Éditorial

ET SI ON ÉCRIVAIT À NOS ÉLUS NATIONAUX

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Gilles Gagné, journaliste et éditorialiste pour GRAFFICI

Gilles Gagné, journaliste et éditorialiste pour GRAFFICI Photo : ARCHIVES GRAFFICI

CARLETON-SUR-MER, décembre 2015 – La période des Fêtes est, ou devrait être, propice à la réflexion. Particulièrement en ce qui a trait à notre rapport avec les personnes vulnérables de notre société, en l’occurrence celles qui sont les plus touchées par les mesures d’austérité du gouvernement québécois.

Après tout, c’est la période durant laquelle nous contribuons aux paniers de Noël pour les démunis, un exercice qui a parfois le travers de nous déculpabiliser plutôt que de nous sensibiliser à la nécessité d’agir pendant toute l'année afin d’abolir les déséquilibres collectifs.
 
Il y a présentement dans la société québécoise amplement d’argent, de nourriture, de biens et de services pour l’ensemble des huit millions de personnes qui la peuplent. Le même constat pourrait sans doute être fait pour la Gaspésie, malgré la faiblesse de certains de nos indicateurs économiques.
 
Une société doit être jugée sur la façon dont elle traite ses démunis. Sur ce plan, le Québec fait mauvaise figure depuis quelques années, en particulier depuis que nos gouvernements, d’abord celui du Parti québécois, entre septembre 2012 et avril 2014, et plus particulièrement celui du Parti libéral, depuis 20 mois, sont obsédés par le déficit zéro.
 
Les coupes draconiennes en éducation et en santé, particulièrement en prévention, dans ce dernier cas, entraînent déjà des effets dévastateurs sur les plus démunis et, par extension, sur les groupes qui prennent soin des plus démunis, les organismes communautaires.
 
Ces organismes, au nombre d’une centaine en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine, bénéficient de 12,4 M$ par an. Si le chiffre impressionne, il pâlit rapidement quand on le divise par le nombre d’organismes.

En moyenne, un organisme communautaire doit donc vivre avec 124 000 $ par an pour payer son personnel, son loyer, ses déplacements et défrayer les coûts inhérents à l’offre de services.
 
C’est très peu. C’est tellement peu qu’un nombre significatif de ces organismes doit fermer ses portes pendant plusieurs mois par année, ou limoger une partie de son personnel pendant des périodes prolongées, ou recourir à des bénévoles au-delà d’un seuil raisonnable.

Des coupes dans le public… qui pèsent lourd sur le dos du communautaire
 
Le gouvernement de Philippe Couillard se targue de ne pas avoir coupé dans le financement des groupes communautaires. C’est une grossière manipulation de la réalité.
 
Ce gouvernement a effectivement maintenu ses subventions aux organismes, et il les a même indexées, mais sous le seuil d’indexation de l’indice des prix à la consommation, bref sous le seuil de l’inflation. Cette situation perdure depuis des années. Ainsi, les besoins de la centaine d’organismes communautaires de la région se situent à 25,2 M$ par an, au lieu de 12,4 M$. C’est le double! Et ce calcul, datant de 2010, est déjà périmé. De plus, près de 3,3 M$ du budget de ces organismes communautaires vient directement des Gaspésiens et Madelinots, par le biais de campagnes de financement.

Les coupes de l’État en éducation et en santé forcent donc un nombre considérable de personnes à recourir aux services des organismes communautaires. L’exemple des banques alimentaires, où la clientèle est en nette progression depuis des années, en Gaspésie comme ailleurs, illustre bien cette réalité.
 
Un nombre croissant de travailleurs ont recours aux comptoirs alimentaires pour joindre les deux bouts. Ce n’est pas normal. Travailler devrait être suffisant pour combler les besoins alimentaires de base.
 
Dans un monde idéal, les banques alimentaires devraient disparaître. Pour y arriver, il faut attaquer le problème de pauvreté à la source, ce que nos gouvernements ne font pas. Attaquer le problème à la source, c’est hausser le salaire minimum ou accorder un revenu minimum garanti permettant de combler les besoins de base.
 
Il est vrai que l’État, c’est nous, jusqu’à un certain point, puisque les fonds gouvernementaux viennent irrémédiablement de notre poche.
 
Avons-nous les moyens de nous attaquer à la pauvreté, plutôt que d’attaquer les pauvres? Considérant que 20 % de nos coûts de santé sont attribuables à la pauvreté, que le budget de la santé s’établit à 33 milliards $ par an au Québec, il serait plus juste de dire que nous n’avons pas les moyens du statu quo.
 
Que faire? La redistribution de la richesse constitue une piste incontournable, tout comme la sensibilisation de nos élus nationaux à la volonté de la population d’attaquer le problème à la racine, la pauvreté, plutôt qu’une fois le mal bien implanté.
 
Qui d’entre nous a écrit ou parlé à nos députés, à nos ministres, sur la nécessité de résoudre la pauvreté? Qui peut dire que cette solution, qui requiert au plus 15 minutes, ne fonctionne pas?

La résolution du problème passe par de l’argent et de l’éducation populaire plutôt que par des diachylons sur des maux croissants. En parler et envoyer un mot à nos élus à ce sujet constituerait sans doute la plus belle résolution à suivre au cours du mois à venir.

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