Des centaines de Gaspésiens marchent contre la loi spéciale

Par Antoine Rivard-Déziel, journaliste, graffici.ca
Plus de 250 personnes ont marché dans les rues de Bonaventure pour dénoncer l'adoption de la loi 78 par le gouvernement Charest.

Plus de 250 personnes ont marché dans les rues de Bonaventure pour dénoncer l'adoption de la loi 78 par le gouvernement Charest. Photo : Antoine Rivard-Déziel

Des centaines de manifestants ont marché mardi à différents endroits de la Gaspésie pour dénoncer l’adoption de la loi 78 par le gouvernement du Québec.

À Bonaventure, alors qu’une centaine de personnes avait confirmé leur présence sur la page  Facebook de l’événement, c’est plutôt plus de 250 manifestants qui ont pris d’assaut les rues de la municipalité pendant plus d’une heure.

Les manifestants se sont d’abord réunis dans le stationnement de l’église vers 17 h. Quelques minutes plus tard, c’est dans une ambiance festive qu’ils ont entrepris la marche en direction nord sur l’avenue de Grand-Pré.

Ils sont ensuite revenus vers le sud via l’avenue de Louisbourg pour ensuite marcher sur la route 132 direction est avant de revenir dans le village, forçant ainsi les patrouilles de la Sûreté du Québec à bloquer la principale artère de la Gaspésie pendant une dizaine de minutes.

La manifestation s’est déroulée dans le calme sous la surveillance attentive de quatre patrouilles de la SQ. L’agent de communication du service de police, Claude Doiron, a indiqué que l’itinéraire des organisateurs a été respecté, sauf à la fin, quand les manifestants ont décidé de faire un tour supplémentaire.

Malgré ce non-respect de l’itinéraire à la toute fin, aucun constat d’infraction n’a été remis aux manifestants. La Sûreté du Québec n’a donc pas appliqué la loi 78 dans le cadre de cette marche.

Une manifestation spontanée

L’idée d’organiser cette manifestation a germé lors de la soirée Baie des Slammers qui s’est tenue le vendredi 18 mai à la Pétrie de Bonaventure dans le cadre de l’événement Les mots parleurs.  

L’une des participantes à cette soirée, Sylvie Richard, a proposé de lancer l’invitation de manifester sur Facebook. Les gens ont par la suite fortement répondu à son appel. «C’est une initiative que les citoyens ont décidé de s’approprier», explique-t-elle.

Présente lors de la manifestation, la candidate de Québec solidaire dans Bonaventure, Patricia Chartier, affichait un grand sourire. «C’est positif, spontané, joyeux et pacifique. Bref, c’est exactement ce que devrait être une manifestation», s’est-elle exclamée, alors que la pluie venait tout juste de se mettre de la partie.

La représentante de la formation politique de gauche tenait à participer au rassemblement pour dénoncer la loi 78, une pièce législative qu’elle qualifie de «loi matraque» et «d’attaque sournoise» envers les droits fondamentaux, comme la liberté d’expression et d’association.

Soutien aux étudiants

Alors que les manifestants scandaient des slogans comme «à qui la rue, à nous la rue», un homme de 70 ans, Maurice Poirier, racontait qu’il tenait à manifester afin de soutenir les «étudiants qui se battent» pour l’accès à l’éducation. «L’éducation est une valeur sociale et le gouvernement souhaite la bafouer. Je ne comprends pas nos dirigeants. Ils sont incapables de saisir l’intelligence de notre jeunesse», a lancé M. Poirier.  

Une manifestation par semaine dans la Baie-des-Chaleurs ?

À l'issue de la manifestation, Martin Zibeau a pris la parole devant les gens réunis sur le parvis de l’église pour leur demander ce qu’ils souhaitaient pour «la suite des choses.» Rapidement, les manifestants ont convenu d’organiser une manifestation par semaine, le mardi en fin de journée, dans un village différent de la Baie-des-Chaleurs.

«Une des choses que les étudiants nous ont appris au cours des 100 derniers jours est que la démocratie c’est aussi se mobiliser, ensemble, pour différentes raisons», a laissé tomber Martin Zibeau. Les manifestants ont décidé que leur prochain rendez-vous sera à l’église de Carleton-sur-Mer le mardi 29 mai prochain à 17 h.

Ailleurs en Gaspésie

À Gaspé, environ 200 manifestants ont marché dans les rues à partir de 19 h, sous l’initiative de l’Association générale des étudiants du Cégep de la Gaspésie et des Îles. Un «sit in» s’est tenu sur une voie du pont pendant environ une minute.

«C’était pour symboliser la mort de la démocratie, a souligné le président de l’Association, Dave Ferguson. Les policiers qui nous escortaient ont toléré cette action, même si ce n’était pas planifié.»

À Sainte-Anne-des-Monts, environ 70 personnes ont bravé la pluie vers 17 h pour investir le centre-ville. L’événement, qui avait été initié par Mariève Charland-Lallier, Marie-Ève Beaupré et Patrick Rioux, a réuni des citoyens de tous âges, escortés par la Sûreté du Québec. «Ça s’est passé dans le calme et les organisateurs avaient fourni leur itinéraire avant», a précisé le relationniste Claude Doiron.

D’autres manifestations se sont déroulées en soirée à Matane et plus tôt dans la journée à Cap-aux-Meules aux Îles-de-la-Madeleine.

Avec la collaboration de Johanne Fournier

3 commentaires

Bilbo a écrit le 23 mai 2012

Merci a tous ceux qui se sont mouillés pour la cause.

Éric a écrit le 23 mai 2012

Wow! je suis impressionné, et je me réjouis! Je suis content de voir que les gens de par chez nous (je viens de la Baie des Chaleurs...) bougent ausis et manifestent! Continuez, lâchez pas! Bravo! Et merci de le faire vous autres aussi!

Albert Picard a écrit le 23 mai 2012

Excellent reportage. Merci GRAFFICI.. Vous nous avez présenté un témoignage de l'action de beaucoup de gens en Gaspésie, des gens qui ont nécessairement de la conviction. Et cette action est proportionnelle au degré de certitude sur lequel est basé leur action : 250 personnes juste à Bonaventure pour une manifestation presque improvisée, ce n'est pas rien.

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