Économie

UN ESSOR MAJEUR DEPUIS 20 ANS

Par Gilles Gagné, journaliste, graffici.ca
Martin Malenfant a investi plus de 2 millions de dollars dans Érablière Escuminac depuis 1998. La salle de contrôle de son établissement donne dans la haute technologie.

Martin Malenfant a investi plus de 2 millions de dollars dans Érablière Escuminac depuis 1998. La salle de contrôle de son établissement donne dans la haute technologie. Photo : Gilles Gagné

ESCUMINAC, AVRIL 2017 – L’érablière gaspésienne n'a pas à rougir des comparaisons. Elle est en moyenne trois fois plus grande que l’érablière québécoise, et significativement plus productive. Le potentiel d’entailles dans la région est aussi deux fois plus élevé que l’exploitation actuelle. Tour d’horizon de la Gaspésie, l’eldorado du sirop…

En 1997, Martin Malenfant passait du côté néo-brunswickois de la baie des Chaleurs pour aller livrer des équipements pour érablières dans la Péninsule acadienne. C’était l’automne. Ce qu’il a vu du côté gaspésien l’a saisi.

« Il y avait des blocs de forêt rouges. Je me suis dit qu’il y avait de l’érable là-dedans! » Un an plus tard, après être allé constater le potentiel acéricole des terres publiques d’Escuminac et avoir obtenu un bail auprès du ministère des Ressources naturelles, il entamait l’aménagement de l’une des grandes érablières gaspésiennes, avec 65 000 entailles.

Il vivait alors à Sainte-Rita, au Bas-Saint-Laurent, et il était producteur acéricole en plus d’être distributeur d’équipement. Le contexte était favorable pour l’expansion et le potentiel gaspésien était à peine exploité.

« Nous étions dans une période de croissance, avec des prix intéressants. Il n’y avait pas de quotas et il y avait la possibilité d’avoir des gros blocs d’érables du ministère. Il manquait de sirop, dans les années 1990. La région était en retard sur le Bas-Saint-Laurent et la Beauce à ce moment », souligne M. Malenfant.

À la même époque, le Groupement agro-forestier de la Ristigouche identifiait la présence d’un million d’érables dans la portion ouest de la MRC d’Avignon. Une génération d’acériculteurs gaspésiens était en train d’éclore : Claude Fecteau, Jean-Guy Francoeur et ce même Groupement agro-forestier, dans le secteur de Matapédia et des Plateaux, la famille Bélanger à Marsoui, Harold Baker à Grande-Rivière et le pionnier Herman Pelletier sur la route 299 au nord de Cascapédia-Saint-Jules.

Une production qui a triplé
Entre 2006 et 2016, la production gaspésienne a triplé, passant de 400 000 livres à 1,2 million de livres. Les érablières emploient au moins 80 personnes. En 2010, elles ont déclaré des revenus « à la ferme », c’est-à-dire en production primaire, de 3,5 millions de dollars. Un chiffre qui a sûrement augmenté depuis et qui double une fois le sirop transformé.

Martin Malenfant regrette parfois de ne pas être passé quelques automnes plus tôt devant les « blocs rouges » d’Escuminac.

« Nous serions trois fois plus gros aujourd’hui. En 2000, ça a planté à cause d’une année de gros surplus et les quotas sont arrivés quelques années plus tard du ministère des Ressources naturelles. Il y a une forte croissance de la demande aujourd’hui et le Québec pourrait rester en tête des producteurs. Les États-Unis, dans pas grand temps, vont devenir les plus gros joueurs, avec les états du nord-est », craint M. Malenfant.

Le ministère des Ressources naturelles a débloqué 2000 entailles pour Érablière Escuminac cette année.

« Ça faisait cinq ans qu’ils n’en avaient pas donné. Mais à 2000 entailles par an, ça prendra cinq ans pour augmenter de 10 000 entailles. Chaque tranche de 10 000 entailles crée deux emplois. On pourrait augmenter de 50 000 entailles et créer 10 emplois ici. Dix emplois en Gaspésie, c’est comme des centaines à Montréal », dit-il.

Les 15 employés d’Érablière Escuminac travaillent bien plus longtemps que le mois de récolte. « C’est pour 30 semaines, avec les remplacements de tubulures et l’embouteillage », note M. Malenfant.

Érablière Escuminac est un acheteur autorisé ayant embouteillé 500 000 livres de sirop biologique en 2016, dont la moitié venant de son bloc forestier. « Nous ne vendons qu’au détail. Nous ne vendons plus de barils de sirop en vrac. Nos produits se retrouvent dans 10 pays », note M. Malenfant.

De capitaine à acériculteur
De son côté, Harold Baker, de Grande-Rivière, était novice quand il est entré dans la production acéricole en 2002. Il est capitaine de remorqueur.

« Je ne suis même pas parti avec l’expérience de 300 entailles d’une érablière familiale! On n’avait pas d’érablière. J’ai commencé avec 25 000 entailles. Personne ne part comme ça! », aborde M. Baker.

De plus, il s’est passé cinq ans entre l’émission de son permis et le début de son exploitation en 2007 parce que l’État québécois a instauré le système de quotas, ce qui a laissé son permis en suspens. Il a fallu qu’il débatte son cas devant la Régie des marchés agricoles.

« J’ai perdu quatre ans […]. J’ai fait des erreurs à cause de mon manque d’expérience mais ma production par entaille s’améliore chaque année. Je ne suis pas encore à trois livres de sirop par entaille mais je devrais atteindre quatre livres l’an prochain », signale Harold Baker, dont l’exploitation touche maintenant 57 000 érables.

Le sirop gaspésien en chiffres

Peu d’entreprises, mais de bonne taille…
18 producteurs
462 107 entailles
1,2 million de livres de sirop produites en 2016
Taille moyenne de l’érablière gaspésienne : 25 672 entailles
Taille moyenne de l’érablière québécoise : 6500 entailles
 
… très productives…
2,92 livres par entaille : moyenne 2012-2014 au Bas-Saint-Laurent/Gaspésie
2,57 livres par entaille : moyenne 2012-2014 au Québec
 
…et encore beaucoup de potentiel
6346 hectares réservés au potentiel acéricole en Gaspésie
1 142 280 entailles possibles (180 par hectare)

(Avec la collaboration de Geneviève Gélinas)

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