Politique

Élections : un débat sous le signe de la cordialité dans Gaspé

Par Johanne Fournier, journaliste, graffici.ca
Les cinq candidats de la circonscription de Gaspé qui ont pris part au débat qui s’est tenu à Sainte-Anne-des-Monts vendredi.

Les cinq candidats de la circonscription de Gaspé qui ont pris part au débat qui s’est tenu à Sainte-Anne-des-Monts vendredi. Photo : Johanne Fournier

Le débat des cinq candidats aux prochaines élections provinciales, tenu vendredi soir à Sainte-Anne-des-Monts, n’a réservé aucune surprise et s’est même déroulé dans une atmosphère bon enfant.

Sous une chaleur accablante, quelque 70 électeurs de la Haute-Gaspésie, qui auront nouvellement à voter dans la circonscription de Gaspé, ont pris place dans l’agora de la Maison de la culture pour venir entendre Éric Boucher de Québec solidaire (QS), Gaétan Lelièvre du Parti québécois (PQ), Georges Mamelonet du Parti libéral du Québec (PLQ), Frédérick DeRoy d’Option nationale (ON) et Yvan Blanchard de la Coalition avenir Québec (CAQ).

Le ton était non seulement cordial, il était même très poli, laissant parfois place à l’humour et aux éclats de rire. Bien peu d’attaques et de critiques ont fusé de la part des candidats.

À l’exception de Georges Mamelonet qui empiétait souvent sur le temps qui lui était alloué, les autres respectaient, en général, la période chronométrée par le journaliste de l’hebdomadaire «Le Riverain», Dominique Fortier, qui animait et avait organisé l’événement, en collaboration avec la Chambre de commerce de la Haute-Gaspésie. Même dans les périodes d’échanges libres, les candidats attendaient l’invitation de l’animateur avant de riposter.

Dans l’assistance, les réactions étaient réservées, outre quelques applaudissements spontanés qui étaient principalement dirigés à l’endroit de Georges Mamelonet. Certaines interventions de Frédérick DeRoy, qui était le seul candidat provenant de Sainte-Anne-des-Monts, ont visiblement été appréciées par l’assistance.
 
Santé

Sur le thème de la santé, tous les candidats se sont entendus pour en faire un enjeu majeur et ont reconnu le problème de rétention du personnel au Centre de santé et de services sociaux de la Haute-Gaspésie, rappelant que les effectifs médicaux sont à 50 à 60% depuis dix ans. Gaétan Lelièvre préconise une modulation du budget consacré à la santé pour la région, tandis que Frédérick DeRoy favorise une plus grande écoute des besoins des infirmières puisque, selon lui, elles sont les piliers du domaine de la santé. «On part du fait qu’on gèrera un pays, plutôt qu’une province, a-t-il ajouté. Donc, on aura une meilleure gestion en région.»

Yvan Blanchard a rappelé que la CAQ, si elle prenait le pouvoir, abolirait les agences de la santé et des services sociaux pour offrir de meilleurs services directs à la population et déménagerait le personnel ailleurs. Sinon, les employés recevraient une indemnité de départ. De plus, il engagerait de nouvelles infirmières, augmenterait le nombre de groupes de médecine familiale et achèterait des équipements médicaux. «Bref, on ferait un bon ménage dans le domaine de la santé», a-t-il dit pour conclure sur le sujet.

Ses adversaires libéral et péquiste ont alors riposté à l’idée d’abolir les agences de la santé. «C’est 100 emplois dans la région, a avancé Georges Mamelonet. Sans abolir, il y a moyen d’améliorer. C’est ce qu’on a commencé à faire. La santé est un enjeu majeur en Gaspésie, surtout parce qu’on a une population âgée.»

À ce moment précis, un homme de 96 ans de Sainte-Anne-des-Monts, Romuald Paquet, a interrompu le déroulement des échanges, s’est avancé à l’avant et s’est dirigé tout droit vers Georges Mamelonet pour lui serrer la main. Tous les candidats et les auditeurs n’ont pu faire autrement que de pouffer de rire, tant la scène était inattendue.

Gaétan Lelièvre a continué en disant qu’en l’absence d’agence de la santé, les décisions en matière de santé risqueraient d’être prises à Québec ou Montréal, ce qui coûterait encore plus cher.

Du côté de QS, Éric Boucher a dit souhaiter que les citoyens ne soient plus considérés comme des contribuables, mais qu’ils soient plutôt au cœur des décisions. «Une économie très importante à faire serait d’investir dans les soins à domicile, a-t-il répliqué. Quand j’étais attaché politique du député fédéral Philip Toone, j’entendais souvent les gens malades et âgés qui souhaitaient rester chez eux.»

Éducation

Sur le thème de l’éducation en Haute-Gaspésie, Georges Mamelonet a affirmé qu’il encouragerait la mise en place de formations adaptées aux réalités des jeunes de la région, tout en rappelant que son gouvernement venait d’annoncer la création de deux nouveaux programmes en Haute-Gaspésie.

Gaétan Lelièvre a endossé l’idée, en rappelant que la Gaspésie comptait deux fois plus de gens n’ayant pas complété leur 5e secondaire que dans l’ensemble du Québec. Selon lui, des programmes adaptés aux besoins de l’usine Orbite Aluminae seraient une voie d’avenir. Éric Boucher et Georges Mamelonet ont endossé la suggestion. «Avec des mesures spécifiques, Orbite est une avenue pour le développement d’une grappe industrielle», croit le candidat libéral.

Pour Frédérick DeRoy, il faut faire de la réussite scolaire une priorité. «C’est par la jeunesse qu’on va s’en sortir dans nos petites régions», a-t-il soutenu. À ce sujet, il souhaiterait une augmentation du financement des maisons de jeunes. Yvan Blanchard de la CAQ a rappelé le programme de son parti qui prévoit ajouter une heure par jour au calendrier scolaire pour favoriser l’aide aux devoirs et la participation aux activités parascolaires, tout en mentionnant que son parti abolirait les commissions scolaires. «Ça redonnera plus d’argent aux enfants», estime-t-il.

Développement économique

Selon Yvan Blanchard, le gouvernement s’est désintéressé des régions sur le plan du développement économique. «La CAQ va prendre 2 milliards $ dans Investissement-Québec pour injecter dans les CLD, a-t-il précisé. Un échec comme celui de l’usine de panneaux solaires, ça n’arrivera plus!»

Pour Éric Boucher, le développement économique de la Haute-Gaspésie doit passer par le développement intelligent des ressources naturelles et du tourisme afin que les retombées profitent aux Gaspésiens, notamment en favorisant les deuxième et troisième transformations des ressources dans la région.

Georges Mamelonet a dit déplorer que la Haute-Gaspésie n’ait plus d’usine de transformation du bois. Celui-ci a mentionné «le potentiel colossal du tourisme hivernal». «Quand l’économie va, tout va», a-t-il énoncé. Du côté d’ON, Frédérick DeRoy croit aux coopératives comme modèle de développement régional.

Quant à Gaétan Lelièvre, il plaide en faveur de grands projets majeurs. «Il ne faut pas se gêner pour développer le tourisme international, a-t-il indiqué. On a ce qu’il faut. Sous Bernard Landry, le gouvernement avait investi dans le Parc de la Gaspésie et ça a donné des résultats puisque la clientèle a augmenté. Mme Marois est la seule chef qui s’est engagée à aider la Gaspésie en promettant d’en devenir la ministre responsable.»

Pour Éric Boucher, la Gaspésie est l’Alberta du Québec en termes de ressources. «Mais il faudrait que les retombées restent en Gaspésie», nuance-t-il. Yvan Blanchard croit, pour sa part, qu’il faudrait aider la compagnie Orbite Aluminae et le développement éolien pour créer des emplois, tout en étant attentif aux petites municipalités comme Marsoui et Rivière-à-Claude.

«On est tous d’accord pour le développement des ressources et de l’éolien, a signalé M. Mamelonet. On rejoint Québec solidaire là-dessus. Si M. Khadir était comme ça en chambre, on s’aimerait beaucoup! Je reprends aussi l’idée de Frédérick concernant les coopératives. Ça pourrait être dans le tourisme hivernal.»

Municipalités et occupation du territoire

Au sujet des municipalités et de l’occupation du territoire, Frédérick DeRoy, qui a rappelé qu’il est «un méchant souverainiste», trouve aberrant que certaines municipalités n’aient pas encore d’eau potable, faisant ici référence au cas de La Martre. «Il faut donner le pouvoir aux régions», souhaite-t-il. Les autres candidats se sont également montrés sensibles par rapport à cette situation.

Culture

Éric Boucher croit que la culture est une autre façon de développer la région, surtout en encourageant les jeunes créateurs locaux. Gaétan Lelièvre s’est dit émerveillé de voir se développer de petites boutiques de produits régionaux et du terroir. À ce sujet, Yvan Blanchard favorise le soutien aux artisans locaux. Georges Mamelonet a assuré que le financement récurrent espéré depuis longtemps par Exploramer de Sainte-Anne-des-Monts devrait être réglé en 2013-2014.

«Le conseil de la culture de la Gaspésie fait bien son travail, estime, pour sa part, le candidat d’ON. Il suffit de lui donner l’argent nécessaire pour fonctionner.»

Fin du débat

Des questions, provenant des électeurs et qui avaient été acheminées d’avance à l’animateur, ont été posées aux cinq candidats. Elles portaient sur la filière éolienne, la relance de l’usine Deniso Lebel de Cap-Chat et le sous-financement du communautaire.

Avant de clore le débat, Gaétan Lelièvre a souligné que c’était la première fois, à son avis, que les électeurs de la circonscription de Gaspé avaient le choix entre cinq candidats, en saluant l’engagement d’un jeune, soit Frédérick DeRoy.

Quant à Éric Boucher, il a bien fait rire. «Je suis tanné d’entendre ces vieilles picouilles», a-t-il lancé en faisant référence au Parti québécois et au Parti libéral, en prenant le soin, un peu plus tard, de préciser qu’il ne parlait pas ici des chefs, mais bien de leur parti. Comme René Lévesque le disait, un parti ne devrait pas survivre à plus d’une génération.»

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