Politique

GOUVERNANCE RÉGIONALE: DES ÉLUS PRENNENT LE BALLON

Par Geneviève Gélinas, journaliste, graffici.ca
Vingt-deux maires et préfets se sont réunis vendredi à Bonaventure, à l'invitation d'une préfète (Délisca Roussy) et de trois maires.

Vingt-deux maires et préfets se sont réunis vendredi à Bonaventure, à l'invitation d'une préfète (Délisca Roussy) et de trois maires. Photo : Geneviève Gélinas

GASPÉ – Des maires et des préfets ont attrapé au vol le ballon de la gouvernance régionale. Ils proposent de créer une instance qui deviendrait la voix de la région, notamment auprès du gouvernement provincial. Vingt-deux maires et préfets sur les 45 que comptent la Gaspésie et les Îles-de-la-Madeleine se sont réunis vendredi à Bonaventure pour échanger sur le sujet.

Depuis des mois, la Table des préfets était interpellée pour créer un nouvel organisme de concertation régionale, à la suite de l’abolition de la Conférence régionale des élus (CRÉGÎM). C’est finalement un quatuor formé d’une préfète et de trois maires qui a relancé le dossier.
À l’origine de l’invitation, il y a la préfète de la Côte-de-Gaspé, Délisca Roussy, le maire de Carleton-sur-Mer, Denis Henry, le maire de Gaspé, Daniel Côté, et la mairesse de Chandler, Louisette Langlois.
Depuis la fin de la CRÉGÎM, « il n’y a plus de lieu de rencontre, indique Denis Henry. Délisca et moi, on s’est dits : "il faut faire de quoi". Les maires ont besoin d’un endroit pour se concerter. On est chacun isolé dans notre petit coin et on attend. Il faut se prendre en mains, il faut se faire entendre. »
« Les maires se sentent un peu abandonnés, poursuit M. Henry. La CRÉ était une voix forte. Bertrand Berger [ex-président de la CRÉ] était un vieux de la vieille, il connaissait les rouages. »
La nouvelle instance de concertation, « c’est pour faire entendre notre voix surtout auprès du gouvernement du Québec, indique M. Henry. On a des députés mais ils ne sont pas au pouvoir. »
La lettre invitait les élus à « une première assemblée d’échanges » sous le thème « Gaspésie-Les Îles Unies », « une première historique », « au terme de laquelle nous verrons l’opportunité de travailler collectivement, à l’échelle de la région, sur des enjeux communs à tous nos milieux ».
Une rencontre du même type prévue en février avait été annulée. « C’était trop émotif à ce moment-là, on était en plein dans les compressions, les disparitions d’organismes », juge M. Henry.


Qui y siégerait?
La nouvelle instance compterait trois élus par MRC, soit le préfet et deux maires. Les élus souhaitent que des maires de petites municipalités soient présents au sein de l’organisme, une représentation qui faisait défaut à la CRÉGÎM.
Des membres de la société civile – des non-élus qui représentent des secteurs d’activités ou des organismes – siégeraient aussi au conseil de l’organisme, selon une formule qui reste à définir. « La question, c’est qui, de la société civile? On ne peut pas être 60 autour de la table », explique M. Henry.
Le fonctionnement de Gaspésie-Les Îles unies serait plus léger que celui de la CRÉ, qui comptait 34 employés et gérait un budget de 11,4 millions de dollars. « On n’a pas d’argent pour cette table-là », dit M. Henry, rappelant les coupes absorbées récemment par les MRC et municipalités.
Le maire de Carleton-sur-Mer prend exemple sur le comité des villes riveraines, qui se réunit à Québec quelques fois par année. « Tout ce que ça nous coûte, ce sont nos déplacements », résume-t-il.


Et la Table des préfets?
À mots couverts, certains maires déplorent que la Table des préfets n’ait pas pris l’initiative de mettre sur pied une instance de concertation.
Le président de cette Table, Guy Gallant, était présent à la rencontre de vendredi et transmettra les propositions des élus à la Table des préfets. Celle-ci et la nouvelle instance peuvent très bien se compléter, estime Denis Henry.
Jonathan Lapierre, maire et préfet des Îles-de-la-Madeleine, soutient l’initiative des maires, même s’il n’a pas pu se rendre à Bonaventure vendredi à cause d’un conflit d’horaire. « J’ai toujours été un ardent défenseur de la CRÉ [Conférence régionale des élus]. Je n’ai pas pris la présidence de la Table des préfets parce qu’il ne semblait pas y avoir les éléments gagnants pour mettre en place un table de concertation régionale. »
Pour M. Lapierre, peu importe que l’initiative vienne de maires plutôt que de la Table des préfets. « Un élu, c’est un élu. L’important, c’est que le leadership vienne, pas d’où il vient. Il n’y a pas de guerre. »
Quant à Daniel Côté, maire de Gaspé et ex-président de la CRÉGÎM, il est sorti revigoré de la rencontre de vendredi. « J’ai adoré la dynamique, la volonté du monde qui veut travailler ensemble ».
L’absence de la moitié des élus n’inquiète pas M. Côté. « On avait une intention favorable de 31 ou 32 municipalités et MRC, mais il y avait des problèmes de disponibilité. Il faut aussi encore de la sensibilisation. Mais maintenant que c’est en place, je fais le pari qu’à la deuxième ou troisième rencontre, on sera 75 % [des élus]. »


Touche pas à mes régions salue l’initiative
Frédérick DeRoy, un porte-parole du mouvement Touche pas à ma région Gaspésie, salue l’initiative. « Je suis emballé. En autant qu’on arrive à quelque chose, peu importe qui a poussé  pour […]. Il faut commencer par quelque chose. Si on a une voix forte à Québec, c’est une belle première étape. Petit à petit, des choses vont s’ajouter, se mettre en place. »
Par ailleurs, le 8 septembre, des représentants de 25 organismes, des signataires ou sympathisants de Touche pas à ma région, se sont réunis à Gaspé. « On voulait trouver des avenues possibles d’à quoi pourrait ressembler une instance de concertation régionale », explique M. DeRoy.
Touche pas à ma région veut être « un facilitant » pour la démarche, ajoute-t-il. « On n’a pas poussé la réflexion au bout pour ne pas bousculer les élus. Il faut que la démarche se fasse de façon conjointe et paisible. » Le président de la Table des préfets, Guy Gallant, était d’ailleurs présent aussi à cette rencontre.
Une chose est sûre, pour Touche pas à ma région : « Il faut que la société civile ait son mot à dire dans le développement de la région, dit M. DeRoy. Il faut trouver la meilleure formule possible. Personne ne veut retomber dans une table où il y a 40 ou 50 personnes et qui n’est pas efficace. De toute façon, il n’y a pas de budget. »

 

La Table des préfets propose un autre modèle
Le président de la Table des préfets, Guy Gallant, travaille sur un projet différent de celui des maires. Il souligne que le ministère des Affaires municipales reconnaît uniquement la Table des préfets et les MRC comme interlocuteurs, mais pas l’instance de concertation voulue par les 22 maires. En outre, c’est aux MRC que Québec verserait du financement, ajoute M. Gallant.
Le président propose que les MRC se partagent la douzaine de dossiers de développement autrefois gérés par la CRÉGÎM. « Par exemple, les pêches pourraient être prises en charge par Côte-de-Gaspé ou Rocher-Percé, et la forêt par Avignon ou Bonaventure », illustre M. Gallant.
« La MRC engagerait un employé, éventuellement avec une enveloppe du gouvernement, et serait redevable à l’ensemble des MRC [de la Gaspésie et des Îles] », indique le président.
La MRC consulterait les différents intervenants d’un dossier : OSBL, industriels, coopératives, regroupements, etc. « S’ils ne s’entendent pas, ils achemineraient le dossier à la Table des préfets, qui deviendrait un instrument politique avec six préfets votants », explique M. Gallant.
« C’est un minimum qu’on peut offrir présentement. On pense que ça peut répondre à une demande d’action de la part des maires et de la société civile », ajoute M. Gallant.


Votre maire y était-il?
Voici la liste par MRC, des élus présents à la rencontre du vendredi 11 septembre à Bonaventure.
MRC Haute-Gaspésie
Serge Chrétien, maire de Saint-Maxime-du-Mont-Louis
Lynda Laflamme, mairesse de Mont-Saint-Pierre
Micheline Pelletier, mairesse de Sainte-Anne-des-Monts
Allen Cormier, préfet de la MRC Haute-Gaspésie

MRC Côte-de-Gaspé
Délisca Ritchie-Roussy, mairesse de Murdochville et préfète de la MRC Côte-de-Gaspé
Jocelyne Huet, mairesse de Cloridorme
Daniel Côté, maire de Gaspé
Rodrigue Brousseau, maire de Petite-Vallée

MRC Rocher-Percé
André Boudreau, mais de Percé et préfet par intérim de la MRC du Rocher-Percé
Bernard Stevens, maire de Grande-Rivière
Louisette Langlois, mairesse de Chandler
Henri Grenier, maire de Port-Daniel—Gascons

MRC Bonaventure
Gérard-Raymond Blais, maire de Saint-Godefroi
Éric Dubé, maire de New Richmond
Stephen Chatterton, maire de New Carlisle
Roch Audet, maire de Bonaventure

MRC Avignon
Gérard Porlier, maire de Saint-Alphonse
Guy Gallant, maire de Saint-Alexis-de-Matapédia et préfet de la MRC d’Avignon
Jean-Paul Audy, maire de Pointe-à-la-Croix
Bruce Wafer, maire d’Escuminac
Denis Henry, maire de Carleton-sur-Mer
Richard St-Laurent, maire de Nouvelle
Guylaine Audet (représentant le maire Christian Leblanc), conseillère municipale de Maria

3 commentaires

Aurélien Bisson a écrit le 10 octobre 2015

Il est temps que les maires s'organisent. Depuis le départ de la CRÉ, j'ai l'impression que les gouvernements du Québec et d'Ottawa ont le champ libre pour dégréer la Gaspésie. Il ne se passe pas une semaine sans que ces gouvernements prennent des décisions qui nous affectent et nos élus restent muets, du moins, nous ne les entendons pas. Dans la dernière semaine, il a été question de centralisation de l'analyse des tests médicaux, de la fermeture de Fort Prével, une infrastructure importante sur le plan touristique et de la fermeture d'Exploramer et cela sans qu'une position régionale ne soit prise et communiquée à nos deux ordres de gouvernement. Vivement un Conseil régional constitué d'élus et de représentants de la société civile pour défendre les intérêts de la Gaspésie.

André Lemieux a écrit le 15 septembre 2015

Profitez de ce moment pour revisiter vos façons de faire: http://www.lapresse.ca/le-soleil/opinions/points-de-vue/201502/22/01-4846475-la-gouvernance-regionale-revisiter-la-nature-de-nos-interventions-en-developpement.php

André Lemieux a écrit le 15 septembre 2015

« c’est pour faire entendre notre voix surtout auprès du gouvernement du Québec. On a des députés mais ils ne sont pas au pouvoir. »

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