Les dollars éoliens : pour qui ?

Par Geneviève Gélinas, journaliste, graffici.ca
La plupart des parcs, comme celui de Cartier Énergie Éolienne à L’Anse-à-Valleau, appartiennent au privé. Seuls 23 MW obéiront au modèle communautaire, sur les 979 MW installés en Gaspésie d’ici 2013.

La plupart des parcs, comme celui de Cartier Énergie Éolienne à L’Anse-à-Valleau, appartiennent au privé. Seuls 23 MW obéiront au modèle communautaire, sur les 979 MW installés en Gaspésie d’ici 2013. Photo : Maïté Samuel-Leduc

Les collectivités gaspésienne et québécoise empocheront 51 159 $ par an pour chaque mégawatt (MW) du parc communautaire qui sera installé sur les Plateaux de la Matapédia en 2013. C’est sept fois plus que pour le parc voisin, à propriété entièrement privée. C’est 17 fois plus que pour les parcs gaspésiens de Cartier Énergie Éolienne et Northland Power, issus du premier appel d’offres. Et c’est 40 fois plus que pour les parcs de Murdochville. La Gaspésie a-t-elle raté une occasion de s’enrichir avec l’éolien?

GRAFFICI a compilé les loyers, redevances et bénéfices perçus par les municipalités et le gouvernement du Québec (voir tableau) pour les parcs gaspésiens. Constat : depuis les projets de Murdochville, considérés comme «l’école» de l’éolien en Gaspésie, les revenus perçus par le milieu ont grimpé en flèche. Et le modèle communautaire, appliqué sur le tard, est de très loin le plus payant pour les citoyens.

À Murdochville, la municipalité ne reçoit pas un sou en redevances pour les parcs mis en service en 2004 et 2005. Le propriétaire, Florida Light & Power, paie seulement un loyer de 1241 $ par MW par an au gouvernement du Québec.

 


Cartier Énergie Éolienne et Northland Power, gagnants du premier appel d’offres, paient un loyer plus substantiel. Et surtout, ils versent des redevances aux municipalités du territoire du parc, ce qui fait augmenter le chèque total perçu à 3070 $ du MW.

Pour les parcs issus du deuxième appel d’offres, les collectivités québécoise et gaspésiennes empocheront 7400 $ du MW, puisque le loyer des promoteurs a triplé, pendant que les maires négociaient près du double de redevances.


Mais c’est l’adoption d’un modèle communautaire qui fera exploser les revenus du milieu. Les municipalités de la région, en partie propriétaires du futur parc communautaire Le Plateau (23 MW), prévoient empocher des profits de 43 478 $ du MW, auxquels s’ajoutent les redevances et le loyer.

Comment ça marche?

Trente-cinq municipalités, réunies au sein de la Régie intermunicipale de l’énergie Gaspésie-les-Îles, emprunteront 40% du capital du parc communautaire. Elles se partageront la même proportion des profits, soit 1 million $ par an, selon les prévisions. Grâce à ce modèle, «les municipalités font des affaires en éolien, alors que traditionnellement, elles recevaient passivement des taxes et des redevances», explique Joël Arseneau, président de la Régie et maire des Îles-de-la-Madeleine.

Toutes les municipalités de la région, même sans éolienne chez eux, peuvent en profiter, souligne le maire Arseneau. Les Madelinots ne verront pas l’ombre du bout d’une pale du parc communautaire, construit à des centaines de kilomètres des Îles. Toutefois, leur municipalité empochera 184 400 $ de bénéfices par an. «Ça ne bouleversera pas nos finances municipales – notre budget global est de 23 millions $ -- mais c’est un apport intéressant, qu’on envisage de mettre dans un fonds dédié à l’environnement», indique M. Arseneau.

Une occasion ratée?

Seuls 23 MW obéiront au modèle communautaire, sur les 979 MW installés en Gaspésie d’ici 2013. «Je me dis qu’on a peut-être raté l’occasion de faire autrement», lance Gilbert Scantland, directeur de la Conférence régionale des élus. À qui la faute? «Hydro-Québec a proposé un modèle d’affaires compétitif, auquel les municipalités pouvaient difficilement participer, croit M. Scantland. Avec la maturité, on espère que le gouvernement va renforcer l’approche communautaire.» Joël Arseneau met un bémol : «ll faut être réaliste sur la capacité des municipalités à s’investir et à cautionner des emprunts. Il y a une place pour le privé, et une place pour le collectif.»

Les promoteurs éoliens restent, disons, plutôt froids. «On a embarqué dans les règles du jeu, mais [des parcs communautaires], ce n’est pas le naturel pour des gens comme nous», affirme Frits de Kiewit, directeur au développement des affaires d’Invenergy Canada, la firme associée aux municipalités pour le parc communautaire Le Plateau.  Les projets éoliens sont risqués, et l’entreprise privée est mieux armée que les municipalités pour y faire face, avertit M. de Kiewit. Faux, croit M. Scantland : une fois le contrat en poche, il n’y aurait «presque plus» de risques.

Plus cher pour l’électricité

Quant à Luc Leblanc, directeur des affaires publiques chez Cartier Énergie Éolienne, il souligne qu’Hydro-Québec paiera plus cher l’électricité des parcs communautaires. «Localement, on reçoit plus de revenus, mais collectivement, comme Québécois, on paie plus», dit-il. La société d’État paie en moyenne 6,5 ¢ du kilowatt/heure pour l’énergie commandée lors du premier appel d’offres éolien, et 8,7 ¢ pour le deuxième. Quant aux parcs communautaires, leur électricité sera vendue à 11,3 ¢.

C’est le gouvernement du Québec qui fixe, par décret, les conditions des appels d’offres d’Hydro-Québec, et qui décide, ou pas, de favoriser le modèle communautaire. Le ministre des Ressources naturelles, Clément Gignac, n’a pas trouvé le temps d’accorder une entrevue à GRAFFICI.CA.

Vous voulez en savoir plus? Consultez l’intégral du dossier publié dans le journal  GRAFFICI du mois de janvier 2012 en cliquant ici.

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1 commentaire

Michel Lambert a écrit le 29 décembre 2011

Bonjour, À mon sens, cet article de fond est plus intéressant et pertinent que ceux publiés dans le journal "papier" de janvier 2012. Bravo pour votre recherche !

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