Haldimand : "Pas de risque pour l’eau potable", dit l’INRS

Par Geneviève Gélinas, journaliste, graffici.ca
L’hydrogéologue de l’INRS René Lefebvre estime que le rôle des chercheurs est « d’éclairer le débat public » et que c’est maintenant aux résidents et aux élus de faire « un choix de société ».

L’hydrogéologue de l’INRS René Lefebvre estime que le rôle des chercheurs est « d’éclairer le débat public » et que c’est maintenant aux résidents et aux élus de faire « un choix de société ». Photo : Geneviève Gélinas

GASPÉ – Un forage pétrolier sans fracturation à Haldimand n° 4, à Gaspé, ne mettrait pas à risque les sources d’eau potable du secteur, selon l’étude hydrogéologique menée par l’INRS pour le ministère québécois de l’Environnement. Un déversement de surface pourrait toutefois aboutir dans les cours d’eau.

Environ 60 personnes ont assisté hier à Gaspé à la présentation de l’étude hydrogéologique  par des chercheurs de l’INRS. Des échantillons ont été prélevés dans 75 puits résidentiels et 16 puits d’observation, ainsi que dans les puits municipaux.

L’aquifère d’eau potable, situé à moins de 40 mètres sous la surface, est séparé du réservoir pétrolier par environ 700 mètres de roche. « En profondeur, la fracturation [naturelle] est éparse et ne serait pas une voie continue entre le réservoir pétrolier et la surface », a déclaré René Lefebvre, hydrogéologue à l’INRS. Une contamination en profondeur prendrait donc « des milliers d’années » à atteindre la surface, a expliqué la chercheuse Mélanie Raynauld.

Les prises d’eau actuelles et futures de la Ville de Gaspé, près de la rivière Saint-Jean, seraient à l’abri. « L’eau qui alimente ces puits provient du sud-ouest [la direction opposée des forages], donc ils ne sont pas des milieux récepteurs d’une éventuelle contamination à Haldimand », a indiqué Mme Raynauld.

En cas de déversement en surface

Les zones autour des forages Haldimand n° 1 et n° 2, ainsi que l’emplacement prévu pour Haldimand n° 4, ont une vulnérabilité de « moyenne à très élevée », évalue l’INRS. En d’autres mots, un déversement de surface pourrait entraîner une contamination de l’eau souterraine. Ces contaminants se dirigeraient vers des cours d’eau, et non vers les puits des résidents de Sandy Beach et d’Haldimand.

Vu le type de sol, les lieux seraient difficiles à décontaminer, analyse M. Lefebvre, mais les contaminants chemineraient lentement, ce qui laisserait le temps de les détecter dans les puits d’observation.

L’INRS n’a pas évalué les risques d’éventuelles opérations de fracturation des forages d’Haldimand.

Pas rassurés

Un résident d’Haldimand, Daniel Rioux, s’est dit « très préoccupé » à la suite de la présentation. « Si la contamination arrive dans les ruisseaux, qu’elle va dans la baie et se rend à la plage, on fait quoi? »

« Je suis très inquiet que cette étude ne tienne pas compte du fait que la fracturation est très, très possible, ce qui pourrait amener la migration de contaminants », a réagi un autre citoyen, Hal Perry.

« Vu que c’est dans très longtemps [la contamination], ce n’est pas grave? », s’est questionnée tout haut Danièle Raby.

Le règlement municipal demeure

Par communiqué, la Ville de Gaspé a indiqué qu’elle prendrait le temps  d’analyser l’étude avant de faire des commentaires sur le fond. La municipalité souhaite toujours un règlement provincial sur l’eau potable « dans les plus brefs délais ». 

« Pour l’instant, la réglementation municipale reste en vigueur, nous souhaitons que l’industrie s’y conforme et nous croyons qu’elle est en mesure de le faire », a déclaré le maire de Gaspé, Daniel Côté.

La Ville demande que l’étude environnementale stratégique sur la filière des hydrocarbures, annoncée par le gouvernement libéral, soit complétée avant que Pétrolia soit autorisée à poursuivre ses travaux à Haldimand.

L’étude a coûté 380 000 $, une somme payée par le ministère de l’Environnement.

3 commentaires

Clarice a écrit le 2 avril 2015

Super article sur la présentation de l’étude hydrogéologique par des chercheurs de l’INRS. Si un forage pétrolier sans fracturation à Haldimand n° 4, à Gaspé ne mettrait pas à risque les sources d’eau potable du secteur, il me semble que c'est une bonne idée. On voit la preuve : des échantillons ont été prélevés dans 75 puits résidentiels et 16 puits d’observation, et tous les échantillons étaient potables.

Clarice a écrit le 2 avril 2015

Super article sur la présentation de l’étude hydrogéologique par des chercheurs de l’INRS. Si un forage pétrolier sans fracturation à Haldimand n° 4, à Gaspé ne mettrait pas à risque les sources d’eau potable du secteur, il me semble que c'est une bonne idée. On voit la preuve : des échantillons ont été prélevés dans 75 puits résidentiels et 16 puits d’observation, et tous les échantillons étaient potables.

Michel L. Fréchette a écrit le 27 mai 2014

J’étais présent à cette rencontre à Gaspé qui marquait un point important dans la conscience collective sur les enjeux environnementaux qui conditionnent nos vies. Mais il y en aura d’autres de ces rendez-vous. Nos scientifiques de l’INRS ont bien répondu à la question qui leur avait été posée, il y a de cela plusieurs mois (sous l’ancien gouvernement). Je la résume en mes mots car elle est complexe et technique et vaut $380 000 de notre argent mobilisé par le Gouvernement : les opérations d’une pétrolière au stade de l’exploration ont-elles contaminé les nappes phréatiques et conséquemment, les puits d’eau potable des résidents de Haldimand? En fait, étions-nous à risque dans cet environnement à la fois d’affaire, politique et économique? Comme à toutes les rencontres sur le sujet auxquelles j’ai assisté depuis 2 ans, l’écoute fut attentive, disciplinée et respectueuse du message qui fut livré. Il y avait place pour l’intelligence. La présentation des experts touchait un réel connu dans l’image et le vocabulaire d’une science qui nous amenaient sous terre en communion avec les strates, les fractures, les pressions, les mécanismes propres à la géologie d’un million d’années. On doit souligner le professionnalisme du message, qui pour moi est le premier signe du respect dû au citoyen. Alors que l’expertise nous proposait la vision à demie rassurante sur un passé récent dans l’action humaine et que les représentants des ministères fournissaient des réponses à la mesure des questions sur les événements prédictibles et les moyens disponibles, les questions de la population franchissaient l’espace-temps du présent immédiat et se projetaient dans la vie des riverains. On a donc produit un bilan de départ et on connaît le terrain sur lequel on travaille. Excellent! Mais beaucoup d’inconnus demeurent. Certes, au stade très récent des opérations d’exploration sur un nombre très limité de sites (3) avec le dispositif de suivi qui a été déployé, il aurait été surprenant qu’on en arrive à des conclusions qui ne favorisent pas la validation des éléments du futur règlement sur l’eau tant attendu. Par contre, si on modifie une série de paramètres essentiels à la rentabilité des activités pétrolières ou minières, le travail des scientifiques ne semble plus être en mesure de produire une modélisation dans le temps et dans l’espace permettant une réelle évaluation du risque à poursuivre cette voie. Retour donc à la case départ : l’affaire dans sa totalité devient politico-sociologique et essentiellement un processus de cohabitation entre les populations et les opérateurs. J’en déduirai au terme d’un écoute active que le risque énoncé se situe pour l’essentiel dans l’intervention de l’homme et non dans une mauvaise hydrogéologie de la mère-terre en ce lieu appelé Haldimand. On est rassuré. Les conclusions tirées des travaux nous indiquent que l’eau potable ne serait pas en danger dans ses points de captation (ville et privé) lors de l’exploration mais qu’en cas de déversement ou autre événement non maîtrisé, le problème emprunte la logique des cours d’eau pour se retrouver en finale dans les bassins versants, les rivières, les baies et la mer. Par contre, si on modifie le mot « exploration » pour « exploitation » avec la cohorte des mouvements d’équipements et de personnes, des moyens et infrastructures pour acheminer le pétrole, la durée des opérations sur plusieurs années, la densification de l’occupation résidentielle et des services qui s’y rattachent, les travaux de fermeture et de sécurisation des chantiers, la durée des matériaux utilisés, l’existence légale à terme de l’exploitant, les réserves financières nécessaires pour fermer le dossier, les coûts de la surveillance publique, les garanties et finalement, la substitution aux énergies fossiles et le prix du baril, quels scientifiques peuvent donner l’heure juste au Conseil de ville de Gaspé et à un acheteur de terrain à quelques centaines de mètres d’un forage non encore déclaré par fracturation? Voilà la question que je me posais en écoutant la présentation de l’INRS. J’étais rendu sur l’île d’Anticosti.

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