Hydro-Québec rase les abords d’un ruisseau à New Richmond

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Léopold Audet et Raynald Murphy ont présenté les ravages commandés par Hydro-Québec sur la terre de M. Audet.

Léopold Audet et Raynald Murphy ont présenté les ravages commandés par Hydro-Québec sur la terre de M. Audet. Photo : Gilles Gagné

Y a-t-il un règlement pour Hydro-Québec et un règlement pour le reste de la population quant à la protection des cours d’eau? C’est la question que se posent Raynald Murphy et Léopold Audet, de New Richmond.

La société publique a demandé à l’un de ses sous-traitants de raser complètement les abords d’un ruisseau situé à New Richmond, il y a quelques jours. Pas une seule plante de plus de cinq centimètres ne semble avoir résisté à l’assaut de l’entrepreneur forestier. Il ne reste aucun arbre, même de très faible taille, pour protéger les abords du ruisseau.

Réglementation

Léopold Audet et Raynald Murphy, propriétaires de lots boisés du 3e rang est à New Richmond, croient qu’Hydro-Québec a contrevenu aux règles élémentaires de protection des cours d’eau. M. Audet détient le terrain sur lequel passe le ruisseau, situé sous des lignes de transport et de raccordement d’électricité. C’est l’ajout d’une ligne de raccordement qui a nécessité des travaux de déboisement.

Les deux hommes sont au cœur d’un litige avec la société publique en rapport avec ce déboisement, parce qu’ils ont reçu des propositions d’indemnisation pour le passage de cette ligne jugées nettement insuffisantes.

Il s’agit de 2 000 $ dans le cas de M. Audet et de 1 500 $ pour M. Murphy. Ils ont refusé d’encaisser les chèques acheminés par Hydro-Québec, qui détient depuis le 4 juillet un jugement lui conférant une servitude sur les terres de deux hommes.

C’est un avis d’expropriation même si les terres ne changent pas de propriétaires. «Je trouve  ça triste, énormément», dit M. Audet, en regardant les abords ravagés du ruisseau, à peine visible au milieu des branches et des cimes d’arbres déchiquetés. Il croit, comme son voisin, que le coup de force d’Hydro-Québec «est une façon de nous faire plier» pour accepter les indemnisations.

Ce qui saisit Léopold Audet, c’est le recul en matière de normes environnementales caractérisant les pratiques d’Hydro-Québec en 1986 et celles en vigueur maintenant. Il a conservé tous les documents liés à ses relations avec cette société publique depuis qu’il possède des lots boisés. «En 1986, ils laissaient des bandes de protections de 100 pieds de chaque côté du ruisseau et ils m’autorisaient à laisser debout les arbres de 30 pieds et moins», précise-t-il.

Raynald Murphy souligne qu’après un premier passage de l’entrepreneur forestier, «il y avait des épinettes de deux pieds encore debout. Hydro-Québec est venu mettre des rubans rouges et l’entrepreneur a tout coupé. Ça frise la folie».

«Écosystème endommagé»

Bob Eichenberger, d’Environnement vert-plus, est technicien en écologie et il exploite des lots à bois. En regardant le «chantier» commandé par Hydro-Québec, il secouait la tête, vendredi passé. «Ça va contre tous les principes d’éco-foresterie. C’est un écosystème endommagé. Ce qui saute aux yeux, c’est qu’il y a une modification de la structure du fonctionnement des sols. Il n’y a plus rien pour retenir les sédiments transportés par les écoulements de pluie. Il y aura des sédiments qui vont couler dans le ruisseau. Il y aura réchauffement des sols, et de l’eau du ruisseau. C’est une cédrière. Le thuya est un arbre qui peut mettre 300 ans à pousser», dit-il, en regardant des souches de grands arbres.


Raynald Murphy discute avec Bob Eichenberger des conséquences de la coupe totale réalisée par le sous-traitant d'Hydro-Québec, alors que le ruisseau est presque invisible sous les résidus de coupe.

Bilbo Cyr, président d’Environnement vert-plus, rappelle que cette ligne est bâtie pour raccorder le parc éolien Venterre, de TransAlta, «une compagnie privée qui fera des profits avec une ressource publique. Le vent souffle au-dessus de nos têtes sans que la population bénéficie de cette ressource. La ligne ici va servir à TransAlta. Collectivement, ça ne nous sert pas».

M. Cyr souhaite qu’Hydro-Québec reconnaisse sa faute, qu’elle indemnise MM. Audet et Murphy convenablement, et que le secteur soit végétalisé à nouveau. «À la crue au printemps, toute cette terre va se retrouver dans le ruisseau. C’est un cas de lessivage. Les sédiments vont se retrouver dans un autre ruisseau, puis dans la rivière [Petite] Cascapédia. N’importe qui faisant ça se ferait taper sur les doigts. La job a été faite pour intimider, décourager et faire un exemple», ajoute-t-il.

La candidate du Québec solidaire dans Bonaventure, Patricia Chartier était de la visite terrain de vendredi, en appui à MM. Murphy et Audet. Elle se propose de toucher cette question avec la direction régionale de l’Union des producteurs agricoles, lors d’une rencontre au cours des prochains jours. L’UPA et Hydro-Québec sont signataires d’une entente sur les indemnisations à verser en cas de servitude de ce type.

«Ce qui est inquiétant, c’est qu’Hydro-Québec pourrait continuer à procéder de la sorte, en développement éolien. Ici, il y a des journalistes pour couvrir le sujet et une population proche, mais imaginez dans le nord», dit-elle.

Léopold Audet et Raynald Murphy n’ont pas contesté le jugement d’expropriation accordé à Hydro-Québec. Ils ont toutefois porté leur cause devant le Tribunal administratif du Québec pour obtenir une meilleure indemnisation. La cause pourrait seulement être entendue dans plusieurs mois.

Raynald Murphy a perdu près de 450 arbres dans le déboisement. Menuisier se servant beaucoup du bois de ses terres, il évalue que la valeur de ce bois aurait pu atteindre 90 000 $, une fois transformé, dans 15 ans, le moment de maturité de sa plantation mise en terre il y a 27 ans. Il ne chiffre pas pour le moment le montant qu’il demandera comme indemnisation.

Léopold Audet demande 2 000 $ pour l’aménagement en janvier d’un stationnement pour machinerie lourde sur une partie de sa terre, sans permission, et 10 000 $ pour la perte de bois. Les arbres coupés sont empilés et laissés au propriétaire, mais la plupart des tiges n’étaient pas matures.

Ministère

François Fortin, du ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs, a indiqué au GRAFFICI.CA qu’une représentante du bureau régional se rendra à New Richmond afin d’évaluer le déboisement.

Au cours des prochains jours, M. Fortin fournira de plus amples renseignements sur les pratiques en vigueur en cas de passage de lignes au-dessus des cours d’eau. «S’il ne reste rien [comme végétation], ça semble exagéré [comme intervention]», dit-il en prenant connaissance de la description fournie par GRAFFICI.CA.

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2 commentaires

Jean-François Henry a écrit le 2 septembre 2012

Je trouve un peu ridicule que tous les médias semblent prendre une seule version de l'histoire, soit celle des dites viçtimes... Nulle part je ne vois une entrevue avec un responsable d'Hydro Québec... Il vous manque des informations, c'est trop facile de pendre quelqu un quand on as seulement LA version des victimes. Faites votre travail et allez rencontrer les gens d'Hydro-Québec afin de nous donner un autre son de cloche.?.

Raynald Murphy a écrit le 28 août 2012

Bonjour, Si, à la lecture de cet article, vous êtes intéressés de voir ce dégat, il me fera plaisir de vous accueillir : Samedi 1er septembre, 14 h 3e Rang Est, New Richmond 418-392-4089 (avant 20 heures ) Raynal Murphy

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