Forillon : des compressions «catastrophiques» et «frustrantes»

Par Geneviève Gélinas, journaliste, graffici.ca
À la création du parc Forillon en 1970, Ottawa avait promis 500 000 visiteurs par an pour justifier l’expropriation de 225 familles. L’an dernier, ils étaient 127 000.

À la création du parc Forillon en 1970, Ottawa avait promis 500 000 visiteurs par an pour justifier l’expropriation de 225 familles. L’an dernier, ils étaient 127 000. Photo : Geneviève Gélinas

«Catastrophique», «frustrant», «décevant», «aucun bon sens», réagissent des leaders gaspésiens aux compressions de Parcs Canada en Gaspésie.

À Gaspé surtout, on demandait depuis des années au parc Forillon de faire des efforts de développement et de promotion.

Les compressions touchent 33 employés au Parc Forillon et au Lieu historique de la Bataille-de-la-Ristigouche. Onze postes disparaissent et le temps de travail de 22 autres est réduit. Pour Parcs Canada, l’économie annuelle totalise 340 000 $, sur un budget de 5,1 millions de dollars.

L’agence fédérale cessera toute activité en hiver et n’entretiendra plus ses sentiers de ski de fond et de raquette. Les activités du printemps et de l’automne seront réduites.  

À contresens

Ces orientations vont à contresens des demandes des Gaspésiens depuis plusieurs années. Lors de la présentation du plan directeur du parc Forillon, fin 2006, les participants avaient reproché au parc de ne pas avoir tenu les promesses d’achalandage et d’emploi faites à sa création.

«C’est très, très frustrant lance Olivier Nolleau, directeur de la Chambre de commerce et de tourisme (CCTG) de la Côte-de-Gaspé.  À la suite des audiences [de 2006], on avait réussi à obtenir quelques acquis, et on perd tout. C’est catastrophique.» Selon lui, le parc Forillon «ne s’est donné aucune chance» de voir aboutir ses efforts de développement du tourisme hivernal.

Des entreprises «vont y goûter»

«Les commerces en périphérie dépendent de l’énergie que met le parc à faire sa promotion. Ces entreprises-là vont y goûter, croit M. Nolleau. Les emplois perdus sont «des retombées en moins, des salaires qui ne seront plus présents, ajoute-t-il. On se demande si la Gaspésie fait partie du Canada [de Stephen Harper].»

Frédéric Côté, président de la CCTG, qualifie les coupures de «triste nouvelle». «On peut comprendre le contexte budgétaire difficile, mais ça fait tellement mal, dans un milieu comme le nôtre, qui a besoin de tous ses attraits touristiques, dont l’élément phare qu’est le parc Forillon. C’est un joyau qui n’a jamais été suffisamment mis en valeur, ajoute M. Côté. Tout le monde est resté sur son appétit.»

«Aucun bon sens»

«C’est très préoccupant et très décevant, déclare Gaétan Lelièvre, directeur général de la MRC et du CLD Côte-de-Gaspé. Le milieu demandait de nouveau services et de développer les infrastructures pour attirer et retenir la clientèle, explique-t-il. On était en négociation et en attente. Les coupures vont à l’encontre des demandes du milieu.»

«Ça n’a aucun bon sens», lance Joëlle Ross, directrice générale de l’Association touristique de la Gaspésie. Le parc Forillon n’a jamais assez fait la promotion de ses charmes en hiver, juge-t-elle.

Finies, les yourtes?

Brent Simpson, un homme d’affaires de Gaspé, a investi 250 000 $ en 2007 pour aménager des yourtes et des refuges accessibles en hiver dans le parc Forillon. Son contrat de cinq ans avec Parcs Canada est venu à échéance l’an dernier. M. Simpson refuse de commenter avant d’avoir discuté avec les autorités de Forillon.

Le directeur du parc, Stéphane Marchand, a toutefois admis que «ça va de soi qu’il y aura moins d’intérêt de la part du concessionnaire» puisque Forillon cesse d’entretenir ses sentiers de ski de fond et de raquette.

Promesses non tenues

Lors de la création du parc, en 1970, Ottawa avait promis 3000 emplois et 500 000 visiteurs par an pour justifier l’expropriation de 225 familles. L’an dernier, Forillon a reçu 127 000 visiteurs et créait 326 emplois directs et indirects (en équivalents temps plein) avant les compressions.

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