Hydrocarbures en mer : trop de lacunes, estiment des Gaspésiens

Par Geneviève Gélinas, journaliste, graffici.ca
Certains citoyens estiment que les risques d'un éventuel développement des hydrocarbures sur la pêche et le tourisme devraient être mis dans la balance.

Certains citoyens estiment que les risques d'un éventuel développement des hydrocarbures sur la pêche et le tourisme devraient être mis dans la balance. Photo : Geneviève Gélinas

Les lacunes dans les lois et les connaissances sont trop importantes pour songer à aller de l’avant dans la mise en valeur des hydrocarbures dans le Golfe. C’est le message lancé par les participants aux consultations d’hier à Gaspé.

Les consultations visaient à enrichir le contenu de l’évaluation environnementale stratégique commandée à la firme Genivar par le gouvernement du Québec.

Laurent Juneau s’est présenté vêtu d’un T-shirt à l’image de ses craintes. «Non à une marée noire dans le Saint-Laurent», y était-il inscrit. «Le Golfe, c’est un seul écosystème, une mer semi-fermée. S’il arrive une catastrophe, ça refoule partout sur les côtes, et dans l’estuaire», souligne-t-il.

Les emplois dans la pêche et le tourisme doivent être considérés, croit Marie-Claude Trudel. «Dans 20 ou 30 ans, la plate-forme sera peut-être fermée, mais on aura risqué de perdre des emplois plus durables.»

Gilbert Scantland, directeur de la Conférence régionale des élus,  juge «embêtant» de s’opposer à l’exploitation du pétrole. «Ça va se faire à notre bénéfice, sinon ça se fera au bénéfice d’autres provinces.» Toutefois, le modèle actuel, qui «collectivise les risques et privatise les profits» est à revoir, dit-il.

Éric Boucher appelle les citoyens à croire en leur pouvoir. «Si les citoyens décident qu’ils ne veulent pas d’exploitation, les gouvernements devront inévitablement en tenir compte», a-t-il lancé.  

Critiques sur la forme

L’acquisition par Genivar d’une firme de conception d’installations pétrolières les place en conflit d’intérêts, selon M. Juneau. «On l’a appris en même temps que vous, a répondu Christian Couette, de Genivar. C’est une petite entreprise qui fait de l’entretien dans les sables bitumineux. Ce n’est même pas en mer.»

Les citoyens se sont plaints d’avoir manqué de temps pour éplucher la brique de près de 700 pages du rapport, rendu public seulement le 3 octobre. Le mandat de Genivar ne couvre ni Old Harry (projet de forage à 80 km des Îles-de-la-Madeleine), ni la pertinence d’exploiter ou non les hydrocarbures, ont dénoncé certains.

Déjà des changements

La zone dite «de faible sensibilité», une portion de 57 % du Golfe où Genivar recommandait d’aller de l’avant dans son rapport préliminaire, pourrait fondre comme neige au soleil à la suite des commentaires reçus.

Les zones côtières d’une profondeur de 0 à 20 mètres seront automatiquement qualifiées de «forte sensibilité». Presque toute la Baie-des-Chaleurs et le pourtour des Îles-de-la-Madeleine vont acquérir ce statut, tout comme l’ensemble des zones d’importance écologique et biologique. Les secteurs d’intérêt touristique, où sont organisées des excursions en mer, seront aussi considérés.  


La présentation de Genivar hier mentionnait d’éventuelles redevances régionales, une notion absente du rapport préliminaire.

M. Couette, de Genivar en a rajouté sur l’insuffisance des systèmes en place pour intervenir en cas de déversement. «Les systèmes actuels sont faits pour traiter des accidents de la navigation de 15 000 tonnes maximum.» Le forage de BP dans le Golfe du Mexique en a laissé échapper 700 000 tonnes, a-t-il ajouté.

Les consultations se poursuivent ce soir à Chandler, le 3 novembre à Bonaventure et le 8 novembre aux Îles-de-la-Madeleine.

2 commentaires

Génie Vorace a écrit le 3 novembre 2011

Je suis indigné. Profondément. J’ai assisté ce soir (3 novembre 2011)à Bonaventure à une séance de partage d’information, offerte par Genivar, dans le cadre d’une étude de préfaisabilité sur l’exploitation extracôtière d’hydrocarbures dans le golfe du St-Laurent. C’était une pantalonnade, une bouffonnerie indescriptible. On nous a servi des salades avec la même vieille sauce. La population était relativement peu nombreuse, mais de belle qualité… et chauffée à bloc. J’ai rarement vu des baragouineurs se faire remballer leur show de bébelles aussi vite. Oh! Ils étaient payés pour prendre les claques à la place de leur employeur, mais tout de même. Ils nous ont filmés, noté nos noms et nos arguments. Si c’est ce en quoi consistait le mandat, il est accompli. Ils ont un peu tenté de nous rassurer en nous disant : ça ne sera pas dans votre cour, mais dans celle de vos voisins. Puis l’indignation citoyenne a pris le relais, et c’était beau de voir ça enfin. Il faut que les ogres soient très grossiers pour justifier une telle virulence. L’urgence de défendre notre pays était palpable, et la censure polie des habitudes était restée à la maison. Les poings serrés et les mâchoires crispées étaient la norme. Les bouches-à-l ‘heure avaient l’air résigné de ceux qui attendent que ça passe. Pas grand-chose de nouveau n’est sorti de cette bouillie. Ça s’est terminé sans un merci, et personne n’a applaudi les jongleurs du cirque.Il parait qu’ils vont revenir quand le show va être mieux rodé, et bien graissé. Ça va faire salle comble.

Genie Vorace a écrit le 2 novembre 2011

Genivar est une entreprise privée qui va dire au gouvernement de quelle facon nous vendre collectivement au privé. Et on voudrait qu'on collabore! On ne peut pas discuter de la pertinence du projet, mais on voudrait bien connaitre les éventuels opposants et leurs arguments. Ca devient une habitude, avec ce gouvernement, de devoir se mobiliser pour empêcher l'irréparable de se commettre. LE GOLFE EST UN SEUL ÉCOSYSTÈME! Ne laissez pas les vendeurs de tapis vous convaincre du contraire. Genivar a accouché d'un document de 700 pages résumé en environ 95. J'en ai fait la lecture et je vous laisse méditer sur un phrase que j'y ai trouvée, et qui résume plutot bien le parti pris peu subtil : ...Les incidences sociales négatives apparaissent, pour leur part, assez négligeables comparativement aux effets globalement positifs sur l’amélioration des conditions socioéconomiques. Les mesures de gestion à envisager touchent principalement la maximisation des retombées économiques... C'est certain qu'en partant d'une prémisse comme celle-là, on se doute un peu de ce que le résultat sera...

Envoyer un commentaire

Votre commentaire pourrait être modéré ou retiré s'il ne respecte pas notre politique de publication.