Forêt

DEUX ANS APRÈS... CONSTAT DES RAVAGES DU RÉGIME FORESTIER

Par Johanne Fournier, journaliste, graffici.ca
Pour en savoir plus sur notre industrie forestière qui se remet tranquillement d’une crise vécue sur près de 20 ans, lisez le prochain numéro de GRAFFICI Entrepreneuriat qui sera disponible dans les prochains jours sur tout le territoire.

Pour en savoir plus sur notre industrie forestière qui se remet tranquillement d’une crise vécue sur près de 20 ans, lisez le prochain numéro de GRAFFICI Entrepreneuriat qui sera disponible dans les prochains jours sur tout le territoire. Photo : Collaboration Anie Cayouette et Magali Deslauriers

SAINTE-ANNE-DES-MONTS – Il semble bien que les craintes appréhendées par les groupements forestiers de la Gaspésie, il y a bientôt deux ans lors de l'application du nouveau régime forestier, se soient concrétisées : détérioration des conditions de travail et concurrence malsaine sévissent dans nos forêts.

Le nouveau régime forestier mis en place le 1er avril 2013 par le gouvernement Marois ne garantit plus aux industriels la totalité de leurs besoins en approvisionnement, ce qui était le cas auparavant par les contrats d'approvisionnement et d'aménagement forestier (CAAF), en échange de redevances. Depuis bientôt deux ans, le gouvernement garantit seulement 75 % de l'approvisionnement qui était alloué à une entreprise. La balance de 25 % est mise aux enchères publiques.

« Les marges bénéficiaires étaient déjà relativement minces, se désole le directeur général du Groupement Forestier Coopératif Shick Shock, Michel Marin. Donc, quand on met tous les joueurs dans un marché qui est passablement fermé, la quantité de travaux sylvicoles n'augmente pas parce qu'il y a des appels d'offres! C'est la même quantité, mais on ponctionne 25 % du bassin des travaux sylvicoles. »

Les travailleurs écopent

« En voulant créer une saine compétition, le gouvernement, avec son nouveau régime forestier en forêt publique, a enlevé, à chaque entreprise gaspésienne et à toutes celles de la province, une partie de son budget en gré à gré, déplore le directeur général du Groupement Forestier Coopératif de la Péninsule, Claude Berger. Cet argent-là est disponible pour les appels d'offres publics et engendre une compétition qui est très difficile. Ça fait en sorte que les entreprises qui soumissionnent sur des travaux sylvicoles ont la possibilité de remonter leur chiffre d'affaires en allant chercher plus de travaux, mais souvent, ça se fait à des prix ridicules et c'est souvent les travailleurs qui en font les frais. »

« Une entreprise qui veut aller chercher un appel d'offres, il faut qu'elle soumissionne très très bas par rapport à la grille de référence du Ministère pour être capable de décrocher le contrat », continue-t-il?

Michel Marin estime que la course aux sous-enchères est encore plus néfaste pour la Gaspésie à cause de ses difficultés liées à l'emploi. « C'est un manque de vision de diminuer davantage les conditions d'emploi des travailleurs sylvicoles, de ces gens qui travaillent extrêmement fort et qui rendent un service très grand à la société », estime-t-il.

Il rappelle que les entrepreneurs sylvicoles ont des opérations à faire tourner et des employés à faire travailler afin, minimalement, de pouvoir se qualifier à l'assurance-emploi. « Les appels d'offres sortent à des prix vraiment en-dessous du taux de la grille du ministère des Ressources naturelles pour aller chercher les semaines de travail qu'il faut pour les travailleurs, explique-t-il. D'après moi, c'est de l'appauvrissement collectif. »

Son de cloche unanime en Gaspésie

Même s'il admet s'ajuster relativement bien au nouveau régime, le directeur des Entreprises Agricoles et Forestières de Percé dénonce lui aussi les impacts négatifs générés par les appels d'offres. « Nous déplorons (…) la venue des appels d'offres en forêt publique sur les travaux non commerciaux, surtout ceux faits de façon manuelle, car il faut soumissionner “sur le dos” des travailleurs pour avoir des travaux, ce qui entraîne encore une fois une détérioration de leurs conditions de travail », indique Sylvain Réhel.

Même son de cloche du côté du Groupement forestier coopératif Baie-des-Chaleurs, dont le directeur général estime s'adapter au nouveau régime et croit qu'il comporte plusieurs points bénéfiques sur le plan environnemental. En revanche, il se dit préoccupé, comme les autres, par le maintien et l'amélioration des conditions de travail de la main-d'oeuvre forestière. « L'octroi des projets sylvicoles par appels d'offres basés strictement sur le plus bas prix déstabilise nos entreprises », ajoute Pierre-Luc Desjardins.

Appauvrissement de la région

Pour certains, la compétition créée par le nouveau régime forestier nuit à la Gaspésie en donnant l'occasion à des entreprises de l'extérieur de pouvoir décrocher des contrats dans un marché qui est déjà plutôt restreint. « C'est de la richesse qui sort des régions pour aller dans les mains de moins en moins de personnes », croit Michel Marin.

« Après deux ans de nouveau régime, les gens du Ministère réalisent qu'il y a peut-être des choses à revoir, qu'ils pourraient plancher sur des conditions minimales pour la main-d'oeuvre, souligne Claude Berger. L'argent qu'on a, c'est pour la main-d'oeuvre. On n'a plus de marge de manœuvre. »

Michel Marin abonde dans le même sens. « Ça a existé, les appels d'offres, à la fin des années 1980, début 1990 et c'était exactement ce qui se passe maintenant, rappelle-t-il. Le taux qu'on va chercher pour faire un traitement sylvicole, soit entre 70 et 85 %, s'en va en salaires. Si on soumissionne, on soumissionne sur quoi? On soumissionne sur les salaires. On l'avait dénoncé, on s'était opposés à cette réintroduction-là, mais le gouvernement a quand même été de l'avant avec cette formule-là. »

Les plus gros mangent les plus petits

Claude Berger craint aussi qu'à force de soumissionner pour des travaux à perte, que des entreprises déclarent faillite. « Ce qui risque d'arriver, c'est qu'on va se ramasser avec des méga-entreprises sylvicoles qui vont avoir fait crever les plus petites, appréhende-t-il. Il va seulement rester une poignée d'entreprises sylvicoles en Gaspésie. Une fois que la compétition va être éliminée, elles vont avoir le beau jeu pour le futur. D'ici cinq ans, ça ne me surprendrait pas que de petites entreprises sylvicoles disparaissent ou fusionnent avec des plus grosses pour passer à travers. »

Selon Michel Marin, un phénomène comme celui décrit par son confrère s'est produit dans le monde de la construction, notamment dans les contrats gouvernementaux accordés à l'entretien des routes. « Les plus gros mangent les plus petits », résume-t-il.

En somme, il exhorte le gouvernement à revoir rapidement le nouveau régime forestier et à poser des gestes concrets pour améliorer les conditions de travail des ouvriers et des entreprises sylvicoles. « C'est urgent! », souligne-t-il.

450 M$ pour les travaux sylvicoles

La semaine dernière, le gouvernement du Québec a annoncé une enveloppe pour les travaux sylvicoles de 450 M$, répartis sur deux ans. L'annonce a été faite par le premier ministre Philippe Couillard lors de son passage au Lac-Saint-Jean. La portion réservée à la Gaspésie n'a pas encore dévoilée. L'an dernier, elle était de l'ordre de 18 M$.

21 commentaires

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Ce qui risque d'arriver, c'est qu'on va se ramasser avec des méga-entreprises sylvicoles qui vont avoir fait crever les plus petites, appréhende-t-il. Il va seulement rester une poignée d'entreprises sylvicoles en Gaspésie

fireboy and watergirl 5 a écrit le 28 février 2019

Ce qui risque d'arriver, c'est qu'on va se ramasser avec des méga-entreprises sylvicoles qui vont avoir fait crever les plus petites, appréhende-t-il. Il va seulement rester une poignée d'entreprises sylvicoles en Gaspésie

Bob Eichenberger a écrit le 19 février 2015

Absolument, M. Landry. Léonard Otis, auteur de «une Forêt pour Viv re» a dit qu'on aurait avantage à valoriser la tête des travailleurs forestiers, pas juste leurs bras. Plusieurs ont été en contact avec des ainés qui ont une tradition de travail sylvicole efficace. On peut constater la belle qualité des fûts dans un bon nombre de forêts familiales. Ce n'est pas parce que les barons ne paient pas bien le bois que celui-ci ne vaut rien. Comme ce n'était pas parce que les barons de la pêche payaient mal le poisson que la pêche devrait être un métier de misère. J'ai dit à la commission Coulombe qu'il devrait y avoir un prix plancher pour le bois qui garantit une vie décente pour les travailleurs forestiers et les forêts familiales. En tant que forestier qui travaille en coupe sélective et en rétablissement d'écosystèmes endommagés, je n'ai pas de subventions. Si l'industrie lourde en avait pas non plus, on verrrait qui est vraiment rentable. Mais, on vit dans un système de cartels et de collusion. À quand une commission Charbonneau en forêt?

jacques landry a écrit le 19 février 2015

Les appels d'offres est un sérieux problèmes, mais le vrai problèmes si ca change pas il n'y auras plus personnes pour faire les travaux, les conditions de travail des ouvriers sylvicoles ca ne fonctionnes plus, terrain en pente et dangereux et fond de terrain qui est pas bien beau, c'est déja compliquer de trouver la main d'oeuvre, c'est bien beau former les travailleurs mais ca reste pas, le salaire ne suis pas le cout de la vie et ils font le salaire des années 80, pour garder du monde au boulot et avoir un travail valorisent il faut amilioré les conditions de travail et il a du boulot a faire, si ca reste comme ca d'ici 10 ans la sylviculture vas etre faite mécaniquement faute de mains d'oeuvre qualifié,y en a qui devrait aller sur le terrain pour voir la réalité............ont est pas sorti du bois.

Bob Eichenberger a écrit le 18 février 2015

Les ravages, on les voit sur le terrain. L'industrie lourde est évidemment en guerre contre les peuplements feuillus et les milieux naturels. Les groupements aimeraient être plus progressifs mais le contexte politique les en empêche. La commission Coulombe a été un échec. parce qu'ignorée. Verra-t-on la Gaspésie se joindre au mouvement Pro-silvs (voir www.prosilva.fr) comme partout en Europe et vraiment valoriser: leurs forêts, la qalité des prodits forestiers, le fonctionnem,ent de leurs milieux naturels et le partage équitable et démocratique des ressources? On peut évoluer plus loin que le système féodal, les auteres le font.

Jean Forêt a écrit le 17 février 2015

Wow! Avec un tel titre, Graffici se lance-t-il dans le sensationnalisme comme le font les Médias de la région de Québec ? Par ailleurs, il est où le ravage annoncé en gras? Ils sont où les chiffres qui appuient votre constat ? Combien d'emplois perdus en raison de la mise aux enchères ? Une baisse de quel pourcentage du chiffre d'affaire des entreprises dénonciatrices ? Avant de parler de ravage, peut-être serait-il judicieux de documenter vos sujets. J'espère sincèrement que les dossiers qui sont inclus dans votre magazine seront davantage étoffés. Car avec ce texte, Graffici ne s'élève pas au-dessus de la mêlée!!!

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