Histoire, Patrimoine et Religions

La Gaspésie revisitée du haut des airs

Par Pascal Alain, chroniqueur, graffici.ca
Le livre compare des photos prises récemment par Pierre Lahoud (comme celle-ci de Percé) à des clichés pris il y a 91 par l’aviateur Jacques de Lesseps.

Le livre compare des photos prises récemment par Pierre Lahoud (comme celle-ci de Percé) à des clichés pris il y a 91 par l’aviateur Jacques de Lesseps. Photo : Pierre Lahoud

CARLETON-SUR-MER, juin 2018 – Plus de 90 ans après les clichés aériens pris par Jacques de Lesseps, le photographe Pierre Lahoud a survolé la Gaspésie pour immortaliser les mêmes endroits. L’ouvrage Paysages gaspésiens : De Lesseps 1927 – Lahoud 2017 permet de mesurer l’évolution de la péninsule, parfois frappante.

Si une région au Québec a été abondamment photographiée, c’est bien la Gaspésie. Parmi les photographes qui l’ont immortalisée, Jacques de Lesseps se démarque sans aucun doute. En 1927, cet as aviateur parcourt la Gaspésie du haut des airs. Il en tire des clichés mémorables révélant la péninsule comme jamais auparavant. Depuis, 91 années ont passé et l’historien-photographe Pierre Lahoud vient de faire paraître chez GID un ouvrage essentiel montrant l’évolution du territoire.

Après la Première Guerre mondiale, les temps sont durs pour les pilotes comme Jacques de Lesseps, un Français décoré de la Croix de guerre et de la Légion d’honneur. Il se recycle donc dans la photographie aérienne pour la Compagnie aérienne française. Plus tard, en 1926, le gouvernement du Québec invite cette entreprise à s’investir dans la reconnaissance aérienne de la Gaspésie. Déposant ses bagages à Montréal, de Lesseps accepte de diriger la nouvelle Compagnie aérienne franco-canadienne.

Une base à Gaspé

Jacques de Lesseps, fils de Ferdinand de Lesseps, le constructeur du canal de Suez en Égypte, établit sa base à Gaspé. Il photographie des milliers de kilomètres carrés de territoire par l’entremise de 500 clichés. L’ouvrage publié se compose de 101 clichés pris par Lesseps et de 101 pris aux mêmes endroits, depuis 2005, par Pierre Lahoud. Avec l’aide du pilote de Carleton-sur-Mer et passionné d’histoire, le regretté Gérard R. Thériault, Lahoud met en vedette tout le paysage gaspésien. L’auteur de Paysages gaspésiens : De Lesseps 1927 – Lahoud 2017 s’est une fois de plus entouré de son fidèle complice, le géographe Henri Dorion, ce dernier nous faisant comprendre l’évolution de l’organisation du territoire.

Dans une lettre envoyée à son ami Olivar Asselin, de Lesseps semble épris de la Gaspésie : «Vous ne pouvez vous imaginer le magnifique et émouvant spectacle que l’on peut avoir dans les cieux de Gaspé. On aperçoit, à grande altitude, se déroulant au loin, les côtes gaspésiennes de la Baie des Chaleurs aux nombreuses et profondes découpures et celles du nord plus abruptes et plus régulières […]. Quelle merveilleuse vision offre aussi le contraste des couleurs, entre la vaste péninsule et la mer qui la baigne; d’un côté le velours vert et soyeux des forêts artistiquement drapé, suivant le caprice des monts et des vallées, de l’autre le bleu du ciel uni du golfe éblouissant sous le soleil. »

Un territoire transformé

Les photos de de Lesseps sont renversantes. On y découvre une Gaspésie bien différente de celle d’aujourd’hui. Les photographies de 1927 montrent une région plus rurale avec ses innombrables fermes, un territoire défriché, marqué entre autres par le moteur économique du temps qu’est l’industrie forestière. On y observe la péninsule de Forillon, l’immensité de la côte gaspésienne, le couvert forestier encore vierge dans bien des coins de la péninsule. Quant aux photographies de Lahoud, elles illustrent un territoire tout aussi fabuleux, mais où la friche a gagné du terrain, où le nombre de fermes a fondu, où le visage de l’industrie forestière n’est plus ce qu’il a été. L’érosion le long de nos côtes est également frappante quand on compare des photos prises à 90 ans d’écart.

De Lesseps connaît hélas une fin tragique. Le 18 octobre 1927, il se rend à Val-Brillant afin de participer à une rencontre de travail, mais les conditions de vol sont défavorables. Bravant l’épais brouillard, lui et son mécanicien, Theodor Chichenko, n’arrivent pas à se poser sur le lac Matapédia. L’avion s’abîme dans le fleuve Saint-Laurent, au large de Baie-des-Sables, près de Matane. Il est possible que de Lesseps ait tenté d’amerrir. Le cockpit de l’appareil est retrouvé presque intact entre Baie-des-Sables et Matane, mais sans trace de ses occupants. Le corps de Lesseps est retrouvé un mois plus tard sur une plage de la côte ouest de Terre-Neuve. La Gaspésie lui doit beaucoup pour son apport à la cartographie de la région. Que dire de la contribution de Pierre Lahoud avec ce legs inestimable.

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