Forum sur les hydrocarbures : première séance houleuse

Par Geneviève Gélinas, journaliste, graffici.ca
À Gaspé, environ 55 personnes ont assisté au forum, et un total de 140 en Gaspésie et aux Îles.

À Gaspé, environ 55 personnes ont assisté au forum, et un total de 140 en Gaspésie et aux Îles. Photo : Geneviève Gélinas

Le Forum sur les hydrocarbures a connu des débuts houleux jeudi soir en Gaspésie, alors que plusieurs participants ont remis en doute la légitimité de la démarche.

La première de dix séances a eu lieu hier dans six villes de la Gaspésie et des Îles, unies par vidéoconférence.

La Conférence régionale des élus de la Gaspésie-les-Îles, (CRÉGÎM), initiatrice du Forum, veut dégager un consensus sur les conditions pour exploiter, ou non, les hydrocarbures sur terre et en mer. La position de la région sera transmise au gouvernement du Québec pour qu’il en tienne compte dans sa future loi sur les hydrocarbures.

Du monologue au dialogue

Selon le directeur de la CRÉGÎM, Gilbert Scantland, la polarisation du débat oblige à discuter différemment. «Les gens ne se font plus confiance, ne dialoguent plus. On est face à des monologues», dit-il. Après la présentation, les participants ont donc été conviés à se répartir en petits groupes pour discuter. Plusieurs ont refusé de se disperser avant d’avoir commenté la démarche.

«Ailleurs au Québec, ils ont eu un moratoire, un BAPE et une évaluation environnementale stratégique, a lancé Luc Potvin. Ici, pendant que nous irons jaser, Pétrolia va continuer à forer.» Plus tôt cette semaine, le groupe Environnement Vert Plus a d’ailleurs exigé des audiences publiques du BAPE, et un moratoire sur tout forage avant et pendant ces audiences.

Le chanteur Kevin Parent a aussi fait une sortie remarquée à Carleton. «On a su [qu’il y aurait un forum] vraiment à la dernière minute. Arrêtez de nous forcer dans la tête, comme des caves, que 150 personnes, c’est la Gaspésie!»


Financement de Pétrolia

Plusieurs ont questionné le fait que Pétrolia finance en partie le forum. La firme, qui cherche du pétrole à Gaspé, verse 60 000 $ dans la démarche, qui coûtera 230 000 $. «On n’est pas à la solde de Pétrolia, s’est défendu M. Scantland, mais on est très content qu’elle soit là, parce qu’elle sera liée aux résultats du forum.»

Tables rondes et crayons de couleur

Certains participants ont décidé de partir après la présentation initiale, mais la grande majorité est restée pour les ateliers. Ils se sont assis en petits groupes autour de tables rondes couvertes de feutres multicolores et de cartons blancs. Ils devaient répondre à des questions comme «Quelles informations vous manquent sur le développement des hydrocarbures» ou «Pourquoi devrait-on (ou ne devrait-on pas) produire des hydrocarbures?»

Simon-Philippe Lalonde s’est présenté avec une pancarte «Non à la fracturation». Il a espoir que le forum, «un bel exercice de démocratie participative», ait du poids, mais conserve des doutes. «Est-ce que ça aura une vraie valeur politique et citoyenne, ou est-ce que ce sera un outil pour l’industrie qui veut montrer qu’elle est de bonne foi?»

Micheline Boulet, une citoyenne de Gaspé, est sortie de l’atelier en jurant qu’elle ne reviendrait plus. Le processus arrive trop tard, estime-t-elle, puisque Pétrolia s’apprête à forer un nouveau puits à Haldimand. Quant à la consultation en petits groupes, «c’est diviser pour régner», dit-elle.

Pas que des mécontents

Clermont Plante, un homme d’affaires de Gaspé, juge la démarche pertinente, même si «elle n’a pas été assez publicisée, ni assez expliquée». Il est venu parce que les hydrocarbures, «c’est un domaine qui me préoccupe, dit-il. Je travaille en décontamination, et on a eu à récupérer du pétrole dans la baie de Gaspé à deux ou trois reprises dans le passé.»

Des navires pétroliers transbordent du pétrole raffiné au port de Gaspé. Selon M. Plante, le transport du pétrole importé est autant, sinon plus risqué qu’une exploitation contrôlée du pétrole local.

David McCallum, de Gaspé, un administrateur de Pétrolia, qualifie la démarche du forum de «très intéressante et très transparente». «Ce que je cherche depuis le début, ajoute-t-il, c’est des retombées pour ma région.»

Au total, 140 personnes se sont présentées au Forum dans les six villes. La prochaine séance aura lieu le 19 juin.

5 commentaires

Gaétan Essiambre a écrit le 26 mai 2012

Des retombées pour la région? Des retombées polluantes vous voulez dire Mr McCallum. ET, que dire de: ¨La position de la région sera transmise au gouvernement du Québec pour qu’il en tienne compte dans sa future loi sur les hydrocarbures¨... Comment croire à ce mensonge alors que Petrolia est déjà en train de forer, avant même d'avoir sondé l'opinion publique sur la question? Avec le gouvernement qu'on a présentement, le sol Gaspésien a toutes les chances d'être vendu pour rien. On fait miroiter aux citoyens les emplois et salaires que vont apporter ces exploitations. Tout ça est une tromperie gigantesque aux fins de profits qui sortiront pour sûr du Québec et se retrouveront probablement aux Bahamas et en Suisse. Il faut que la population se mobilise. Qu'elle ne laisse pas faire ces gens d'affaires qui n'ont aucune autre considération pour la Gaspésie que de grossir la ligne de profit dans leurs rapports comptables. De beaux mensonges. Les Gaspésiens mordront-ils à l'hameçon, tels des poissons, leurrés par l'appât de retombées à court terme? Le sol Gaspésien lui, sera souillé pour un très très long terme.

Dr Tournesol a écrit le 26 mai 2012

Je confirme ici les dires de Mme Cornelissen et tiens à ajouter que l'ÉES sur le gaz de schiste ne s'adresse qu'à la fracturation hydraulique du seul schiste duquel on ne pourrait retirer que le seul gaz. On oublie le pétrole de schiste ou le gaz de calcaire ou la fracturation au propane. Plus tronqué que ça, tu meurs. Depuis quelques semaines, avons appris que le comité de l'ÉES fera faire des tests de fracturation au CRIQ en laboratoire et non pas sur le terrain. Selon les comités de vigilance citoyen les camions vibrateurs continuent de faire des levés. En consultant le site du MRNF, on peut constater aussi que des permis d'exploration gaziers et pétroliers ont été octroyés en 2012. Un moratoire? ... De toute façon, l'extraction des hydrocarbures ne fera que nous enfoncer un peu plus dans la toumente des changements climatiques, lesquels seront impitoyables...

kim cornelissen a écrit le 25 mai 2012

Petite précision: sur la terre ferme, pour le gaz de schiste, il n'y a pas de moratoire (ni de quasi-moratoire), le BAPE a été fortement tronqué (4 mois au lieu de 18 mois, comme pour l'eau). Le BAPE ne pouvait questionner la pertinence du gaz de schiste et l'ÉES est, de fait, une étude d'impact environnementale généralement réalisée et payée par l'industrie... Elle est dirigée par un comité pro-gaz de schiste ou neutre, les représentant.e.s des groupes citoyens et environnementaux ont été rejetés. Les procédures sont biaisées et ont été rejetées, tant par les groupes citoyens que les groupes environnementaux qui travaillent sur ce sujet depuis des années... Ceci étant dit, je comprends votre inquiétude... Kim Cornelissen, vp AQLPA

Bilbo a écrit le 25 mai 2012

Petrolia fore pendant qu'on discute.

Patricia Chartier a écrit le 25 mai 2012

Au-delà de la légitimité ou non-légitimité du processus, le problème de fond est que les dires de la CRÉ ne concordent pas avec la réalité. On nous dit qu'on pourra dégager un consensus pour la région, dont celui de ne pas exploiter le pétrole, alors que dans les faits, la loi des mines est au-dessus de toutes les autres lois et ne laisse aucune autonomie aux instances régionales. On nous dit que de toute façon, les projets doivent être soumis au BAPE alors qu'en ce moment, trois gros projets vont de l'avant en Gaspésie sans BAPE (Pétrolia, Gisment McInnis et Orbite). Dans un contexte où les gens ne font plus confiance au gouvernement, où les compagnies trouvent toutes les façons de contourner les lois, normal que ce processus paraisse douteux à une grande partie de la population.

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