Gaspé : Un débat sans éclat

Par Thierry Haroun, journaliste, graffici.ca
Analyse du Libre Arbitre sur le débat de lundi des candidats dans Gaspé

Analyse du Libre Arbitre sur le débat de lundi des candidats dans Gaspé Photo : Julie Delisle

GRANDE-RIVIÈRE — Le débat des candidats dans Gaspé organisé par CHNC, Graffici.ca et TVCGR hier à l'Hôtel de Ville de Grande-Rivière ne passera pas à l'histoire pour ses coups d'éclat ni pour ses bavures. Des échanges cordiaux, mais non moins instructifs sur les stratégies libérales et péquistes.

Quatre des six candidats qui se présentent dans Gaspé y ont participé, soit le député péquiste sortant Gaétan Lelièvre, la candidate libérale, Annie St-Onge, le caquiste Yvan Blanchard et le conservateur, Christian Rioux. Le candidat d'Option nationale, Frédérick De Roy et le Solidaire, Daniel Leboeuf, n'ont pu y participer pour des raisons d'horaire et de déplacement. Cela dit, le débat a donné lieu à des échanges cordiaux : chacun donnant le temps à l'autre de compléter ses phrases et de décliner les grandes lignes de leur plateforme électorale respective. Si au départ les discours et les échanges étaient engoncés (Annie St-Onge a même avoué sa nervosité), les langues ont fini par se délier un peu, nommément entre Gaétan Lelièvre et Annie St-Onge qui a su piqué au vif de temps à autre son rival péquiste.

Ainsi, la stratégie libérale était claire : s'assurer que sous les péquistes la catastrophe est à nos portes, que le climat économique est « instable », que le taux de chômage est à 17 % alors que sous les libéraux il était à 12 % et ramener le mot « référendum » de temps à autre. Annie St-Onge a assurément été bonne en attaque contre le péquiste, mais sa défensive a connu quelques faiblesses quand Lelièvre lui a rappelé que ce ne sont pas les libéraux qui ont mis au monde le secteur éolien dans la région, mais bien les péquistes sous le gouvernement de Bernard Landry en 2002.

Attaqué de toutes parts, Gaétan Lelièvre s'est bien défendu tout au long du débat. Il n'a pas mordu à l'hameçon quand Mme St-Onge tentait de le faire parler sur un possible référendum. Il a rappelé à la libérale que sous le gouvernement de Jean Charest, la dette du Québec a augmenté de 60 milliards, passant de 115 G$ à 175 G$, ce que la libérale n'a pas nié à la période de questions. Le péquiste a aussi tenu à dire que la proposition de la CAQ d'offrir 1000 $ par famille n'était « pas sérieux. Il n'y avait même pas ça au temps de Duplessis ». La flèche est ici  lourde de sens.

En parlant du caquiste, Yvan Blanchard, son discours était parfois décousu peut-être par manque de préparation. Ce qui donne parfois des énoncés comme celui-ci : « Prendre l'argent du contribuable et le lancer sur les problèmes ». Il a toutefois fait bien rire la salle en affirmant que le PQ « est en effet toujours plein de bonne volonté... d'augmenter les taxes et les tarifs ». C'était bien lancé. Quant à Christian Rioux, il s'était franchement bien préparé. S'il n'a pas encore convaincu le Libre arbitre que son programme qui prône moins d'interventionnisme d'État colle à la réalité gaspésienne, il a toutefois été le seul à avoir cité le rapport de la Commission sur les enjeux énergétiques qui apporte de sérieux bémols sur la rentabilité du secteur éolien. Un sujet qui semble tabou dans la région. Il a par ailleurs cité René Lévesque. « Pour moi, tout parti politique n'est au fond qu'un mal nécessaire. Un de ces instruments dont une société démocratique a besoin lorsque vient le temps de déléguer à des élus la responsabilité de ses intérêts collectifs. Mais les partis appelés à durer vieillissent généralement assez mal ». Et vlan dans les dents pour les péquistes et les libéraux... Résultat du débat : avantage Lelièvre mais sans plus.

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Le sondage de ce matin de Crop-La Presse qui donne trois points d'avance aux libéraux de Philippe Couillard sur les péquistes pourrait faire profiter les libéraux de la région, particulièrement à Damien Arsenault dans Bonaventure. M. Arsenault va-t-il ainsi brandir l'épouvantail d'un éventuel référendum sous un gouvernement péquiste pour faire sortir le vote fédéraliste dans la Baie-des-Chaleurs qui est notable? Ça reste à voir, mais à l'échelle nationale, la stratégie fonctionne à merveille pour Couillard aux dépens des caquistes. À surveiller au cours des prochains débats radiophoniques dans la région.

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