Développement économique et exportation

Les producteurs gaspésiens flirtent avec les restaurateurs

Par Antoine Rivard-Déziel, journaliste, graffici.ca
Une quarantaine de producteurs et de restaurateurs ont participé à un colloque lundi et mardi à Carleton-sur-Mer.

Une quarantaine de producteurs et de restaurateurs ont participé à un colloque lundi et mardi à Carleton-sur-Mer. Photo : Antoine Rivard-Déziel

Les restaurateurs de la région pourraient utiliser davantage les produits bioalimentaires de la Gaspésie, estiment l’Association Gaspésie Gourmande et le créneau ACCORD en récréotourisme. 

Tomates, champignons, bières, patates, viande d’agneau et de yak : les produits locaux sont nombreux en Gaspésie. Pourtant, ces derniers se retrouvent très peu sur les menus des restaurateurs de la région, du moins pas suffisamment aux yeux de Gaspésie Gourmande et du créneau ACCORD en récréotourisme.

Ils ont donc décidé de réunir une quarantaine de producteurs et de restaurateurs de la région à l’occasion d’un colloque qui s'est terminé mardi à Carleton-sur-Mer. «L’idée est créer une occasion de partager. Actuellement, il y a un manque de communication entre ces deux milieux», déclare le directeur de Gaspésie Gourmande, Éric Caron.

Si les produits gaspésiens se retrouvent peu dans les assiettes des restaurants de la région, ce n’est pas parce que les entrepreneurs manquent de volonté, poursuit M. Caron, mais plutôt en raison des conditions actuelles de l’industrie.

«D’un côté, il y a des producteurs qui sont dans les champs en train de cultiver. De l’autre, il y a des restaurateurs occupés à faire rouler leur commerce et qui manquent de temps pour aller à la rencontre des producteurs», explique M. Caron.

Les défis sont nombreux

Élise Lepage, de l’entreprise Les Framboisiers C. Lepage située à Sainte-Anne-des-des-Monts, admet qu’il est difficile de percer le marché de la restauration.

Cette dernière vend quelques produits à des restaurants de la Haute-Gaspésie, mais soutient que les écueils sont nombreux.

«C’est aussi une question de distribution. Les restaurateurs, et je les comprends, sont habitués de commander leurs produits à un seul distributeur. Ce serait compliqué pour eux de faire affaire avec des dizaines de producteurs pour monter leur menu. C’est le temps qui manque», dit-elle, avant d’ajouter qu’il s’agit également d’une question de culture. «Même si le prix des produits locaux est parfois plus élevé, je crois que c’est dans l’intérêt des restaurateurs d’en avoir sur leur menu. C’est un plus pour leur clientèle», pense-t-elle.  

L’approvisionnement peut aussi repousser les restaurateurs à faire appel aux produits locaux. Pour fidéliser leur clientèle, les propriétaires de restaurants préfèrent souvent offrir une stabilité dans leur menu, alors que certains producteurs peuvent avoir de la difficulté à les approvisionner de façon constante tout au long de l’année.

«La compétition est féroce», mentionne Pierre Bourdages, de la Ferme Bourdages à St-Siméon. «L’approvisionnement peut poser problème. De mon côté, je vends déjà beaucoup de produits à la boutique et à la ferme. Mais c’est aussi un enjeu de prix. Il faut arriver avec des produits compétitifs qui répondent aux besoins du milieu de la restauration», souligne-t-il.

Le format d’une confiture vendu en épicerie, donne en exemple M. Bourdages, ne correspond pas aux attentes des restaurants. «Il faut être à l’écoute des restaurateurs et s’adapter», dit-il.

Actuellement, le marché de la restauration représente 5% de son chiffre d’affaires.

Une occasion à saisir

Rolando Segura a récemment ouvert un restaurant à Port-Daniel. Selon lui, les restaurateurs de la région n’utilisent pas suffisamment les produits locaux. «Je m’inclus là-dedans, mais c’est certain que le potentiel n’est pas assez exploité. À Montréal, les gens se battent pour avoir une table dans les grands restaurants qui cuisinent avec les produits du terroir. C’est la mode et la Gaspésie doit en profiter», souligne-t-il.

Jusqu’à présent, M. Segura fait appel à des fournisseurs locaux pour acheter des tomates et des champignons. «J’entame ma deuxième année et j’ai la ferme intention de faire davantage appel au marché local. Selon moi, c’est une question de développement régional», promet-il, demandant cependant aux producteurs locaux de faire preuve de patience.

«Comme restaurateur, je n’ai pas de problème à acheter des produits locaux et originaux. La difficulté est de les faire sortir. Les restaurants doivent convaincre leurs clients qu’il est intéressant de consommer des aliments produits dans leur cour. C’est un processus qui est long et qui se fait en étape», dit-il.

5 commentaires

José A. a écrit le 20 mars 2013

Absolument d'accord avec Jean François Samuel quand il dit que les 'touriste "de masse" trouvent toujours tout trop cher" et j'ajoute que beaucoup de 'touristes locaux' trouvent tout très cher parce que ils font comparaison justement avec les Tim Horton's et les Mcdo ! La nourriture est un des éléments d'identité le plus ancrés dans la tradition papillaire et c'est justement ce qu'on fait ces entreprises avec les millions investis en publicité pour faire intégrer la «malbouffe» à la limite d'une composante identitaire !!! PS: C'est l’extrême je note une adresse de Gaspésie «jafsc@navigue.com» et le système de Graffici me demande "Vous devez indiquer une adresse de courriel valide" Vive l'entrepreneuriat local !!! La route est longue mais avec patience le dialogue «producteur - restaurateur - client» devrait prendre une harmonie. Ceci au bénéfice d'une merveilleuse terre gaspesienne et ses magnifiques habitants.

José A. a écrit le 20 mars 2013

Absolument d'accord avec Jean François Samuel quand il dit que les 'touriste "de masse" trouvent toujours tout trop cher" et j'ajoute que beaucoup de 'touristes locaux' trouvent tout très cher parce que ils font comparaison justement avec les Tim Horton's et les Mcdo ! La nourriture est un des éléments d'identité le plus ancrés dans la tradition papillaire et c'est justement ce qu'on fait ces entreprises avec les millions investis en publicité pour faire intégrer la «malbouffe» à la limite d'une composante identitaire !!! PS: C'est l’extrême je note une adresse de Gaspésie «jafsc@navigue.com» et le système de Graffici me demande "Vous devez indiquer une adresse de courriel valide" Vive l'entrepreneuriat local !!! La route est longue mais avec patience le dialogue «producteur - restaurateur - client» devrait prendre une harmonie. Ceci au bénéfice d'une merveilleuse terre gaspesienne et ses magnifiques habitants.

Rolando S. a écrit le 20 mars 2013

Je voudrais simplement spécifier que mon approvisionnement n'a pas été régulier, dû à de nombreux facteurs qui seraient trop long à expliquer ici. Cependant, je continue de croire qu'il est essentiel que les locaux apprécient les efforts réalisés pour offrir des produits régionaux, en encourageant les commerçants (et donc les producteurs, par ricochet) qui les offrent!

jean-francois samuel a écrit le 20 mars 2013

Il ne faut pas que les restaurateurs Gaspésiens manquent le bateau. Les touristes "épicuriens" qui vont visiter la Gaspésie vont s'attendre à ce que les produits de saison soient locaux dans la mesure du possible. Je n'inclus pas ici le touriste "de masse" qui trouvent toujours tout trop cher et qui compare sa semaine en Gaspésie avec sa semaine dans un tout compris à Cuba pour 800$, pour celui là l'offre de Tim Horton's et de Mcdo s'est grandement amélioré ces dernières années tout le tour de la péninsule.

jean-francois samuel a écrit le 20 mars 2013

Il ne faut pas que les restaurateurs Gaspésiens manquent le bateau. Les touristes "épicuriens" qui vont visiter la Gaspésie vont s'attendre à ce que les produits de saison soient locaux dans la mesure du possible. Je n'inclus pas ici le touriste "de masse" qui trouvent toujours tout trop cher et qui compare sa semaine en Gaspésie avec sa semaine dans un tout compris à Cuba pour 800$, pour celui là l'offre de Tim Horton's et de Mcdo s'est grandement amélioré ces dernières années tout le tour de la péninsule.

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