés dans le golfe du Saint-Laurent. La municipalité invoque une situation d’urgence causée par la fonte rapide des neiges. Le bassin d’accumulation menaçait de s’éventrer.

La Ville a demandé l’autorisation du MDDEP pour le déversement et ne l’a pas obtenue, a affirmé mercredi le maire François Roussy.

Le porte-parole du ministère, André Beaulieu, rapporte plutôt que «le 3 avril, on a reçu une plainte via Urgence-Environnement pour un déversement de lixiviat dans le système d’égout de Rivière-au-Renard [qui mène à la mer]». Il n’y avait eu aucun contact préalable à ce sujet avec Gaspé, assure-t-il.

Solutions de rechange

La municipalité aurait appelé les fonctionnaires du MDDEP seulement le lendemain, 4 avril. «On a travaillé avec eux à trouver des solutions, affirme M. Beaulieu, comme de stocker le lixiviat dans des réservoirs, ou de le remettre dans des cellules [des fosses à déchets] déjà comblées, pour gagner du temps.»

À la municipalité, on maintient que le directeur des travaux publics avait communiqué avec le ministère «plusieurs jours» avant le déversement, et que cette solution était «l’unique recours».

Deux jours plus tard…

Il a fallu attendre le 5 avril pour que des inspecteurs du MDDEP soient dépêchés à Rivière-au-Renard et au dépotoir de Gaspé, où ils ont constaté le déversement. Ils ont prélevé des échantillons du lixiviat. Le déversement a cessé ce jour-là.

Le MDDEP analyse ses échantillons pour déterminer si le lixiviat contenait des matières non conformes aux normes de rejet ou en concentration trop élevée. À la Ville, on affirme que seul l’azote ammoniacal (NH₄+) n’était pas conforme, avec une concentration trois fois plus élevée que la norme.

Des milliers de mètres cubes en 2010

À la suite des fortes pluies de décembre 2010, 6000 m³ (l’équivalent de 300 camions-citernes) de lixiviat non traité ont été déversés dans la rivière à saumon York, selon un rapport fourni au MDDEP par Gaspé à l’époque. Aujourd’hui, Gaspé évoque plutôt le chiffre de «2000 à 3000 m³». «C’est ce que nous dit notre personnel», affirme Daniel Côté, de la municipalité.

En 2010, Gaspé avait demandé et obtenu l’autorisation du MDDEP de déverser le lixiviat dans la rivière York. «C’était des conditions extrêmes pour les précipitations», justifie M. Beaulieu.

Depuis un an et demi, le MDDEP et la municipalité discutent du problème de surplus de lixiviat. «Quand on parle d’urgence, on a eu le temps de voir venir», affirme M. Beaulieu.

2 commentaires

Patricia Chartier a écrit le 16 avril 2012

Toute cette histoire est hautement déplorable. Avez-vous vu, entendu parlé du budget alloué au ministère de l'environnement ? Non ? Normal, il est réduit à peau de chagrin. Le gouvernement donne de plus en plus de responsabilités aux villes sans leur donner les ressources pour les assumer. À quand des élus municipaux qui dénonceront cette situation ? Le pire c'est qu'au train où on va, on a pas fini de voir des situations extrêmes ... Vraiment désolant.

Jean-François Tapp a écrit le 16 avril 2012

Il nous faudrait peut-être des terres déjà pourries par les mines pour absorber tout ça à l'avenir...mais où en trouver? Ah tiens... on pourrait voir avec le Plan-Nord!!

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