Agriculture, pêcheries et alimentation

Homard : pêche quasi-miraculeuse dans certaines zones

Par Geneviève Gélinas, journaliste, graffici.ca
Bas de vignette : Le 17 juin, Leroy Roberts quitte le quai de Grande-Grave avec 1050 livres de homard dans la boîte de sa camionnette.

Bas de vignette : Le 17 juin, Leroy Roberts quitte le quai de Grande-Grave avec 1050 livres de homard dans la boîte de sa camionnette. Photo : Geneviève Gélinas

GASPÉ – La pêche au homard est si bonne dans certaines zones que les pêcheurs eux-mêmes sont surpris. Ils ont du mal à croire que les mesures de conservation adoptées depuis 15 ans soient les seules responsables de cette hausse.

Le 17 juin, Leroy Roberts quitte le quai de Grande-Grave avec 1050 livres de homard dans la boîte de sa camionnette. Et ce n’est pas son record : la semaine précédente, il est revenu au quai avec près de 1700 livres de homard. M. Roberts prévoit terminer sa saison de dix semaines avec plus de 35 000 livres au compteur, soit sept fois les quantités pêchées dans les années 1990 dans sa zone, le sud du parc Forillon.

Le père de M. Roberts, Garth Guignion, rapporte qu’il y a 20 ans, ses prises annuelles avaient diminué à 5000 livres par saison. « Pour moi, la raison principale [de la hausse], c’est que les dragueurs sont partis. Le fond de la mer, c’est comme un jardin. Si tu passes dedans avec une herse, il ne restera plus grand-chose. » Le nombre de dragueurs de pétoncles est passé de sept à deux dans la baie de Gaspé, selon M. Roberts.

Moins d’effort de pêche

Un des trois permis du sud de Forillon a aussi été racheté en 2010; les deux pêcheurs restants ont choisi de ne pas augmenter leur nombre de casiers. Parcs Canada échantillonne le contenu des casiers avec les homardiers : entre 2008 et 2013, les prises par unité d’effort ont été multipliées par quatre, rapporte Daniel Sigouin, écologiste au parc Forillon. « On était possiblement face à une population à la limite de son taux d’exploitation. En réduisant l’effort de pêche d’un tiers, on a eu un meilleur succès de reproduction. »

De 2003 à 2013, 46 permis ont été rachetés en Gaspésie; il n’en reste que 169. La taille minimale au céphalothorax des homards capturables a été augmentée de 76 à 82 millimètres. Le nombre de casiers par pêcheur a diminué de 250 à 235.

Les changements climatiques?

Dans le secteur de L’Anse-à-Brillant (entre Gaspé et Percé), les prises sont en hausse de 30 % à 40 % par rapport à l’an dernier, rapporte Travis Henry. « Ça semble être lié aux mesures de conservation, mais ça ne peut pas être seulement la réduction de notre effort de pêche, croit le homardier. La biomasse bouge, et pour le mieux. Cette année, je capture même quand la mer est agitée, alors que d’habitude, je n’attrape pas grand-chose. C’est comme si le homard était plus affamé. »

En plus des mesures de conservation qui ont un impact certain, les changements climatiques pourraient avoir un effet favorable sur le homard, avance Jean Côté, le directeur scientifique du Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie. « Il y a moins de poisson de fond, les stocks de hareng et de maquereau diminuent. Ce sont tous des poissons qui mangent des larves de homard. »

Cette année, la plupart des homardiers gaspésiens rapportent une hausse de leurs prises ou au minimum une stabilité, qui fait suite en plus à de bonnes années. De 2011 à 2013, le volume des captures avait déjà augmenté de 48 %.

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