Politique, Transport

La décision de Via Rail de fermer les gares est immuable

Par Johanne Fournier, journaliste, graffici.ca
Le maire de Grande-Rivière, Bernard Stevens, a fait part de son indignation par rapport à la suspension du service ferroviaire entre Matapédia et Gaspé.

Le maire de Grande-Rivière, Bernard Stevens, a fait part de son indignation par rapport à la suspension du service ferroviaire entre Matapédia et Gaspé. Photo : Johanne Fournier

MONT-JOLI – Lors d'une rencontre devant une salle bondée à Mont-Joli jeudi, la réponse d'un dirigeant de Via Rail a été catégorique : la société d'État maintient sa décision de fermer une dizaine de gares dans l'Est-du-Québec.

Le directeur régional pour l'Est du Canada et chef du transport de Via Rail, Marc Beaulieu, a été accueilli par le député fédéral de Rimouski-Neigette-Témiscouata-Les Basques, Guy Caron, son homologue de Haute-Gaspésie-La Mitis-Matane-Matapédia, Jean-François Fortin et le maire de Mont-Joli, Jean Bélanger, dont la gare fermera, à l'instar d'une dizaine d'autres au Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie.

Avant d'écouter les questions et commentaires provenant de la salle, le représentant de Via Rail a vanté les mérites de la société d'État fondée en 1977. Selon Marc Beaulieu, les atouts reposent notamment sur le confort, la productivité et l'accessibilité pour les passagers à mobilité réduite. Il a mentionné que le transport ferroviaire était un choix écologique, estimant qu'un train équivalait à 180 voitures.

« Notre désir, c'est de continuer à desservir le Bas-Saint-Laurent, la Gaspésie, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse, a-t-il rappelé à quelques reprises. Nous n'avons aucune intention d'arrêter. » 
La suppression des services découle d'une malheureuse décision d'affaires, a-t-il souvent répété.

« Ce tronçon est passé de 250 000 passagers dans les années 1990 à 125 000 dans les années 2000, a-t-il justifié. On a perdu 50 % d'achalandage, ce qui nous a amenés à réduire nos dépenses. Je vous rappelle que nos budgets d'opération sont adoptés par le gouvernement. Il faut donner des services qui sont ajustés à l'achalandage. On ne vise pas seulement le Bas-Saint-Laurent, la Gaspésie et le Nouveau-Brunswick. On a réduit aussi nos services dans le sud-ouest de l'Ontario. Tout ce que je peux vous dire, c'est de prendre le train et d'encourager les gens à le prendre. »

Des citoyens et élus de partout dans l'Est

En soulignant qu'il s'était levé à 3h du matin pour prendre part à la rencontre, le maire de Port-Daniel-Gascons, Maurice Anglehart, a ouvert la période de questions. Il a fait part de son indignation par rapport à la suspension du service entre Matapédia et Gaspé. Plutôt impassible, Marc Beaulieu lui a confirmé que le transporteur cesserait la liaison le 17 septembre.

En lui précisant qu'il avait fait 10 heures de route aller-retour pour venir à sa rencontre, le maire de Grande-Rivière, Bernard Stevens, dont la gare est fermée depuis deux ans, a demandé que Via Rail puisse maintenir le transport en autocar entre Matapédia et Gaspé, comme cela se faisait depuis un certain temps. « La réponse est non, a enchaîné M. Beaulieu. Le 18 septembre, il n'y aura plus de services. On n'est pas un service d'autocar, mais de train. »

Une citoyenne s'est insurgée contre la compression des services dans ce corridor. « Comment pouvez-vous vous permettre de couper le transport vers la huitième merveille du monde, qui offre les plus beaux attraits touristiques? », a demandé Viviane Potvin. « C'est vrai que la Gaspésie est une merveille, a acquiescé le représentant de la société d'État. Mais les grossistes nous ont abandonnés. »

Déception chez des employés de Via Rail

Le chef de gare de Mont-Joli depuis 1983, Denis Aubert, a présenté à son employeur une série de mesures pour éviter la fermeture de la station. Le député Caron, qui a rappelé qu'il est un utilisateur régulier du train, s'est porté à la défense de l'employé. « Vous voyez l'agent de gare seulement comme un vendeur de billets, alors qu'il aide à charger et à décharger, aide les clients pour leurs bagages, dont les personnes à mobilité réduite, tout en accueillant les clients, a-t-il dit en s'adressant au dirigeant de Via Rail. Là, il y a des gens qui vont attendre le train dehors, à moins 20 ou moins 25! »

« On a déjà des modèles de gares en Ontario où ça va très bien, a répliqué Marc Beaulieu en dirigeant son regard vers la salle, d'où la grogne pouvait se faire sentir. En appelant avant au numéro sans frais, vous pouvez savoir à quelle heure exactement le train entre en gare. On est une société très fière d'offrir un excellent service à la clientèle et on va continuer à le faire, même si vous semblez ne pas nous croire. »

Des témoignages émotifs

L'ancienne députée provinciale de Matapédia et candidate à la mairie de Mont-Joli a livré un témoignage empreint d'émotion, en arborant l'uniforme de son père, un ancien employé du train. « On était fiers de vous avoir dans le décor, mais plus maintenant, a lancé Danielle Doyer. Vous dites que c'est important pour vous d'offrir le service, mais ce n'est pas vrai. Aussi, vous n'êtes pas concurrentiels. En autobus, ça coûte deux fois moins cher. Le savez-vous, ça, M. Beaulieu? Donnez un service qui a du bon sens et les gens vont prendre le train. »

Son adversaire d'élections a reproché à la direction de Via Rail de ne pas avoir suivi les recommandations du ministre des Finances du Canada, Jim Flaherty. « Il vous avait recommandé de faire des changements dans la haute direction, mais vous avez décidé de couper dans les services, blâme Laurent Lajoie. Les régions ont toujours eu besoin de ce service sur le plan économique. Vous ne visez pas les bonnes cibles. »

Le député Fortin a rappelé que la ville de Mont-Joli a été construite autour de la gare. Le maire de Mont-Joli a d'ailleurs demandé à Marc Beaulieu si la date de fermeture prévue le 25 octobre était définitive. « Donnez-nous plus de temps », a imploré Jean Bélanger. Le porte-parole de la société ferroviaire s'est montré inflexible.

Le député fédéral de Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, Philip Toone, a demandé une rencontre avec le président et chef de la direction de Via Rail, Marc Laliberté. On lui a confirmé qu'elle aurait lieu dans les prochains jours.

9 commentaires

Danielle Lafontaine a écrit le 9 septembre 2013

Je conserve des souvenirs extraordinaires de mes nombreux voyages en train Grande-Rivière/Rimouski vers 1998-2000. Le train de fin de journée permettait à ses passagers de passer proche de la mer, là où les voitures et autobus ne circulaient pas, offrant la vue de paysages fabuleux. Les sièges était confortables et la salle à manger accueillante : repas de poisson délectable et personnel aimable et attentif. J’y ai rencontré des Allemands, des Scandinaves et plusieurs autres touristes qui venaient de découvrir la Gaspésie et étaient encore sous le choc de sa beauté et de la gentillesse de sa population. Le train n’était certes pas bondé. Plusieurs fois nous nous sommes arrêtés une bonne heure en pleine campagne pour on ne sait quelle raison. Rarement arrivions-nous à l’heure. Des aspects qui ont pu en décourager plusieurs, freinant une demande qui aurait pu augmenter, si ces inconvénients avaient été solutionnés et les avantages du train mieux connus et promus. Je rentre d’Europe où je me suis beaucoup déplacée en train : horaires respectés, billets facilement achetés sur internet et à coût modéré. À l’heure du développement durable, comment expliquer et surtout contrer un tel délaissement de ce moyen de transport au Québec ?

paul padupe a écrit le 6 septembre 2013

J'ai relu votre le commentaire de Samuel, c'est vraiment le fait que nous sommes dans une société trop paternaliste qui veut tout prendre en charge. Voilà pourquoi nous sommes moyen dans beaucoup de choses et le train partira

paul padupe a écrit le 6 septembre 2013

Bien dit M.Samuel etM.Georges effectivement des fois il faut faire deux pas en arrière pour mieux avancer par la suite. J'aime bien votre façon de penser avangardiste M.Samuel et George, encore bravo !!!

Greg Georges a écrit le 6 septembre 2013

Salut Benoit :) Oui, notre service de train est très désuet, mais c'est la cas pas mal partout au Canada (si on compare avec les trains en Europe). Même quand on avait les repas chauds, les gens n'étaient pas au rendez-vous. Même avec un service d'Internet, les gens n'auraient pas été au rendez-vous. J'ai eu beaucoup de bonnes discussions et toujours un excellent service quand je me déplaçais pour mes rendez-vous d'affaires à MTL. Mais par experience, le train, bien, il était vide, et ça, c'est de notre faute, par celui de VIA.

JF Samuel a écrit le 6 septembre 2013

@Benoit Trépanier Le train en Gaspésie a toujours été comme ça (lent et mal foutu). Désolé mais le tronçon de la Gaspésie n'a jamais été une vache à lait pour que VIA y mette de l'argent. Déjà dans les années 80 ou je prenais le train assez souvent on servait des hamburgers micro-ondés et ça coûtait beaucoup plus cher que l'autobus. Et même l'autobus en arrache. C'est plate mais mettre de l'argent pour attirer 3 ou 4 passagers supplémentaires par train ce n'est pas viable. Pour concurrencer l'auto et l'autobus il faudrait que le train roule à 150 km/heure et que les billets coûtent moins cher que l'autobus. Je ne vois pas le jour. Les pays modernes qui ont des services de trains qui fonctionnent bien sont des pays qui ont une densité de population élevée et ou l'automobile n'est pas la reine des moyens de transports. En Amérique du Nord on es embarqué dans l'auto à fond et ce sont les autres moyens de transport qui paient pour sauf sur les trajets achalandés. Pour votre info même entre Montréal et New-York le train est presque strictement pout ceux qui veulent voir les paysages et non voyager de façon rapide et efficace (c'est cher et lent, très lent)

Benoit Trépanier, Directeur GRAFFICI a écrit le 6 septembre 2013

Il ne faut pas lancer la pierre trop vite M. Georges. Voyager dans un train désuet, qui roule à 2 à l'heure et qui sert des repas surgelés n'est pas digne d'un pays moderne. C'est sans oublier le coût prohibitif d'un billet. Heureusement que le personnel est extrêmement compétent, aimable et serviable. Ce qu m'a fait prendre le train quelques fois dans la dernière année malgré. Mais je peux comprendre la réticence d'autres utilisateurs.

Joseph Leblanc a écrit le 6 septembre 2013

J'en connais ici qu' ils vont être content.

Jean-François Samuel a écrit le 6 septembre 2013

@Greg Georges D'accord avec vous.

Greg Georges a écrit le 6 septembre 2013

Malheureusement, on réalise ce qu'on à perdu une fois que c'est trop tard. Tu ne peux pas penser qu'une compagnie qui est là pour faire du profit va garder un tronçon ouvert avec une moyenne de 5-10 personnes par voyage de Gaspé jusqu'à Matapédia... Do the math Par contre, où étaient les gens quand le train était en service? Bien ils étaient dans leurs voitures pour leurs voyages à QC et MTL. À la place de maintenant essayer de sauver le train à minuit moins une, vous auriez dû être assise de temps à autre comme passager dans le wagon...

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